Mise au point et actualités dans le traitement de l’hypercorticisme canin

S’il y a bien un domaine dans lequel les traitements évoluent peu, c’est bien l’endocrinologie et par la même le traitement des dermatoses d’origine dysendocrinienne.


Auteur : William Bordeau en partenariat avec  Mise au point et actualités dans le traitement de l'hypercorticisme canin                               
Consultant exclusif en dermatologie
Cabinet VetDerm,
1 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT

Novembre 2003


Le 17ème congrès de l’académie et du collège américains de dermatologie, qui s’est tenu en avril dernier à la Nouvelle Orléans, a été l’occasion pour notre consœur, Amy GROOTERS de faire le point sur les traitements de l’hypercorticisme canin et de présenter les nouveautés, tout en sachant qu’il s’agit de l’une des principales dysendocrinies rencontrées chez le chien.

Mise au point et actualités dans le traitement de l'hypercorticisme canin

Alopécie bilatérale et symétrique chez un Berger des pyrénnées
qui présente un syndrome de Cushing

Jusqu’à présent, les hypercorticismes canins étaient traités, soit médicalement par le mitotane, soit chirurgicalement par surrénalectomie. L’arrivée de nouvelles techniques chirurgicales et de la radiothérapie pourrait changer nos habitudes.

Dans la très grande majorité des cas, le traitement médical de l’hypercorticisme canin est réalisé par le mitotane (op’-DDD). Celui-ci permet de diminuer, voire de contrôler les manifestations, notamment dermatologiques, de l’hypercorticisme, en diminuant la production du cortisol au niveau des surrénales. Il est important que les propriétaires comprennent que cette molécule permet le contrôle et non la guérison de cette dysendocrinie.

Le mitotane est une molécule cytotoxique qui entraîne une nécrose progressive et sévère des zones fasciculée et réticulée des surrénales, d’où une diminution de la production et de la libération de cortisol. Il existe 2 phases d’administration, une première dite d’induction, pendant laquelle on va chercher à obtenir des concentrations en cortisol dans les valeurs usuelles, et une seconde dite de maintenance, pendant laquelle on va chercher à maintenir ses acquis.

Durant la première phase, celle d’induction, il est demandé aux propriétaires de bien surveiller leur animal, notamment son appétit, son état général, et sa prise de boisson. Cette surveillance permettra d’estimer quand est ce que la concentration en cortisol reviendra dans les valeurs usuelles, et donc à partir de quel moment il faut passer à la phase de maintenance. La baisse de concentration en cortisol peut être très importante, et il est donc également important de prévenir les propriétaires de la survenue possible de signes cliniques compatibles avec une hypocortisolémie, qui pourrait être fatale. Cette première phase demande donc une participation pleine et entière des propriétaires, et un échange régulier avec le vétérinaire traitant. Amy Grooters prescrit de la prednisone à ses clients et leur conseille d’en donner à leur animal, si celui-ci devient léthargique, ou si une anorexie apparaît. S’il s’agit d’un hypocorticisme, les signes cliniques disparaîtront en quelques heures. Attention cependant, car la prednisone interfère avec le test à l’ACTH, et il conviendra donc de le différer de quelques jours. La majorité des chiens complètent cette phase d’induction en 5 à 14 jours. Chez certains chiens cela peut être plus long et il peut être nécessaire d’administrer une dose supérieure de mitotane. Dans ces cas, il faut préalablement vérifier que les propriétaires administrent bien un repas riche en graisses concomitamment à la prise de mitotane. Par ailleurs, il faut savoir reconsidérer son diagnostic en cas de doute.

Le passage à la phase de maintenance est confirmé par la réalisation d’un test à l’ACTH. Ce test doit par ailleurs être renouvelé un mois après, puis tous les 3 à 6 mois. On estimera que l’on a obtenu un bon contrôle lorsque la concentration en cortisol est dans les valeurs usuelles du laboratoire qui a réalisé le dosage. L’amélioration dermatologique prend souvent plusieurs mois. Une fois que le chien est en régime de maintenance, la surveillance ne doit pas être relâchée, en effet il est courant d’observer des rechutes. On constate ainsi 50 % de récidive, dans la première année, lors d’hypercorticisme d’origine hypophysaire. De plus, lorsque l’animal est en régime de maintenance, on surveillera l’apparition d’éventuelles complications telles que l’hypocorticisme. En cas de doute chez un animal qui est devenu apathique, il et préférable d’arrêter le traitement, et de réaliser un test à l’ACTH pour vérifier ce qu’il en est. Après avoir vérifié qu’il n’y avait pas d’hypocorticisme, le mitotane pourra être réadministré. Même si une carence en minéralocorticoïdes d’origine iatrogénique est relativement rare lors de traitement par le mitotane, elle ne doit pas être négligée. Et chez un animal apathique, il est intéressant de faire une mesure de la natrémie et de la kaliémie, lors de test à l’ACTH normal. De même, il ne faut pas négliger la possibilité d’apparition de troubles neurologiques liés directement au mitotane. Il est notamment possible d’observer une ataxie ou une cécité. Il convient alors de différencier ces troubles de ceux pouvant survenir du fait de la compression occasionnée par la tumeur hypophysaire. Lors de troubles neurologiques entraînés par le mitotane, celui-ci peut toutefois généralement être réadministré à une plus faible dose, mais il sera donnée plus fréquemment, après une période d’arrêt de quelques jours.

Mise au point et actualités dans le traitement de l'hypercorticisme canin

Nombreux comédons pouvant être observés
lors d’hypercorticisme canin

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