Auteur : Emmanuel Bensignor – Mars 2005
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes
Motif de consultation
Un chien, Lhassa Apso, âgé de 10 ans, est présenté à la consultation pour un prurit généralisé.
Commémoratifs
Le prurit a débuté plusieurs mois auparavant. Initialement localisé au niveau de la face, il s’est rapidement étendu à l’ensemble du corps. Les propriétaires ont remarqué un “noircissement” de la peau et une mauvaise odeur. Aucune contagion humaine n’est connue. Les parents du chien ne présentent aucune lésion. Divers traitements antibiotiques, antifongiques et corticoïdes n’ont apporté aucune amélioration à la dermatose.
Examen clinique
L’examen général est bon, hormis un embonpoint marqué. Aucune polyuro-polydipsie n’est présente. L’examen dermatologique montre un poil gras et un état kératoséborrhéique généralisé. Les poils sont parfois agglomérés en touffes qui s’arrachent facilement. Ca et là, des excoriations sont notées. Les lésions sont surtout remarquées après la tonte, qui dévoile un érythème généralisé, une hyperpigmentation, une lichénification et surtout la présence de très nombreux comédons (photo 1). De rares pustules sont également notées (photo 2).
photo 1 : vue éloignée de l’abdomen (après tonte): dermatose généralisée
photo 2 : vue rapprochée de l’abdomen: présence de très nombreux comédons et de rares papulo-pustules.
Bilan
Nous sommes face à une dermatose extensive, primitivement prurigineuse, caractérisée par un érythème, une lichénification et surtout des comédons généralisés chez un vieux chien.
Examens complémentaires immédiats
De multiples raclages cutanés sont réalisés. Un élément anormal est visualisé (photo 3).
photo 3 : élément anormal observé dans un produit de raclage cutané (Gx1000)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Quel est votre diagnostic ? Quels examens supplémentaires réaliser?
Il s’agit d’une démodécie. L’élément observé au microscope est un oeuf de Demodex canis. Chez ce vieux chien, il est souhaitable de rechercher une maladie sous-jacente expliquant l’apparition et la généralisation de la maladie (syndrome de Cushing- iatrogène ou spontané; diabète sucré; tumeur hépatique; etc…).
Traitement
Trois zones cutanées sont sélectionnées et raclées. Le nombre de parasites est compté sur chacune d’entre-elles. Le chien est traité par voie locale avec un shampooing présentant un effet comédolytique (Paxcutol®) toutes les semaines, et par voie générale avec la milbémycine oxyme (Interceptor®) à la dose de 1.5 mg/kg/j. Des visites de contrôle pour raclages cutanés sont prévues toutes les six semaines et les propriétaires sont prévenus de la nécessité de traiter jusqu’à obtenir deux séries de raclages cutanés négatifs à un mois d’intervalle avant d’interrompre le traitement.
Discussion
La démodécie est une dermatose parasitaire fréquente chez le chien, liée à la multiplication d’un acarien, Demodex spp. Cliniquement, il faut distinguer:
- selon l’âge lors de l’apparition des symptômes, une démodécie juvénile et une démodécie de l’adulte. La forme juvénile est rencontrée chez le chien jeune de moins de deux ans (un an pour certains auteurs), pour lequel un déficit immunitaire spécifique vis à vis de Demodex canis est suspecté, et la démodécie de l’adulte chez le chien âgé à la faveur d’une maladie sous-jacente (syndrome de Cushing, hypothyroïdie, diabète, tumeur…)
- selon l’étendue des lésions, une forme localisée et une forme généralisée.
- La démodécie localisée est observée le plus souvent chez le chiot ou le jeune chien. Plusieurs formes cliniques sont classiquement décrites (nummulaire, diffuse, podale et auriculaire). Elle ne nécessite pas de traitement.
- La démodécie généralisée compliquée de pyodermite (pyodémodécie) ou non (démodécie sèche). Selon Scott et al., une démodécie doit être considérée comme généralisée si:
- cinq zones distinctes au moins présentent des lésions
ou -
une région du corps, dans son ensemble, est atteinte
ou -
deux extrémités podales ou plus sont atteintes.
- cinq zones distinctes au moins présentent des lésions
Classiquement rapportée comme non prurignieuse, la démodécie s’accompagne en réalité dans un certain nombre de cas de démangeaisons, comme ici. La présence de comédons doit orienter le clinicien vers cette hypothèse. La tonte est bien souvent nécessaire pour mettre en évidence ces lésions primaires évocatrices; elle est dans tous les cas bénéfique pour faciliter l’application et améliorer l’efficacité des traitements topiques.
Références
- Guagère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC edrs, Paris, 2002.
- Scott DW, Miller WH, Griffin CE Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.





