Quel est votre diagnostic – Article 1


 virbac     janssen

Auteur : Emmanuel Bensignor – Mai 2004
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Commémoratifs

Un chien, Siberian Husky, âgé de 3 ans, est présenté à la consultation pour des ulcérations de la truffe évoluant depuis plusieurs mois.

Anamnèse

Ce chien est correctement vacciné. Il vit seul, en maison. Il n’a jamais séjourné en zone d’endémie leishmanienne. Son alimentation, industrielle sèche, est de bonne qualité. La dermatose est apparue plusieurs mois auparavant. Les lésions étaient initialement localisées sur les bords latéraux des narines, puis ont eu tendance à l’extension, en restant toutefois cantonnées à la truffe. Récemment, le propriétaire décrit une extension sur les lèvres. Le prurit est modéré. Des traitements antérieurs (antibiothérapie, corticothérapie) n’ont pas apporté d’amélioration durable. Des biopsies ont été réalisées. L’examen histopathologique était compatible avec un érythème polymorphe. Le chien a alors été référé.

Examen clinique

L’examen clinique général est normal. Les lésions cutanées sont très localisées : atteinte de la truffe et des commissures labiales. Sur la truffe, on observe une dépigmentation, des érosions, surmontées de croûtes, des fissurations et une perte des dermatoglyphes (photo 1). Les lésions sont bilatérales mais non symétriques, et atteignent surtout les faces antérieure et latérales de la truffe (photo 2). On retrouve le même type lésionnel sur les lèvres, à type d’érosions croûteuses.

quel-est-votre-diagnostic-article-11Photo 1 : vue éloignée de l’animal :
notez les lésions localisées à la truffe

quel-est-votre-diagnostic-article-12 Photo 2 : vue rapprochée. Lésions érodées, dépigmentées,
croûteuses, asymétriques, avec disparition des dermatoglyphes

Quelles sont vos hypothèses diagnostiques ?

Les hypothèses diagnostiques envisagées sont principalement une pyodermite cutanéo-muqueuse ou une dermatite auto-immune (pemphigus superficiel, lupus). La leishmaniose est rendue moins probable par l’absence de séjour en zone d’épizootie leishmanienne, le lymphome cutané par l’âge de l’animal et une aspergillose par la bilatéralité des lésions.

Examens complémentaires

Un examen cytologique est réalisé par impression sous-crustacée. Il met en évidence de nombreux polynucléaires neutrophiles et des images de phagocytose de cocci. Une endoscopie ne met pas en évidence de lésion à l’entrée des voies respiratoires. De nouvelles biopsies sont refusées par le propriétaire.

Votre diagnostic

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La conjonction des données de la clinique et de l’examen microscopique nous font porter un diagnostic de pyodermite cutanéo-muqueuse chez ce chien.

Traitement

Un traitement antibiotique topique et systémique (Rilexine®, 600 mg matin et soin per os et Fucidine®localement deux applications par jour) est mis en place.

Suivi

Après 6 semaines, une disparition complète des lésions est observée. Le propriétaire ne rapporte plus aucun prurit. Le traitement est poursuivi à l’identique pendant 4 semaines supplémentaires. Après cette date, l’application de Fucidine® est poursuivie régulièrement pour éviter une rechute. Un suivi téléphonique réalisé 6 mois plus tard ne rapporte pas de rechute.

Discussion

La pyodermite cutanéo-muqueuse est une entité de description relativement récente. Elle est caractérisée par des lésions inflammatoires, suppurées, localisées à la truffe, aux canthi interne, aux lèvres et/ou aux muqueuses périanales ou anales. Il s’agit probablement d’une entité largement sous-diagnostiquée. Le diagnostic différentiel est à faire avec toutes les dermatites auto-immunes qui se localisent préférentiellement dans ces localisations. Au niveau de la truffe, il nous apparaît frappant de noter cependant que la localisation et la sémiologie des lésions est différente dans ces deux types de dermatoses : atteinte préférentielle des ailes des narines en cas d’infection, avec présence de croûtes purulentes, atteinte préférentielle de la jonction truffe-chanfrein et du raphé avec dépigmentation initiale pour les DAI.
Les pyodermites cutanéo-muqueuses répondent classiquement à un traitement antibiotique, qui doit être long, local et général. L’utilisation de pommades antibiotiques (à base de fucidine ou de mupirocine) est particulièrement intéressante dans notre expérience, à la fois dans la phase de traitement et pour la prévention des rechutes. Chez l’homme, l’utilisation de telles préparations permet de réduite le portage stpahylococcique au niveau narinaire, et est indiqué pour les furonculose chroniques.
L’examen histopathologique de biopsies cutanées permet dans la plupart des cas de faire le diagnostic (infiltrat lympho-plasmocytaire en cas de PCM, plutôt lymphocytaire pour le lupus). Il existe cependant des cas difficiles pour l’histopathologiste, comme ici. Le dernier mot doit rester au clinicien !

Références

  • Scott DW, Miller WH, Griffin CE Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001
  • Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002.
  • Forget M, Degorce F et Bensignor E PMCAC, 2002.
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