Un cas de nocardiose cutanée

Un chien, croisé Boxer, âgé de 7 ans, est présenté à la consultation de dermatologie pour une lésion suintante d’un membre, évoluant depuis plusieurs mois. L’animal vit seul en Bretagne, dans un pavillon avec libre accès à un jardin. Il est régulièrement amené à des promenades sur la plage. Les vaccinations sont à jour et le traitement antipuces est réalisé entre les mois de mars et d’octobre par l’application mensuelle d’une pipette de fipronil. L’alimentation, industrielle sèche, est de bonne qualité.

Le propriétaire décrit initialement une fugue, puis une plaie localisée sur la face latérale d’un tarse. Un traitement antiseptique avec un désinfectant acheté en pharmacie n’a pas permis d’améliorer les symptômes. Une consultation chez un vétérinaire a conclu à un début d’abcès, qui a été traité par une injection d’anti-inflammatoires, l’application locale de chlorhexidine et un traitement antibiotique systémique d’une semaine avec une association d’amoxycilline et d’acide clavulanique. Les écoulements ont diminué suite à la thérapeutique, mais la plaie n’a pas complètement cicatrisé. Le traitement a alors été poursuivi avec de la céfalexine pendant 3 semaines, sans qu’il ne soit noté d’amélioration notable. Le propriétaire a alors changé de vétérinaire, et une suspicion de pyogranulome stérile a été réalisée par le confrère, qui a mis en place un traitement à base de prednisone à la dose de 1 mg/kg/jour sous « couverture » antibiotique avec de l’amoxycilline. Après une nette diminution des lésions, celles-ci sont réapparues et se sont aggravées à l’arrêt du traitement, et le propriétaire a décidé de demander un avis spécialisé. 

Examen clinique

L’examen clinique général est normal, hormis une hyperthermie modérée (38,4°C). Les lésions cutanées sont exclusivement localisées sur la face latérale d’un tarse, elles sont unilatérales. Il s’agit d’une enflure en regard du jarret, associée à une douleur à la palpation. Des furoncles et une alopécie sont associés. Il est possible de noter des fistules qui laissent s’écouler un exsudat purulent séro-hémorragique. Une adénomégalie est remarquée au niveau du noeud lymphatique poplité. Voir les photos 1 et 2.

Un cas de nocardiose cutanée

vue éloignée à l’inclusion : présence d’une enflure et de suintements

 

Un cas de nocardiose cutanée

vue rapprochée des lésions du tarse : furoncles, fistules et exsudat purulent

 

Hypothèses diagnostiques

Les hypothèses envisagées sont une pyodermite profonde (furonculose, cellulite), une pyodémodécie, une mycose profonde ou moins probablement un néoplasme.

Examens complémentaires

Des raclages cutanés profonds sont réalisés et ne montrent pas de parasite. Un examen cytologique est réalisé après prélèvement par écouvillonnage du pus à partir d’une fistule. L’examen microscopique montre une inflammation pyogranulomateuse avec présence de polynucléaires neutrophiles, éosinophiles, de macrophages et observation de bactéries filamenteuses en position intracytoplasmique. Des biopsies cutanées sont réalisées sous anesthésie générale. L’une d’entre-elle est envoyée au laboratoire d’anatomopathologie pour examen histopathologique, la seconde est envoyée au laboratoire de bactériologie-mycologie. L’examen histologique montre un infiltrat pyogranulomateux nodulaire à diffus, avec mise en évidence de bactéries acidophiles filamenteuses. La culture bactériologique revient positive, avec mise en évidence de Nocardia sp. La culture fongique reste négative.

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