Une chienne stérilisée American Staffordshire Terrier de 8 ans nous est présentée pour l’apparition soudaine de surélévations cutanées, associée à un prurit marqué.
Arnaud MULLER
Dip ECVD, Spécialiste en Dermatologie Vétérinaire, CES Derm
Clinique Vétérinaire Saint Bernard
598 avenue de Dunkerque F-59160 Lomme
www.clinvetsaintbernard.com
Mai 2026
Cas clinique
Examen clinique
L’examen clinique montre un chien en très bon état général, mais présentant effectivement une dermatose prurigineuse marquée (prurit évalué à 8/10 sur une échelle visuelle analogique), caractérisée par de nombreuses lésions en relief, souples, situées sur l’ensemble du territoire cutané, notamment sur le haut du crâne.

Plaques ortiées d’apparition aigüe sur la tête
Hypothèses diagnostiques
Cet aspect et cette localisation sont fortement évocateurs de plaques ortiées, rencontrées lors de crise d’urticaire. Une folliculite des chiens à poils courts peut également prendre un aspect similaire (lésions en relief souvent moins larges). L’interrogatoire de la propriétaire permet de rapporter la prise accidentelle de noix (une coquille avec la noix, volées sur la table de salon et ingérées 2 heures auparavant). Une réaction d’hypersensibilité de type I est donc fortement suspectée.
Examens complémentaires
L’examen cytologique d’une cytoponction à l’aiguille fine est paucicellulaire et ne met notamment pas en évidence de cellules inflammatoires ou des germes.
Diagnostic
A ce stade, l’anamnèse, l’aspect clinique et les résultats des examens complémentaires conduisent au diagnostic d’une urticaire potentiellement liée à une allergie à la noix. La possibilité d’une piqure d’arthropode est faible puisque le chien n’est pas sorti dans les 3 heures précédant l’épisode.
Traitement
Compte tenu de cet aspect clinique, du prurit et de la forte probabilité d’une allergie à la noix, le traitement proposé est le suivant :
– injection de dexaméthasone sous-cutanée
– prednisolone orale (0,5 mg/kg/j) dès le lendemain et pour 1 à 5 jours (jusqu’à disparition des lésions)
Les nouvelles téléphoniques, données après 2 et 5 jours, confirment la disparition des lésions en 24h, sans récidive observée.
2. Discussion
L’allergie alimentaire aux arachides et aux autres noix est bien connue chez l’Homme et peut même être fatale (réaction anaphylactique). Elle peut se traduire par des nausées, des vomissements, une urticaire, un angioœdème, voire des symptômes respiratoires progressifs, une hypotension et des dysrythmies cardiaques qui peuvent apparaître en quelques minutes à quelques heures après l’ingestion.
L’allergie alimentaire chez le Chien se manifeste par des signes digestifs et/ou cutanés ; elle est classiquement provoquée par de nombreux allergènes alimentaires potentiels comme le bœuf, les produits laitiers, les volailles, l’œuf, etc. L’ingestion d’arachides a été décrite dans de rares cas, avec survenue de signes cutanés, tout particulièrement des réactions d’urticaire.
Une étude a d’ailleurs utilisé des extraits de cacahuète, de noix et de noix du Brésil pour analyser la réponse immunologique chez les chiens atopiques et proposer à la fois un modèle canin d’allergie alimentaire et un modèle d’allergie aux arachides et autres fruits à coques chez l’Homme. Cette étude est construite sur le modèle des études où des chiens atopiques sont utilisés dans un modèle d’allergie alimentaire au lait de vache, au bœuf, au blé et au soja, avec la démonstration d’une production d’IgE spécifique et de challenges oraux positifs similaires à ceux observés chez les sujets humains.
Dans cette étude, onze chiens atopiques ont été sensibilisés aux protéines de différentes noix (injection sous-cutanée d’un microgramme chacun d’extraits de protéines d’arachide (cacahuète), de noix anglaise ou de noix du Brésil, d’abord à la naissance, puis à l’âge de 3, 7 et 11 semaines). Les chiens étaient aussi sensibilisés à d’autres allergènes, notamment le soja et le blé ou l’orge. Puis une provocation orale a été effectuée, ainsi que des tests cutanés et des immunoblots IgE. Les auteurs ont démontré que les extraits de noix ont suscité des réponses cliniques similaires à celles observées chez l’Homme et que l’extrait de cacahuète était plus allergénique que les autres extraits de noix. En effet, sur la base des mesures de la quantité moyenne d’allergène provoquant une réponse aux tests cutanés chez le chien, la hiérarchie de réactivité est similaire à ce qui est observé chez l’Homme : arachide > fruits à coque > blé > soja > orge.
La cacahuète (Arachis hypogaea) appartient à la famille des légumineuses et ses allergènes majeurs sont des albumines, des vicilines et d’autres protéines de réserve des graines de légumineuses. Une oléosine est également en cause (Ara h 9).
Les oléosines sont des protéines hautement résistantes, non glycosylées, dont la pertinence en tant qu’allergène a été démontrée pour d’autres fruits à coque comme la noisette (Cor a 12), ou la noix de macadamia, mais aussi les graines de sésame (Ses i 4) ou le sarrasin (Fag t 6).
A noter que la consommation de noix de macadamia a augmenté grâce à leur propriétés cardioprotectrices et antioxydantes, mais, en parallèle, des cas de réactions allergiques à ces noix chez l’Homme ont également progressé, avec parfois des réactions graves. Dans une étude espagnole récente, les allergènes identifiés sont effectivement une oléosine, mais aussi une pectine-acétylestérase et une aspartyl-protéase.
En réponse à l’exposition orale à l’allergène, des IgE spécifiques sont produits entrainant la dégranulation des mastocytes et la libération d’histamine, principal médiateur de la réaction anaphylactique. Une réponse tardive à la dégranulation des mastocytes et une réponse d’hypersensibilité de type III avec formation d’immuns-complexes contribuent également à cette réaction d’allergie alimentaire.
La gestion des cas d’allergie alimentaire immédiate comme le cas présenté consiste généralement en l’administration de glucocorticoïdes et d’antihistaminiques, avec une résolution des symptômes très rapides, quelques heures à une semaine maximum.
En conclusion, il convient de connaître l’existence des ces allergies aux fruits à coques et arachides, car leur consommation, notamment en été lors de repas en extérieur, peut conduire à une exposition aux chiens et une ingestion non voulue, pouvant donc provoquer des réactions, rares mais déroutantes. Ce cas illustre également la nécessité, toujours bonne à rappeler, d’un interrogatoire minutieux lors d’une consultation de dermatologie. Tout urticaire n’est pas synonyme de piqure d’insecte ou de réaction vaccinale!
Quelques éléments de lecture
Dumycz K, Szczukocka A, Wawszczak M, Grzela K, Feleszko W, Kulus M. Decoding Early Clues: Immune Mechanisms, Prevention, Diagnosis, and Treatment of IgE-Mediated Peanut and Tree Nut Allergy in Children. Biomedicines 2025, 13, 2377.
Gutiérrez-Díaz G, Betancor D, Parrón-Ballesteros J et al. Identification of New Allergens in Macadamia Nut and Cross-Reactivity with Other Tree Nuts in a Spanish Cohort. Nutrients 2024, 16, 947. https://doi.org/10.3390/nu16070947
Jackson H.A. Food allergy in dogs and cats; current perspectives on etiology, diagnosis, and management, JAVMA, 2023, 261, 21-29.
Rostaher A, Hofer-Inteeworn N, Kümmerle-Fraune C, Fischer NM, Favrot C. Triggers, risk factors and clinicopathological features of urticaria in dogs–a prospective observational study of 24 cases. Vet Dermatol. 2017;28(1):38-e9. doi:10.1111/vde.12342.
Stiefel G, Anagnostou K, Boyle RJ et al. BSACI guideline for the diagnosis and management of peanut and tree nut allergy. Clin Exp Allergy. 2017 Jun;47(6):719-739. doi: 10.1111/cea.12957.
Teuber SS, Del Val G, Morigasaki S, et al. The atopic dog as a model of peanut and tree nut food allergy. J Allergy Clin Immunol 2002;110: 921–927.
Untersmayr E, Jensen-Jarolim E. Mechanisms of type I food allergy. Pharmacol Ther 2006;112:787–798.
