L’alopécie récurrente des flancs canine

Les alopécies bilatérales non inflammatoires des flancs constituent un motif de consultation assez fréquent chez le chien.


Auteur : William Bordeau en partenariat avec  L'alopécie récurrente des flancs canine
Consultant exclusif en dermatologie
Cabinet VetDerm,
1 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT

Novembre 2016


Elles peuvent résulter de dysendocrinies comme l’hypercorticisme ou l’hypothyroïdie, mais aussi de certaines dysplasies folliculaires comme l’alopécie récurrente des flancs canine (ARFC), encore appelée alopécie saisonnière des flancs.

L'alopécie récurrente des flancs canine

Les dysplasies folliculaires constituent un groupe de génodermatoses assez hétérogènes, caractérisées par une anomalie structurale du follicule pileux, à l’origine d’alopécie. On distingue les dysplasies qui sont liées à la couleur de la robe (c’est le cas de la dysplasie folliculaire des poils noirs), de celles qui en sont indépendantes. De même, on distingue les dysplasies folliculaires permanentes de celles qui sont cycliques. L’alopécie récurrente des flans canine est une dysplasie folliculaire héréditaire, qui rentre donc dans les génodermatoses, et elle est cyclique et non dépendante de la couleur de la robe. Etant donné qu’il s’agit d’une dermatose héréditaire, les animaux affectés ne doivent pas reproduire.

A l’heure actuelle, on ne connaît quasiment rien de sa pathogénie. A un moment, on a supputé que des hormones telles que les stéroïdes sexuels, les hormones thyroïdiennes, la prolactine ou encore les corticoïdes intervenaient, mais l’exploration endocrinienne de ces animaux n’a jamais rien révélé. Par contre, on pense que la photopériode jouerait un rôle. On pense ainsi qu’une déficience en mélatonine serait directement ou indirectement responsable de cette dermatose.

Cette dermatose affecte de très nombreuses races sans prédisposition sexuelle, raciale, et sans que la castration, ou non, de l’animal n’interviennent. On l’a notamment décrite chez l’Airedale, le Boxer, les Bulldogs, les Schnauzers, le Caniche ou encore le bouvier des Flandres. Les animaux affectés ont 4 ans en moyenne, mais les premières lésions peuvent apparaître entre 8 mois et 11 ans.

Cette dermatose se manifeste classiquement par une hypotrichose ou une alopécie bien circonscrite aux marges irrégulières donnant un aspect annulaire, polycyclique, ou en « carte de géographie ». Une hyperpigmentation est souvent observée. Les poils s’épilent facilement dans les zones affectées et pas en dehors. Il n’y a aucun prurit ni aucune douleur. Un squamosis et une folliculite bactérienne peuvent survenir dans les zones concernées. Cette dermatose se localise typiquement au niveau des flancs, mais peut s’étendre au thorax et à la région dorsolombaire. L’atteinte est généralement bilatérale, mais parfois un coté peut être plus atteint que l’autre. Exceptionnellement, l’atteinte peut être unilatérale. L’importance des lésions peut varier au cours des années.

L'alopécie récurrente des flancs canine

L’ARFC apparaît généralement de novembre à mars dans l’hémisphère nord, et ce pour une durée de 3 à 8 mois. Dans la majorité des cas, le poil repousse normalement, toutefois dans certains cas on peut avoir une texture ou une couleur différente. Parfois, la repousse est incomplète après plusieurs épisodes, et l’alopécie est ainsi quasi permanente. Cette dermatose est cyclique, mais de cyclicité variable. Par ailleurs, environ 20 % des animaux ne présente qu’un seul épisode. Finalement, il s’agit donc d’une dermatose dont l’appellation est impropre, notamment parce que cette dermatose n’est pas toujours récurrente et parce qu’elle ne se localise pas toujours aux flancs.

Le diagnostic différentiel des alopécies symétriques non prurigineuses se localisant aux flancs est très important. On doit ainsi considérer l’effluvium anagène et télogène, l’alopécie des robes diluées, la dysplasie des poils noirs, l’alopécie en patron, l’adénite sébacée, l’alopécie X, et toutes les dermatoses d’origine dysendocrinienne. Même s’il ne s’agit généralement pas de dermatoses bilatérales, la dermatophytose et la démodécie doivent également être considérées. Le diagnostic de l’ARFC repose sur l’anamnèse, les commémoratifs, les signes cliniques, l’exclusion des autres dermatoses appartenant au diagnostic différentiel, et finalement sur des biopsies cutanées. Les lésions qui peuvent être observées ne sont malheureusement pas pathognomoniques. Il ne s’agit que d’un élément en faveur de cette dermatose. L’examen histopathologique des biopsies montre une atrophie folliculaire diffuse avec des infundibulum folliculaires dilatés remplis de kératine, également présent dans les follicules secondaires et les glandes sébacées, ce qui confère un aspect évocateur dit en « pieds de sorcières » (Witch’s foot). Les glandes sébacées ont généralement une taille normale ou sont modérément hypertrophiées.

Le pronostic de cette dermatose est bon, puisque il ne s’agit pas d’une dermatose pouvant entraîner le décès de l’animal. Le préjudice n’est qu’esthétique. Celui-ci variant avec l’importance de l’étendue des lésions, la fréquence des récidives, et la durée de chaque accès.

L’évolution extrêmement variable de cette dermatose rend d’autant plus difficile l’évaluation des traitements. Ainsi, il ne faut pas oublier que même si l’on ne fait rien, dans la majorité des cas les poils repoussent. Ainsi, il est difficile de dire si une molécule va diminuer la fréquence des accès et leur durée, puisque ceux-ci peuvent être très variables, spontanément, en durée et en importance. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un problème purement cosmétique. En tout état de cause, l’expectative est un choix à ne pas négliger, et on évitera donc d’employer des molécules pouvant dégrader l’animal sous prétexte de contrôler cette dermatose.

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