Photo 0 illustration du cas

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

Bella est un chat Européen femelle de 6 ans, adoptée à 2 mois et stérilisée à l’âge de 6 mois. Elle est présentée à la consultation pour prurit cervico-facial ayant débuté il y a 3 ans et occasionnant une plaie persistante depuis 18 mois malgré les différents traitements mis en place.

 

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

 

2 / Historique

Commémoratifs Bella vit en appartement depuis toujours, il n’y a pas d’autres animaux de compagnie. Elle a présenté un épisode de cystite après la stérilisation, résolu avec le passage aux croquettes Royal Canin® Urinary. Ses vaccins sont à jour ; un test FeLV/FIV a été effectué 3 mois auparavant et s’est révélé négatif.

Anamnèse Bella présente un prurit intense (sous forme de grattage et léchage) occasionnant une plaie cervicale évoluant depuis 18 mois. Il y a un an, un régime d’éviction a été mis en place avec l’aliment Royal Canin® Multifonction Urinary+Hypoallergenic. Le régime a été exclusif et a duré trois mois mais n’a pas permis de résoudre les symptômes cutanés. Depuis 6 mois sa propriétaire nourrit Bella avec des croquettes Virbac® Hypoallergy. Divers traitements systémiques ont été mis en place par le vétérinaire traitant, permettant parfois d’amorcer une cicatrisation qui ne s’est cependant jamais achevée. L’antibiothérapie systémique (Céfalexine, Therios®) 17mg/kg BID pendant 12 jours à deux reprises et la corticothérapie systémique (Prednisolone, Dermipred®) 5mg/jour pendant 7 jours ont apporté une amélioration partielle. La ciclosporine (Modulis®), dosée à 8 mg/kg/j pendant 2 mois, et l’oclacitinib (Apoquel®) dosé à 0,75 mg/kg deux fois par jour pendant 20 jours puis une fois par jour pendant 20 jours, ont été inefficaces. Elle ne reçoit plus aucun de ces traitements depuis 2 semaines. Des biopsies avaient été réalisées 3 mois auparavant ; l’aspect histopathologique était celui d’une “dermatite périvasculaire super0icielle de type dermatite miliaire/dermatite éosinophilique féline et de lésions multifocales discrètes de folliculite murale lymphocytaire sans atypies, aspect ni spéci0ique ni pathognomonique”. Bella est traitée contre les parasites externes avec du lotilaner (Credelio®, 48 mg par prise), administré dans sa nourriture, une fois par mois, et contre les parasites internes avec de la milbémycine oxime et du praziquantel (Milbemax® 12,50mg et 125mg respectivement par prise), deux fois par an.

3 / Examen clinique

Examen clinique général L’état corporel de Bella est bon, elle pèse 3,6kg. Elle porte un gilet médical de protection (Medical PetShirt). Aucune anomalie n’est constatée à l’examen clinique général et les constantes sont dans les normes.

Examen clinique dermatologique Nous notons une large zone ulcérée, saignant facilement et spontanément, débutant en région interscapulaire et qui s’étend en regard de l’épaule droite. Cette plaie mesure environ 8 cm de diamètre. En périphérie, nous notons de nombreuses croûtes et une alopécie diffuse érythémateuse (cf photo de couverture). Une zone érodée d’environ 1 cm de diamètre est observée sous le pavillon auriculaire gauche ainsi que des plaques dépilées érythémateuses sur le ventre.

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

Photo 1 : Zone érodée sous le pavillon auriculaire gauche

 

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

Photo 2 : Plaques dépilées et érythémateuses ventrales

 

Du cérumen en quantité légère est retrouvé dans le conduit auditif. Les divers réflexes prurigineux ne sont pas déclenchés.

 

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

Figure 1 : Silhouettes lésionnelles

 

Bilan clinique Dermatose chronique fortement prurigineuse caractérisée par un ulcère d’environ 8 cm de diamètre au niveau de l’épaule droite et une alopécie érythémato-croûteuse en périphérie, une zone érodée d’environ 1 cm de diamètre sous le pavillon auriculaire gauche, ainsi que des plaques dépilées et érythémateuses au niveau ventral chez une chatte de 6 ans.

 

4 / Hypothèses diagnostiques

 Compte-tenu des traitements antiparasitaires externes correctement menés, nous n’incluons pas la Dermatite par Allergie aux Piqûres de Puces. Il en est de même pour l’allergie alimentaire, deux régimes d’éviction stricts ayant été mis en place sans succès.

5 / Examens complémentaires

Cytologie Une lame dégraissée et propre est apposée sur la plaie. Un écouvillon humidifié à l’aide de sérum physiologique stérile est frotté sur une plaque ventrale puis délicatement roulé sur une lame. Elles sont ensuite immergées dans les colorants d’un kit RAL®555. Après séchage, elles sont examinées à faible grossissement puis à l’objectif à immersion. Sur la lame de la plaie, nous observons de nombreuses cellules polynucléaires neutrophiles ainsi que des bactéries de type cocci intra et extracellulaires.

 

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

Photo 3 : Cellules polynucléaires neutrophiles et cocci intra et extra cellulaires

 

Sur la lame d’une plaque ventrale, de nombreuses cellules polynucléaires éosinophiles sont visibles, sans cocci associées.

 

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Photo 4 : Cellules polynucléaires éosinophiles mêlées à des hématies ; notez les nombreux granules éosinophiles disséminés sur le fond de lame

 

Anamnèse comportementale Des renseignements plus détaillés sont demandés à la propriétaire concernant le comportement de Bella : interactions avec sa propriétaire et les personnes inconnues, habitudes alimentaires, de sommeil, de toilettage, de jeu. Hormis un toilettage intensifié, en rapport avec sa dermatose, aucun trouble comportemental ne peut être mis en évidence.

Imagerie médicale La douleur neuropathique peut tout à fait être présente en raison de la plaie cervicale, mais ne permet pas d’expliquer les plaques éosinophiliques. L’imagerie médicale est donc repoussée, d’autant que Bella ne présente pas d’antécédents chirurgicaux ou traumatiques de la région cervicale.

6 / Diagnostic

Pyodermite ulcérative localisée à la nuque et plaques éosinophiliques ventrales secondaires à un syndrome cutané atopique félin.

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