Quel est le meilleur moment pour faire des tests sérologiques d’IgE spécifiques d’ allergènes ?

Cette question est fréquemment posée par des vétérinaires à des confrères de Nextmune, et je pourrais simplement répondre qu’il n’y a aucune étude dans la littérature qui aborde sans équivoque cette question.

Quel est le meilleur moment pour faire des tests sérologiques d’IgE spécifiques d’ allergènes ?

 Thierry Olivry

Professeur de recherche en immunodermatologie

NC State University College of Veterinary Medicine, Raleigh, Caroline du Nord, États-Unis

Conseiller scientifique et consultant en dermatologie et allergie

Nextmune, Stockholm, Suède

 

Néanmoins, je peux envisager au moins trois facteurs, dont deux se chevauchent, qui pourraient influer sur le moment de lancer le test pour avoir les meilleures chances d’obtenir des résultats optimaux. Ces facteurs sont :

  • 1) le stade de l’activité de la maladie atopique,
  • 2) la saison de pollinisation
  • 3) la vaccination.

Examinons les raisons pour lesquelles chacun de ces facteurs pourrait influer sur les résultats de la sérologie IgE.

 

  1. Le stade de l’activité de la maladie atopique

Le point critique ici est de tester peu de temps (1-4 semaines) après une éruption aiguë de la maladie, ce qui indique qu’il y a eu un contact récent avec le(s) allergène(s) impliqués qui devrait conduire à une élévation des IgE spécifiques correspondantes.

Il va de soit que tester un chien avec une dermatite atopique d’aggravation estivale au milieu de l’hiver est peu logique, puisque les éruptions sont probablement déclenchées par le pollen, et que ce chien n’aurait probablement eu aucun contact avec les pollens pendant des mois. N’oubliez pas que chez les humains, et probablement chez d’autres mammifères, la demi-vie sérique des IgE n’est que de 2 jours, ce qui signifie que sans stimulation de leur production après un contact avec un allergène, les niveaux d’IgE spécifiques vont disparaitre rapidement de la circulation.

Nous avons vérifié dans notre modèle de chien allergique que, sans provocations allergèniques, les IgE sériques spécifiques diminuent rapidement – parfois devenant indétectables – tandis que les provocations d’allergènes (ou même un simple test intradermique) augmentent rapidement la sécrétion des IgE spécifiques des allergènes correspondants !

Méfiez-vous de la dermatite atopique chronique ! Il y a un cercle vicieux d’inflammation à ce stade de la maladie dans lequel les cellules continuent à s’activer les unes les autres, pour, finalement ne plus avoir besoin des IgE ou de tout contact avec les allergènes. Vous pourriez avoir une sérologie IgE négative dans une telle situation en raison d’un manque de contact récent avec les allergènes.

N’oubliez pas : une éruption aiguë est probablement nécessaire pour avoir la plus grande chance de détecter des IgE spécifiques à un allergène sérique !

 

  1. La saison de pollinisation.

Il y a des années, j’ai eu l’occasion d’examiner les niveaux moyens d’IgE spécifiques d’ allergènes, mois par mois, chez des milliers de chiens dont le sérum avait été soumis à un laboratoire de diagnostic d’allergie au Japon (Laboratoire clinique d’allergie animale du Dr. Ken Masuda). Les données ont clairement montré que les concentrations moyennes d’IgE spécifiques des pollens commencent à augmenter peu après la saison de pollinisation, et que les concentrations d’IgE de pollens sont les plus faibles en hiver. Fait intéressant, le même phénomène d’élévation estivale a été observé pour les IgE contre les acariens domestiques, ce qui est également prévisible du fait que les acariens prolifèrent davantage pendant les saisons où les températures et l’humidité sont plus élevées.

Par conséquent, il semble logique d’effectuer des tests sérologiques d’IgE pendant les saisons de flambées des signes chez les patients – cette recommandation coïncide donc avec celle qui précède.

 

  1. La vaccination.

Il y a dix ans, des confrères de mon université (NCSU) ont montré, à l’aide de notre modèle de chien allergique, qu’une vaccination de routine typique avait entraîné une augmentation des IgE et IgG spécifiques au maïs, l’allergène auquel les chiens étaient sensibilisés, entre 1 et 3 semaines après la vaccination. Les niveaux d’IgE sont revenus à la normale 8 semaines après l’injection (Tater, Amer J Vet Research, 2005).

Quelques années plus tard, j’ai confirmé qu’une vaccination classique, chez d’autres chiens de la même colonie, avait provoqué une augmentation des IgE spécifiques au bœuf, à l’agneau et au lait. Cela n’était pas surprenant, car l’albumine sérique bovine a déjà été détectée dans les vaccins et déclenche une production spécifique d’IgE (Ohmori, Vet Immunol, 2007). Fait important, nous avons également montré une augmentation des IgE sériques dirigés contre un allergène auquel les chiens étaient sensibilisés à ce moment-là (un pollen). Enfin, nous avons également détecté, après la vaccination, des IgE spécifiques dirigés contre les allergènes auxquels le chien n’avait pas été sensibilisé expérimentalement (par exemple, les moisissures Alternaria et d’autres) ! Ainsi, il est clair qu’une vaccination systématique induit rapidement la production de multiples IgE spécifiques aux allergènes !

Malheureusement, je demeure perplexe quant à ce qu’il faut faire de ces résultats. D’une part, on pourrait vouloir éviter de tester rapidement après la vaccination pour diminuer la probabilité de détection non spécifique des IgE. D’autre part, on pourrait souhaiter tester peu de temps après la vaccination pour détecter les IgE libérés par les clones de plasmocytes activés par le vaccin précédemment commis à la production d’IgE allergène-spécifique. De toute évidence, il s’agit d’un domaine qui mérite une étude plus approfondie.

 

Donc, pour répondre à la question soulevée par nos confrères au sujet du moment où nous devons soumettre du sang pour des IgE spécifiques aux allergènes, je répondrais ce qui suit:

  1. Effectuer les tests pendant la ou les saisons qui déclenchent les poussées inflammatoires, et/ou
  2. Effectuer un test dans le mois suivant une éruption aiguë de la maladie;
  3. Méfiez-vous de l’effet de la vaccination sur vos résultats de tests sérologiques. Si vous constatez une augmentation des IgE spécifiques aux allergènes qui ne correspondent pas à la réactivité clinique de votre patient, ne leurs donnez pas trop d’importance.

 

Confraternellement,