L’hypercorticisme du chat et du furet

Même si l’hypercorticisme ou syndrome de Cushing est une dysendocrinie essentiellement décrite chez le chien, il ne faut pas oublier qu’elle peut être également être observée de manière occasionnelle chez le chat ou chez le furet. Toutefois, dans cette dernière espèce elle ne résulte pas d’un hypercortisolisme, et on ne doit donc pas parler de syndrome de Cushing.


Auteur : William Bordeau en partenariat avec  L'hypercorticisme du chat et du furet                               
Consultant exclusif en dermatologie
Cabinet VetDerm,
1 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT

Novembre 2016


Chez le chat, près de 80 % des hypercorticismes sont d’origine hypophysaire. Toutefois, l’hypercorticisme spontané est très rare chez le chat. Ce qui est le plus communément observé est un syndrome de Cushing iatrogène, qui résulte de l’administration de corticoïdes ou de progestatifs, même s’il est vrai que dans ce domaine le chat est plus résistant que le chien.

Le syndrome de Cushing spontané apparaît chez des chats âgés à très âgés. Les signes cliniques qui peuvent être présents sont assez semblables à ceux qui sont observés chez le chien. On peut ainsi avoir une polyuropolydipsie, une polyphagie et une perte de poids. Dans certains cas, il est possible d’observer une apathie et une anorexie. L’animal peut présenter un abdomen pendulaire, tout comme chez le chien. Un diabète sucré concomitant est présent dans près de 90 % des hypercorticismes spontanés, ce qui oblige donc à faire une analyse biochimique et hématologique lors de suspicion de syndrome de Cushing. L’hypercortisolémie chronique exerce en effet une action diabétogène.
Ce diabète sucré est par ailleurs quasiment impossible à contrôler en l’absence de contrôle de l’hypercorticisme. Des lésions cutanées sont présentes dans près de 50 % des cas. On peut avoir une alopécie, une séborrhée, une pyodermite chronique ou récurrente, des comédons et une hyperpigmentation. L’alopécie affecte généralement l’abdomen, les flancs et le thorax. Dans près de 50 % des cas, la peau est anormalement fine, et se déchire facilement. Il se pourrait que les chats ayant une tumeur surrénalienne présente plus fréquemment une fragilité cutanée que ceux qui ont une tumeur hypophysaire. Lors de syndrome de Cushing iatrogène, les signes cliniques sont assez similaires.

L'hypercorticisme du chat et du furet

Fragilité cutanée chez un chat présentant une Cushing iatrogène
et une dermatite par allergie aux piqûres de puces

Concernant la polyuropolydipsie, le diagnostic différentiel comprend notamment une insuffisance rénale, ou un diabète sucré. Ce dernier pouvant apparaître indépendamment ou non d’un syndrome de Cushing. Concernant les manifestations dermatologiques, le diagnostic différentiel comprend la démodécie, l’effluvium télogène, une dermatose d’origine psychogénique, l’hyperthyroïdie, l’asthénie cutanée, une affection hépatique ou encore une tumeur pancréatique.
L’analyse anatomopathologique de biopsies cutanées est indicatrice d’un hypercorticisme, mais ne permet pas de poser un diagnostic de certitude. Ce dernier ne peut être réalisé que par une exploration endocrinienne complète, qui débutera comme nous l’avons précédemment vu par une analyse biochimique et hématologique complète. Même si cela n’a rien de spécifique, il est possible d’observer une leucocytose, une neutrophilie, une lymphopénie, une éosinopénie, une hyperglycémie, une hypercholestérolémie, et une augmentation de l’activité des ALAT. Contrairement à ce qui est observé chez le chien, l’élévation de l’activité des phosphatases alcaline n’est que rarement augmentée. Par la suite, tout comme chez le chien, il est possible de réaliser un test de stimulation à l’ACTH ou un test de freination à la dexaméthasone.
La petite nuance chez le chat, c’est que la dose de dexaméthasone employée dans la freination faible, correspond à la dose employée lors de freination forte chez le chien, ce qui est lié au fait que le chat est relativement réfractaire aux doses de corticoïdes administrées Tout comme chez le chien, la mesure du ratio cortisol urinaire sur créatinine urinaire est assez inintéressante chez le chat. La recherche d’une tumeur ou d’une hyperplasie surrénalienne peut être réalisée par échographie. Malheureusement, les surrénales du chat sont difficiles à observer, et cet examen ne peut donc être réalisé que par une personne experte et avec un bon matériel.

L’hypercorticisme du à une tumeur surrénalienne constitue la principale cause d’alopécie bilatérale et symétrique chez le furet. Dans près de 84 % des cas, elle est unilatérale. La surrénale gauche serait plus fréquemment affectée. Contrairement à d’autres espèces, il est rare d’observer une polyuropolydipsie et une polyphagie dans cette espèce. De même, on constate généralement peu de modifications biochimiques ou urinaires. La concentration en cortisol basal est généralement dans les valeurs usuelles. Les manifestations cliniques de l’hypercorticisme chez le furet se rapprochent plus de celles observées chez le chien, lors de dermatoses dues aux hormones sexuelles, que celles observées lors de surproduction en cortisol, et pour cause.
En effet, lors d’hypercorticisme chez le furet, on ne constate pas d’hyperproduction de cortisol, mais en hormones sexuelles, notamment en progestérone, en androsténedione et en oestradiol. Près de 96 % des furets présentant un hypercorticisme ont au moins une de ces hormones augmentée. Dans près de 22 % des cas ont constate même une élévation de toutes ces hormones. L’hypercorticisme apparaît généralement entre 2 et 8 ans et il se manifeste par une alopécie bilatérale, symétrique et non prurigineuse qui va débuter au niveau de la queue pour progresser sur l’abdomen, la face interne des cuisses, et la région dorsolombaire. Dans les cas très avancés, cette alopécie gagne la région dorsale de l’encolure, et le dessus de la tête. La face et les pattes sont généralement épargnées.

 

L'hypercorticisme du chat et du furet

Alopécie localisée à la queue et à la base de la région dorsolombaire

L'hypercorticisme du chat et du furet

Alopécie sur le dessus de la tête, mais la face reste épargnée

On constate que 9 à 30 % des animaux présentent un prurit. Celui-ci ne répond pas aux antihistaminiques et aux corticoïdes, et il se localise surtout entre les épaules. Des comédons peuvent être observés au niveau de la queue. En dehors de ces manifestations dermatologiques, il est possible d’observer une apathie, une splénomégalie, une atrophie musculaire et un gonflement de la vulve. Il a été décrit des cas d’hyperplasie mammaire. Chez près de 19 % des males présentant un hypercorticisme ont constate des difficultés à uriner. La surrénale qui est augmentée de taille peut être palpée dans près de 30 % des cas.
Le diagnostic de confirmation est réalisé par échographie. Toutefois, tout comme chez le chat, cet examen doit être réalisé par une personne experte et avec un bon matériel, car les surrénales du furet ne sont pas faciles à visualiser. On considère ainsi que la tumeur surrénalienne ne peut être observée que dans 50 % des cas seulement. Près de 27 % des furets affectés présentant également un insulinome, d’où la nécessité d’aller observer le pancréas également.
L’exploration endocrinienne est difficile à réaliser chez le furet, et peu de laboratoires réalisent les dosages appropriés et avec des valeurs usuelles établies dans cette espèce. Il semblerait par ailleurs que cette exploration soit assez décevante dans cette espèce.
Pour terminer, retenons que même s’il s’agit de dermatoses dysendocriniennes relativement rares dans notre pays, notamment en ce qui concerne l’hypercorticisme du furet et à la différence des Etats-Unis où il est bien plus fréquent, celles-ci ne doivent pas être négligées dans ces 2 espèces.

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