Quel est votre diagnostic – Article 13


Auteur : Emmanuel Bensignor
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Commémoratifs-Anamnèse

Une chienne Lhassa Apso, âgée de 4 ans, est présentée à la consultation pour un prurit marqué et des lésions ventrales.

La propriétaire rapporte l’apparition initiale de lésions sur l’abdomen, quelques mois auparavant, peu prurigineuses. Un diagnostic de dermatophytose a été réalisé, et un traitement avec de la griséofulvine a été mis en place, sans amélioration notable. Les lésions sont restées stables pendant plusieurs semaines, puis ont eu tendance à l’extension. Du kétoconazole a été utilisé, sans succès, ainsi que des shampooings antiseptiques. La chienne est correctement traitée contre les puces par l’application mensuelle de Frontline® Spray.

Examen clinique

La chienne est en bon état général. Les lésions sont exclusivement ventrales. Elles sont distribuées sur toute la surface du thorax et de l’abdomen (photo 1). Leur aspect est très particulier: lésions rondes ou ovales, centrifuges, avec un centre hyperpigmenté, parfois nécrotique, entouré d’un halo érythémateux (photo 2). Plusieurs dizaines de lésions sont disséminées sur le corps. Le prurit est très marqué.  

 

diagnostic-article-13-1 photo 1 : vue éloignée de la surface ventrale du corps:
notez les lésions généralisées

 

diagnostic-article-13-2 photo 2 : vue rapprochée des lésions après la tonte:
lésions rondes, bordées d’un halo érythémateux

Bilan clinique

Il s’agit d’une dermatose ventrale, prurigineuse, caractérisée par la présence de lésions rondes ou ovales, centrifuges, bordées par un liseré érythémateux.

Examens complémentaires immédiats

Les raclages cutanés ne montrent pas de démodex.
L’examen cytologique d’une lésion est représenté sur la photo 3. 

diagnostic-article-13-3photo 3 : examen cytologique (Diff Quik®, Gx1000)

Quel est votre diagnostic?

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Il s’agit d’une pyodermite superficielle centrifuge.

Examens complémentaires supplémentaires

À cause de l’aspect en cocarde des lésions, des biopsies cutanées sont réalisées pour exclure l’hypothèse d’érythème polymorphe. Une culture fongique est également ensemencée par précaution. Celle-ci se révèlera négative. L’examen histopathologique confirme le diagnostic de pyodermite bactérienne, sans image compatible avec un érythème polymorphe.

Évolution – traitement

Une tonte généralisée est réalisée. L’animal reçoit de la céfalexine, à la dose de 30 mg/kg/j, en association avec un traitement local antiseptique avec un shampooing à la chlorhexidine, deux fois par semaine.

Évolution

Le chien est revu après un mois. Les lésions infectieuses ont disparu. Aucun prurit n’est rapporté.Le poil repousse nettement. Il persiste seulement des lésions cibles hyperpigmentées sur l’abdomen (photo 4). Le traitement est poursuivi pendant 3 semaines supplémentaires puis arrêté.

diagnostic-article-13-4

photo 4 : vue du thorax et de l’abdomen après 4 semaines
de traitement: le poil repousse, les lésions ont disparu.

Discussion

Les pyodermites bactériennes sont extrêmement banales chez le chien. Leur diagnostic clinique est cependant malaisé du fait de leurs présentations variées, évoquant parfois à tort d’autres dermatoses.

Dans notre cas, l’aspect centrifuge des lésions pouvait faire croire à tort à l’évolution d’une dermatophytose. En règle générale toutefois, il faut considérer que “quand cela ressemble à de la teigne, ce n’en est probablement pas” (DW Scott et DN Carlotti). Les pyodermites bactériennes sont beaucoup plus fréquentes chez le chien que les dermatophytoses (à l’inverse de l’espèce féline).

Une autre hypothèse à considérer, du fait de la localisation ventrale des lésions et de leur aspect en cocarde, avec un centre nécrotique hyperpigmenté bordé d’un halo érythémateux, était celui d’un érythème polymorphe. Cette entité est le plus souvent d’origine virale chez le chien (bien que des cas aient été rapportés consécutivement à l’administration de médicaments). Ce sont les biopsies cutanées qui ont ici permis de faire le diagnostic différentiel.

Références

  • Scott DW et coll. Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.
  • Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002.
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