Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Un bouledogue français de 3 mois de couleur bleue nous est présenté pour des lésions inhabituelles du bord des pavillons des oreilles.

 

Eric FLORANT

CES de dermatologie – Ex chargé de consultation de dermatologie ENVA

Clinique vétérinaire Les Sablons 78370 Plaisir

 

Février 2020

 

Motif de consultation :

Un bouledogue français de 3 mois de couleur bleue nous est présenté pour des lésions inhabituelles du bord des pavillons des oreilles.

 

Commémoratifs et anamnèse:

Ce chiot a été adopté car retiré de la vente du fait de sa petite taille et du fait qu’il présentait une teigne à Microsporum canis en cours de traitement assez étendue. Le propriétaire vient en consultation pour adapter le traitement de la teigne. Le traitement en cours depuis un mois est l’itraconazole (Itrafungol) à une dose de 5mg/kg/ jour 1 semaine sur 2. Le propriétaire signale qu’avec le traitement il y a eu une amélioration au niveau du corps mais qu’il reste des lésions importantes au niveau des oreilles. Il est alimenté avec des croquettes de bonne qualité.

 

Examen clinique :

Le chien est petit pour son âge et ne correspond pas au standard de la race. Il est un peu maigre. Il présente des lésions alopéciques un peu squameuses sur l’ensemble du corps dont la face. Le pavillon des oreilles est alopécique en partie avec un squamosis important et surtout sur tout le bord des pavillons des croutes épaisses adhérentes. A la lampe de Wood, certains poils présentent une fluorescence verte, mais pas au niveau des extrémités des oreilles.

Les raclages pratiqués étaient négatifs

Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Diagnostic:

A part la teigne qui a déjà été diagnostiquée et est confirmée le jour de la consultation, l’aspect des croutes présentes sur le bord des oreilles ne nous paraît  pas être en rapport avec la même pathologie. Nous émettons plusieurs hypothèses : la première du fait de la similitude clinique étant celle d’une hyperkératose congénitale du pavillon des oreilles du bouledogue français décrite par Sophie Vandenabeele et Hilde de Cock en 2016, ou bien une parakératose localisée telle que décrite chez des Boston Terrier par Lee F. et coll. En 2016. Les lésions sont moins évocatrices d’une vascularite.

Nous proposons de réaliser des biopsies afin de pouvoir nous orienter.

Résultats de l’histologie (Frédérique DEGORCE du LAPVSO): 

Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

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Un cas inhabituel d’hyperkératose des pavillons chez un chiot bouledogue français

Le tableau lésionnel est caractérisé par une discrète dermatite d’interface lymphocytaire faiblement cytotoxique avec hyperplasie épidermique et infundibulaire marquée, hyperbasophilie des couches basales et activité mitotique augmentée, hypergranulose épidermo-folliculaire diffuse marquée, hyperkératose épidermo-folliculaire diffuse intense avec alternance de para et d’orthokératose et présence multifocale d’une pâleur bleutée des acanthocytes de la couche granuleuse avec des acanthocytes vacuolisés (possible koïlocytes). Y sont associées des anomalies modérées à marquées de la répartition du pigment mélanique. Ces anomalies marquées de la répartition du pigment mélanique sont très probablement liées à une alopécie des robes diluées (chien de couleur bleue) qui pourrait conduire à terme à d’autres lésions du pelage. Les importantes anomalies de la cornéogenèse épidermique et folliculaire font penser à l’anatomopathologiste avant tout à une infection virale persistante faiblement régressive (infection cutanée par un papillomavirus).  En 2° hypothèse, des troubles de la  la cornéogenèse d’origine carentiellle ou alimentaire (Vitamine A, zinc, équilibre minéral et vitaminique plus large, acides aminés …) mais le tableau lésionnel observé ici ne correspond pas dans sa totalité avec ces entités décrites chez le chien. Moins probablement peuvent être envisagés des troubles stricts de la cornéogenèse d’origine congénitale ou héréditaire (forme d’ichtyose).

Il aurait été intéressant de pouvoir faire une recherche de papillomavirus mais cela impliquant d’autres biopsies, le propriétaire n’a pas accepté.

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Remerciements :

A Frédérique Degorce (LAPVSO de Toulouse) pour l’interprétation des lames

Et à Sophie Vandenabeele pour nous avoir transmis son poster et ses photos.

 

Bibliographie :

  1. Sophie Vandenabeele and Hilde de Cock, Congenital pinnal hyperkeratosis in 2 french bulldogs. Poster presented at WCVD Bordeaux 2016.
  2. F. F. Lee, C. W. Bradley, 2nd, C. L. Cain, S. D. White, C. A. Outerbridge, L. A. Murphy and E. A. Mauldin Localized parakeratotic hyperkeratosis in sixteen Boston terrier dogs
    Full source:Vet Dermatol, 2016,Vol 27, Iss 5, pp 384-e96