Pododermatite chez un lapin nain

Un lapin nain femelle, stérilisé, est présenté pour une pododermatite bilatérale des postérieurs. Deux semaines auparavant, les propriétaires ont remarqué que leur animal restait sans bouger dans un coin de la cage et se léchait le dessous des pattes.

 

Dr JF Quinton, DV, Dip ECZM (Small Mammals)

C V S Advetia

75012 Paris

 

HISTORIQUE

Ils l’ont examiné et constaté une rougeur importante sur la face ventrale de chaque postérieur. La lapine vit dans une cage posée à même le sol dans la pièce principale et effectue des sorties surveillées dans l’appartement. Elle n’a pas accès à l’extérieur. Elle est nourrie d’une distribution quotidienne de foin, de granulés et de verdure fraîche.

 

EXAMEN CLINIQUE

Examen général

La lapine est en bon état général. L’examen clinique ne révèle pas d’anomalies à part l’aspect des pattes postérieures, qui présentent une alopécie et une inflammation importante sur la face plantaire, depuis le calcaneum jusqu’au métatarse. Les poils de l’extrémité des pattes avant et arrière sont légèrement colorés de jaune (Fig 1). Lâché sur le sol de la salle de consultation, le lapin se déplace normalement. A l’arrêt, il pose normalement ses postérieurs sur les doigts, ses talons ne touchant pas le sol.

Pododermatite chez un lapin nain

Fig 1 : Lapin présentant une pododermatite bilatérale des postérieurs. Crédit photo Advetia

 

Examen dermatologique

L’aspect lésionnel est identique sur chaque membre : alopécie et érythème avec érosion au niveau des talons. L’examen cytologique par apposition (coloration RAL555) met en évidence la présence de kératinocytes matures, sans éléments figurés parasitaires (absence de malassezia) ou infectieux ni cellules inflammatoires.

 

Diagnostic différentiel

Il s’agit d’une alopécie inflammatoire. Les causes de ce type de pododermatite chez le lapin sont multiples : allergiques, environnementales, comportementales ou infectieuses. Une dermatophytie n’est pas évoquée dans le diagnostic différentiel car la localisation serait très inhabituelle et aucune autre lésion évocatrice de cette affection n’a été remarquée lors de l’examen général. Une alopécie comportementale consécutive à un arrachage du poil est peu probable, aucun facteur stressant n’étant évoqué et le léchage étant apparu secondairement. D’autre part, les alopécies consécutives à un léchage exagéré se présentent d’une façon plus diffuse et intéressent d’emblée les côtés et parfois le dessus des pattes (Fig 2). Une origine allergique et /ou environnementale est donc suspectée. Les traces jaunes remarquées sur les poils des extrémités des pattes correspondent à des traces d’urine. L’exposition prolongée à l’urine des poils de la face plantaire des postérieurs est suspectée comme étant la cause la plus probable de cette alopécie. Si le lapin est digitigrade, il replie néanmoins très souvent en période de repos ses postérieurs sous lui, mettant ainsi en contact direct avec le sol le talon et la face plantaire de la région tarso-métatarsienne. Cette zone étant dépourvue de coussinets, la protection de la peau est assurée par une couche épaisse de poils. Si le lapin reste longtemps en position de repos dans des endroits souillés par son urine, la macération du tampon pileux va induire une alopécie et une irritation cutanée. Cette inflammation se complique rapidement d’escarres et d’ulcérations, provoqués par une ischémie locale, la zone  tampon des poils ne jouant plus son rôle de protection lors du contact sur le sol. Cette ulcération peut se compliquer d’une infection, provoquant une atteinte des tendons et une ostéomyélite. Interrogés sur le comportement éliminatoire du lapin, les propriétaires répondent qu’un bac à litière, rempli de copeaux de bois, changés deux fois par semaine, est disposé dans la cage. La lapine est propre et utilise cette litière. Il est néanmoins rapporté que l’animal a tendance à s’installer longtemps dans ce bac, soit pour se  reposer, soit pour manger son foin.

 

Pododermatite chez un lapin nain

Fig 2 : Face ventrale de postérieurs d’un lapin présentant une alopécie consécutive à l’arrachage des poils. Crédit photo Advetia

 

EXAMENS COMPLEMENTAIRES

Les propriétaires étant particulièrement inquiets et soucieux d’avoir un diagnostic précis, une biopsie punch sous anesthésie flash à l’isoflurane est réalisée. Les résultats de l’examen histologique mettent en évidence une dermatose chronique cicatricielle avec des reliquats inflammatoires mononucléés, qui semblent angiocentrés, ainsi que quelques structures vasculaires artériolaires d’allure cicatricielle. Cet aspect lésionnel n’est pas spécifique, ni pathognomonique , il évoque un processus inflammatoire. Son caractère angiocentré est compatible avec des lésions de vascularite ou de vasculopathie.

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