Les dermatites auto-immunes (DAI) sont une cause rare de consultation en dermatologie vétérinaire. Elles doivent toutefois être connues car leur prise en charge, qui repose sur une immunomodulation au long cours, nécessite une parfaite connaissance des traitements et de leurs effets secondaires potentiels. Le lupus cutané nasal (ex « discoïde) est, avec le pemphigus foliacé, la principale DAI du chien. Nous présentons ici un cas qui a été contrôlé avec l’utilisation d’un inhibiteur des janus kinase.
Emmanuel Bensignor DVM, Dip ECVD
Paris, Nantes, Rennes
Mai 2026
Anamnèse et commémoratifs
Un chien, mâle, âgé de 13 ans, est présenté pour des lésions localisées sur la truffe, à type de « blessures » évoluant depuis 3 mois. Il est à jour de ses vaccins, alimentation de qualité, bien traité contre les parasites externes et internes. Il vit en maison sans séjour rapporté en zone d’endémie leishmanienne.
Avant la consultation référée, des biopsies avaient été effectuées et étaient compatibles avec une pyodermite cutanéo-muqueuse. Un examen bactériologique avait montré la présence de Moraxella canis et de Staphylococcus pseudintermedius polysensibles. Des traitements antibiotiques (association amoxicilline-acide clavulanique, doxycycline) avaient été mis en place avec des résultats décevants.
Examen clinique
Lors de la consultation les lésions se sont aggravées, avec une extension sur la paupière droite. Nous observons une perte des dermatoglyphes et une dépigmentation avec coloration grisée sur le raphé, de grandes croûtes mélicériques sur la zone truffe/chanfrein, des érosions et des ulcères latéraux (photo 1).
Au vu de l’anamnèse et de la clinique, les principales hypothèses retenues sont une pyodermite cutanéomuqueuse (au vu de l’histopathologie précédente, les lésions étant toutefois peu évocatrices) répondant mal à l’antibiothérapie, une leishmaniose (mais pas de séjour dans le sud), un lymphome épithéliotrope (qui nous semble être le plus probable vu l’âge du chien et l’aspect dépigmenté et grisé de la truffe), un pemphigus foliacé, un lupus cutanéomuqueux, une pemphigoïde des muqueuses, moins probablement une candidose cutanéomuqueuse un syndrome hépatocutané (l’histopathologie préalable n’ayant pas émis d’éléments évocateurs).
Examens complémentaires
Les cytologies sont à ce stade peu remarquables, qu’elles soient sous-crustacées ou par apposition sur les zones ulcérées : présence de nombreuses hématies, présence de lymphocytes, de neutrophiles, d’une population bactérienne abondante, avec des coccis, qu’il est difficile de classer comme pathogènes ou comme agents de contamination de surface.
Discussion
Le lupus cutané (LC) est une dermatite auto-immune caractérisée par le dépôt de complexes immuns dans la peau. Il existe différentes formes et différentes entités plus ou moins spécifiques : LC chronique (lupus nasal ex lupus « discoïde », lupus discoïde généralisé, lupus muco-cutané, lupus exfoliatif, lupus vésiculeux, panniculite lupique), LC subaigu et LC aigu. Les lésions spécifiques sont caractérisées par une image histopathologique caractéristique de dermatite d’interface lymphocytaire avec présence d’apoptose kératinocytaire. Le lupus cutané nasal se caractérise par des lésions restreintes au niveau de la truffe et de la jonction truffe/chanfrein avec atrophie, comédons, érosions, ulcérations et croûtes. Son traitement fait appel pour les cas modérés ou débutants à un traitement topique à base de dermocorticoïdes. Pour les cas sévères ou en présence d’ulcères, un traitement systémique est à envisager, en faisant appel à des molécules immunomodulatrices. Les glucocorticoïdes, la ciclosporine, l’association cyclines/nicotinamide (…) sont classiquement recommandés dans la littérature. Plus récemment, l’oclacitinib a également montré, dans de petites séries de cas, un intérêt potentiel pour les maladies lupiques (Harvey et al., Dumitrache et al.). Pour notre chien, il a été efficace mais la persistance de certaines lésions récalcitrantes nous a incité à utiliser successivement un autre JAKi, récemment mis sur le marché, qui présente une activité plus marquée sur certaines cytokines inflammatoires, au moins in vitro. Le traitement a rapidement permis un contrôle complet de la dermatose. Des études supplémentaires sont nécessaires avant de recommander toutefois avec certitude cette classe de médicaments pour les DAI du chien.
Dumitrache MO, Ursache AL, Toma C, Negoescu A, Rietmann SJ, Leeb T, Cadiergues MC Canine exfoliative cutaneous lupus erythematosus in two mixed breed littermates. Vet Dermatol 2025
Harvey RG, Olivrī A, Lima T et al. Effective treatment of canine chronic cutaneous lupus erythematosus variants with oclacitinib: seven cases. Vet Dermatol. 2023;34:53–8.

