Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un chien beauceron femelle de 5 mois est présentée en consultation spécialisée pour des lésions cutanées et des vomissements évoluant depuis 2 mois, ne répondant pas à des traitements à base d’antibiotiques (céfalexine puis association amoxicilline-acide clavulanique), antifongique (griséofulvine puis kétoconazole) et afoxolaner.

Thomas Brément

DMV, Dip.ECVD , Vet’Dermathome, Clinique Vétérinaire TouraineVet

Examen clinique et diagnostic différentiel

L’examen clinique général ne révèle aucune anomalie à l’exception d’une note d’état corporelle de 3/9 et un retard de croissance. Le bilan de l’examen dermatologique est une dermatose sévère généralisée accentuée aux extrémités (pavillons auriculaires, queue, bourrelets unguéaux, griffes), à la face et en regard des reliefs osseux caractérisée par de l’alopécie, un squamosis (squamo-croûtes) très marqué, de rares érosions et une fonte musculaire en particulier des muscles temporaux (cf. photo 1 à 4).

 

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Photos 1 à 4 : état clinique lors de la consultation initiale : noter l’atteinte sévère généralisée accentuée aux extrémités, à la face et en regard des reliefs osseux avec alopécie, squamosis très marqué et une fonte musculaire des muscles temporaux

 

Le diagnostic différentiel inclut en priorité une dermatomyosite familiale canine, une autre dermatopathie ischémique, moins probablement un lupus érythémateux cutané généralisé (voire systémique) ou une épidermolyse bulleuse. Une dermatophytose et une démodécie sont à exclure.

Examens complémentaires et diagnostic

Aucun élément figuré n’est observé aux raclages cutanés. La cytologie cutanée montre la présence de nombreuses bactéries de type cocci adhérentes aux cornéocytes et de rares mélanocytes et mélanophages, observations compatibles avec un syndrome de prolifération bactérien et une incontinence pigmentaire modérée. Aucune anomalie significative n’est visible à l’échographie abdominale à l’exception d’un contenu alimentaire en transit au sein du tube digestif pouvant traduire un retard de vidange. Les radiographies thoraciques révèlent un mégaoesophage très sévère intéressant la totalité de l’œsophage (cf. photo 5 et 6).

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Photos 5-6 : vues de profil et de face de clichés radiographiques ; noter le mégaoesophage sévère

 

L’hypothèse d’une dermatomyosite familiale canine, maladie pour laquelle le Beauceron est prédisposé, reste la plus probable et des biopsies cutanées pour analyse histopathologique sont réalisées.  Cette dernière montre une dermatite d’interface pauvre en cellules caractérisée par une mucinose dermique, une atrophie des annexes, une vasculopathie, une dégénérescence musculaire mais également par une hyperkératose épidermique et folliculaire marquée. L’aspect histopathologique est compatible avec l’hypothèse de dermatomyosite familiale canine et évoque la dermatomyosite de type Wong décrite chez l’humain (cf. photos 7 à 9).

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Un cas de dermatomyosite original chez un Beauceron

Photos 7-9 : aspect histopathologique des lésions : notez l’acanthose, l’hyperkératose orthokératosique modérée à très marquée épidermique et folliculaire et l’atrophie annexielle (photos 7 et 8) ainsi que la présence d’images de vacuolisation et d’apoptose de la couche basale de l’épiderme associées à une incontinence pigmentaire (dermatite d’interface pauvre en cellules (photo 9).

 

La présence du mégaoesophage signe un stade avancé de la maladie et assombrit le pronostic vital de la patiente à court terme.

Traitement et suivi

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Références bibliographiques

[1] MILLER (WH), GRIFFIN (CE), CAMPBELL (KL), « Muller and kirk’s Small Animal Dermatology, Chapitre Congenital and hereditary defects », 2013, pages 585-587

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[4] FEMINA (AN) et coll., « Cutaneous dermatomyositis: an updated review of treatment options and internal association. », Am J Clin Dermatol,  n°14, 2013, pages 291–313.

[5] MUTASIM (DF) et coll., « Wong-type dermatomyositis: a mimic of many dermatoses. », J Cutan Pathol, n°43, 2016, pages 781-786

[6] MORRIS (DO), « Ischemic Dermatopathies », Vet Clin Small Anim, n° 43, 2013, pages 99–111

[7] LEVY (BJ) et coll., « The role of oclacitinib in the management of ischaemic dermatopathy in four dogs », Vet Dermatol , n° 30, 2019, pages 201-e63

[8] COLOMBO (S) et coll., « Ear tip ulcerative dermatitis treated with oclacitinib in 25 dogs: a retrospective case series », Vet Dermatol, n°32, 2021, pages 363–e100

Crédits photos

  • Photos cliniques : Thomas Brément, TouraineVet
  • Clichés radiographiques : Pierre Guigo, Tourainevet
  • Photos histopathologiques : Jean-Charles Husson, LAPVSO