Quel est votre diagnostic ? – Article 4


Auteur : Emmanuel Bensignor – Novembre 2004
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Anamnèse

Un chien Bouledogue français âgé de un an est présenté à la consultation pour des chutes de poils progressives. Les pavillons auriculaires ont initialement été touchés (trois mois auparavant), et récemment une extension au niveau de la zone préauriculaire a inquiété la propriétaire. Aucun traitement n’a été précédemment réalisé. L’animal est correctement vacciné. Aucune contagion humaine n’est rapportée.

Examen clinique

À l’examen clinique, l’animal est en bon état général. Les lésions sont exlusivement faciales. Il s’agit d’une alopécie non inflammatoire, localisée sur les zones préauriculaires et sur les faces externes des pavillons. Les lésions sont bilatérales et symétriqus (photo 1). L’examen dermatologique ne note pas d’anomalie hormis l’hypotrichose, en particulier, aucune hyperpigmentation n’est notée (photo 2).

diagnostic-article-71Photo 1 : vue éloignée de la tête: notez l’alopécie bilatérale
et symétrique des faces externes des pavillons auriculaires

diagnostic-article-72Photo 2 : vue rapprochée d’un pavillon auriculaire :
l’alopécie est non inflammatoire

Examens complémentaires immédiats

Des raclages cutanés ainsi qu’un examen en lampe de Wood sont réalisés. Ils sont négatifs.

Un trichogramme réalisé en périphérie lésionnelle montre des poils d’aspect normal, bien que de petite taille.

Quel est votre diagnostic ?

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Diagnostic

Il s’agit d’une alopécie en patron (“pattern baldness“).

Examens complémentaires supplémentaires

Des biopsies cutanées sont réalisées sous anesthésie générale.

L’examen histopathologique montre une miniaturisation des follicules pileux, diagnostique d’alopécie en patron.

Traitement

Après discussion avec la propriétaire, un traitement avec la mélatonine est décidé. Le chien reçoit 3 mg matin et soir pendant 6 semaines.

Suivi

À 6 semaines, une repousse pilaire est notée. Le traitement est poursuivi à l’identique.

Discussion

Sous le terme d’alopécie en patron sont regroupées différentes entités, sur la base de critères cliniques (alopécie), histopathologiques (miniaturisation des follicules pileux), génétiques (survenue dans des races prédisposées) et endocrinologiques (absence d’anomalie hormonale détectable). Il est probable que ces maladies soient en réalité différentes (certaines pourraient être des dysendocrinies sexuelles pour lesquelles nous ne savons pas doser les hormones en cause, d’autres d’authentiques troubles génétiques des follicules pileux) et des études supplémentaires sont nécessaires pour mieux caractériser ces dermatoses.

Le premier type est assez spécifique aux Teckels et consiste en une alopécie des pavillons auriculaires. Le deuxième type, retrouvé chez le chien d’eau portugais et l’American water spaniel, regroupe une alopécie de la face ventrale du cou, de la face caudale des cuisses et de la queue. Le troisième type, chez le Greyhound, est caractérisé par une alopécie des faces caudales des cuisses. Enfin, un quatrième type, chez les Teckels, les Boston terriers, les Chihuahua, les Whippets (etc…), se manifeste presque exclusivement chez les femelles sous la forme d’une chute des poils débutant sur les pavillons auriculaires et sur la face ventrale du cou pour s’étendre progressivement sur toute la surface ventrale du corps.

Le diagnostic, essentiellement clinique, est corroboré par la normalité des tests hormonaux et l’examen histopathologique de biopsies cutanées qui montre une miniaturisation des follicules pileux.

Il est troublant de noter que les critères cliniques et histologiques de ces dermatoses sont très semblables à des dermatoses alopéciantes acquises bien décrites chez l’homme.

Aucun traitement n’était efficace jusqu’à récemment. La mélatonine a été essayée empiriquement dans une étude pilote sur 11 chiens et a permis une repousse des poils chez 60 à 70 pour cent des cas traités. Ces résultats encourageants (sans que l’on sache pourquoi cette hormone est efficace) méritent confirmation à plus large échelle.

Références

  • Scott DW et al. Small Animal Dermatology, 6 th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001
  • Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002
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