Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Depuis des millénaires, les animaux et les hommes ont toujours eu recours aux plantes pour toutes sortes de maux mais toujours de façon empirique. Grace au développement de la chimie et la découverte des molécules de synthèse, la plupart des recettes ancestrales ont été balayées d’un revers de manche, dénigrées et traitées comme des remèdes « de grand-mère ».

La nature est pleine de ressources ! 

Pourtant, nombreuses sont les formules de médicaments copiées des principes actifs des plantes !

Le monde végétal offre un potentiel inépuisable d’actifs naturels ! Aujourd’hui, grâce aux moyens d’analyses modernes, on connait leurs compositions et leurs modes d’action.

Si la médecine allopathique reste à privilégier dans la plupart des cas, la tendance actuelle privilégie les produits d’origine naturelle soit en première intention, soit lorsque la médecine classique a échoué ou en complément de celle-ci.

Mais la nature ne produit pas seulement des plantes, il ne faut pas oublier les produits de la ruche, les différentes algues, les nombreux champignons, les multiples minéraux… Ils sont utilisés avec bénéfice tant en médecine douce qu’en complément de la médecine traditionnelle. Comme les plantes médicinales, ils ont des activités multiples. Pour exemple, en complément d’un traitement allopathique, ils pourront apaiser le stress de l’animal ou atténuer les effets secondaires de traitements lourds.

Depuis plusieurs années, la phytothérapie et l’aromathérapie connaissent un essor de plus en plus important en humaine. Si la place de la phyto-aromathérapie vétérinaire est encore trop restreinte, la demande des propriétaires d’animaux n‘en est pas moins en forte croissance.

Vétérinaires, nous sommes les seuls spécialistes de la santé animale et nous avons un devoir de conseil. Si nous ne sommes pas capables de répondre aux demandes clients, vers qui vont-ils se tourner ? Il faut absolument éviter l’automédication dans ce domaine car toute mauvaise utilisation aura des répercutions néfastes sur la bonne santé de nos patients à 4 pattes!

 

Phytothérapie en général

La phytothérapie est le soin par les plantes  et leurs extraits, c’est une médecine considérée comme douce. C’est vers elle que l’on se tourne en prévention ou en traitement à long terme et même en accompagnement de maladie aiguë.

Seules les plantes médicinales sont utilisées, leur concentration en principes actifs varie en fonction de la plante et de la partie utilisée. Contrairement aux médicaments chimiques, elles ne peuvent pas être standardisées.

Il faut savoir qu’en France 80% des plantes médicinales sont importées ce qui nécessite une vérification rigoureuse de la garantie d’identité botanique qu’elle soit botaniquement et biochimiquement définie, elles doivent aussi être inscrites à la Pharmacopée Française.

Si  la phytothérapie vétérinaire s’utilise généralement par voie orale, son intérêt par voie cutanée n’en est pas moins  importante !

En effet, en dermatologie, les plantes médicinales sont d’un grand intérêt après avoir subit différentes transformations :

Les tisanes : le principe actif est récupéré en versant de l’eau bouillante sur la partie de plante concernée, puis en filtrant le liquide obtenu. Ces préparations peuvent être des infusions, lorsque la partie de plante utilisée est fragile (feuilles, fleurs…), ou des décoctions, lorsque la partie de plante est solide (bois, écorce, racines, fruits, graines…).

Les macérations : la plante est laissée à tremper pendant un certain temps (de quelques heures à quelques semaines) dans un liquide d’extraction (eau, alcool…).

  • Teinture mère : macération alcoolique avec un titre alcoolique variant de 60 à 90°. La macération dure environ 3 semaines. Le titre en alcool de la teinture mère varie généralement entre 60 et 75°.
  • Extraits hydro-alcooliques-glycérinés : Le principe est identique à la teinture mère, mais avec un taux alcoolique du liquide d’extraction plus faible (environ 20°).
  • Extraits secs pulvérisés : différents des poudres. Les principes actifs sont extraits par macération dans de l’eau ou de l’alcool, le liquide obtenu est filtré à basse pression et basse température, puis concentré. Le solvant est ensuite éliminé par séchage.
  • Extraits fluides : macération de plantes sèches dans un solvant, puis plusieurs passages du mélange dans une presse. Le liquide ainsi obtenu est plus concentré en produit actif.
  • EPS = Extraits fluides de Plantes Standardisées : La plante fraîche est cryobroyée avec de l’azote liquide, puis extraite par un mélange d’alcool et d’eau. L’alcool est ensuite évaporé et la préparation obtenue est conservée dans de la glycérine végétale. 

Les plantes médicinales synthétisent des principes actifs propre à chacune : anti-infectieuses, antalgiques, anti-inflammatoires, dépuratives, antispasmodiques, apaisante nerveuse…

En dermatologie, il est particulièrement intéressant d’associer des plantes médicinales ayant des effets complémentaires, et même de mélanger leurs différentes formes, afin d’obtenir la meilleure préparation possible ! 

Pour exemple, la teinture-mère de calendula est très utilisée pour calmer une peau enflammée, celle de centella pour aider à la cicatrisation. En rajoutant des huiles essentielles anti-infectieuses, antalgiques, cicatrisantes et anti-inflammatoire, on obtient une excellente préparation pour soigner toutes sortes de plaies.

 

Aromathérapie en particulier

C’est la manière la plus puissante de faire de la phytothérapie !

Les essences existent en l’état au sein des plantes dites « aromatiques ».  ce n’est qu’à l’issue de leur distillation à la vapeur d’eau à basse pression qu’elles se font appeler « huiles essentielles ».

Il est nécessaire de bien les connaître  pour pouvoir les utiliser sans danger et profiter pleinement de leurs vertus. Il est important de savoir qu’une huile essentielle renferme en moyenne une centaine de composés biochimiques différents et que ceux-ci se repartissent dans 14 familles biochimiques (alcool terpénique, phénol aromatique, aldéhyde aromatique, aldéhyde terpénique, terpène, oxyde terpénique, ester terpénique, phénol methyl-ether, cétone terpénique, sesquiterpène, sesquiterpénol, lactone, coumarine, phtalide). Chaque famille possède des propriétés et des indications thérapeutiques propres à chacune d’elles (anti-infectieuse bactérienne / virale et stimulante immunitaire, antifongique, antiparasitaire, anti-inflammatoire, antalgique, expectorante, antitussive, mucolytique, antispasmodique, apaisante nerveuse, antihistaminique, détoxifiante hépatique et/ou stimulante hépatique)

Sachant tout cela, il est alors possible de mélanger plusieurs HE entres elles, où les huiles essentielles interagissent entre elles, pour obtenir ce qu’on appelle une synergie : les HE se complètent et renforcent l’effet des autres huiles essentielles. Le but est d’obtenir une préparation plus efficace que si chaque huile essentielle était utilisée séparément.

En revanche,  Il n’est pas nécessaire d’utiliser plus que 6 HE, voire 8 au maximum, sinon l’effet de synergie s’annule, le pourcentage de chaque HE étant trop faible pour s’exprimer.

C’est l’application par voie locale qui est utilisée en dermatologie, rarement pure mais diluée au sein d’autres actifs tels le miel, le gel d’Aloe Vera, les teintures-mères, l’eau avec un solubilisant… Même si les HE pénètrent la barrière cutanée pour se retrouver dans l’organisme, les effets systémiques seront quasi inexistants si la quantité et la qualité d’HE appliquée est raisonnée. L’avantage des HE est qu’elles sont répellentes, le gout et l’odeur dérangent les animaux qui n’osent plus lécher leur plaie, favorisant ainsi l’action des HE dans le temps et l’accélération de la cicatrisation. Même si certains animaux se lèche malgré tout, la toxicité est quasi nulle du fait que la quantité ingérée est infime.

Les HE sont très efficace et d’un intérêt grandissant dans les affections dermatologiques. Certaines seront à diluer impérativement, comme celles contenant des phénols (HE de clou de girofle, thym à thymol…) ou des aldéhydes aromatiques (HE de cannelle écorce), d’autres pourront être utilisées avec d’autres excipients ou principes actifs, certaines peuvent même être utilisées pures sans risque (HE de lavande vraie ou aspic, bois de Hô, thym à linalol…).     

    Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Intérêt de la phyto-aromathérapie en dermatologie

Ci-dessus, évolution en 40 jours d’une plaie soignée par application d’huiles essentielles et de miel sous pansement.

 

En connaitre un peu plus – Bibliographie

« L’usage de l’huile essentielle de tea tree (arbre à thé) en médecine vétérinaire : revue de la littérature » Thèse : Maïté LEDUC pour le grade de médecin vétérinaire, 2018.

« Guide d’utilisation des huiles essentielles chez l’animal de compagnie » Joelle Robyns, autoéditeur, 2018.

« Création d’une formation continue vétérinaire en phytothérapie » Thèse d’exercice, Marion DOR, Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, 2017.

« Utilisation de la phytothérapie et de l’aromathérapie dans le cadre du conseil vétérinaire chez le chat, le chien et le cheval » Thèse : Alicia Chevalley pour le Diplôme d’Etat de Docteur en Pharmacie, 2016.

« Guide pratique de phyto-aromathérapie pour les animaux de compagnie » Pierre May, éditions Med’Com, 2014.

« 200 plantes qui vous veulent du bien »  Carole Minker, éditions Larousse, 2013.

« Du bon usage des plantes qui soignent »  Jacques Fleurentin aux éditions Ouest-France, 2013.

« Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France » Paul-Victor Fournier aux éditions Omnibus, 2010.  

« Petit Larousse des plantes médicinales »  Gérard Debuigne et François Couplan, éditions Larousse, 2009.

« L’aromathérapie – Se soigner par les huiles essentielles » Dominique Baudoux, édition Amyris, 2008.

« Guide de la phytothérapie »  Dr Jörg Grûnwald et Christof Jancke, éditions Marabout, 2004.

« L’Aromathérapie exactement » P. Franchomme et Dr D. Pénoël, éditions Roger Jollois, 2001.

« Huiles essentielles – 2000 ans de découvertes aromathérapeutiques pour une médecine d’avenir »  Dominique Baudoux, autoéditeur, 1990.

« Aromathérapie » Dr Jean Valnet, Éditions Maloine, 1984.