Quel est votre diagnostic ? – Article 9


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Auteur : Emmanuel Bensignor – Novembre 2005
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Motif de consultation

Un chien Pékinois, âgé de 10 ans, est présenté à la consultation pour l’apparition de plaques suitantes associées à un prurit facial.

Commémoratifs

Les lésions sont apparues quelques semaines auparavant. Les propriétaires décrivent initialement un prurit facial, associé à un suintement malodorant localisé sur les plis de la face. Le chien est par ailleurs en bon état général. Aucune contagion n’est notée. Un traitement topique, antibio-corticoïde n’a pas amélioré les lésions. Un traitement systémique antibiotique n’a pas non plus de diminuer les lésions ni le prurit.

Examen clinique

À l’examen clinique, le chien est en bon état général, hormis un souffle cardiaque marqué. L’examen dermatologique montre des lésions exclusivement faciales, localisées sur l’hémiface gauche au niveau du pli facial. Il s’agit de plaques érodées, suintantes et érythémateuses.

diagnostic-article-101Photo 1 : vue éloignée: présence d’une lésion localisée à la face

diagnostic-article-102Photo 2 : vue rapprochée: notez les plaques érodées et suintantes

Examens complémentaires immédiats

Un examen cytologique par cytoponction montre des grandes cellules peu différenciées. Aucune bactérie n’est mise en évidence.

Quel est votre diagnostic ? Quels examens supplémentaires réaliser?

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Diagnostic

Il s’agit d’un lymphome cutané.

Examens complémentaires supplémentaires

Des biopsies cutanées sont nécessaires pour confirmer le diagnostic (photo 3).

L’examen histopathologique classique devra être associé à des immunomarquages pour faire le diagnostic de mycosis fongoïde.

diagnostic-article-103Photo 3 : examen histopathologique: infiltration de l’épiderme
par des lymphocytes et microabcès de Pautrier (cliché LAPVSO)

Traitement

Un traitement avec la Kidrolase® et la Lomustine® associés à une corticothérapie systémique sont proposés au propriétaire, qui est prévenu du mauvais pronostic de cette néoplasie cutanée.

Discussion

Le mycosis fongoïde est une tumeur cutanée relativement fréquente. Il s’agit d’un lymphome cutané T épithéliotrope. Cliniquement, plusieurs présentations sont possibles: phase érythrodermique, caractérisée par un prurit associée à une érythrodermie exfoliative, phase en plaques, caractérisée par l’apparition de plaques multiples disséminées et phase nodulaire, avec des lésions en coulée de lave évocatrices. Le diagnostic n’est pas toujours facile, mais face à des lésions en plaques ou nodulaires érythémateuses survenant chez un animal âgé, il faudra évoquer cette hypothèse.

L’examen cytologique des lésions, obtenu par cytoponction, montre des cellules lymphocytaires, parfois typiques, parfois assez indifférenciées. Le diagnostic est donc surtout histopathologique. L’examen histopathologique montre un infiltrat épidermotrope, constitué de lymphocytes, qui s’aggrégent dans les couches épidermiques pour former des microabcès dits de Pautrier. Des techniques d’immunomarquage sont parfois nécessaires pour confirmer le caractère lymphocytaire de l’infiltrat.

Le traitement de cette néoplasie cutanée n’est pas défini avec précision, le pronostic est sombre (quelques mois de survie en moyenne après le diagnostic). Ont été proposés les protocoles de polychimiothérapie des lymphomes ganglionnaires, les rétinoïdes de synthèse, la corticothérapie etc… Nous avons conseillé dans notre cas ll’association de L-asparaginase, de lomustine et de corticoïdes, qui semble donner des résultats intéressants, mais des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer/infirmer la valeur de ce traitement.

Références

  • Guagère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC edrs, Paris, 2002.
  • Scott DW, Miller WH, Griffin CE Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.
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