Les dermatoses histiocytaires nodulaires

Les dermatoses histiocytaires nodulairesAuteur : L. Beco – Dip ECVD
Cabinet Vétérinaire
Avenue Reine Astrid, 104
Spa, Belgique


Sous la dénomination: “histiocytes” sont repris trois sous-populations leucocytaires: les monocytes du sang périphérique, les macrophages et les cellules dendritiques myéloïdes. Toutes ces cellules proviennent d’un précurseur commun (CD34+) situé dans la moelle osseuse. Au niveau cutané se rencontrent deux populations histiocytaires: les macrophages et les cellules dendritiques. Ces cellules bien que morphologiquement similaires exercent différentes fonctions. Les macrophages font partie des cellules effectrices du système immunitaire inné. Leur principale fonction consiste en la phagocytose et la digestion d’organismes infectieux ou de corps étrangers.
Les cellules dendritiques myéloïdes forment un groupe hétérogène de cellules présentatrices d’antigènes. Elles jouent un rôle essentiel en activant le système immunitaire adaptatif et en déclenchant le développement de réactions immunes spécifiques aux antigènes.
Le plus souvent, dans les processus pathologiques, les deux types cellulaires coexistent. La microscopie optique ne permettant pas toujours l’identification exacte des différentes cellules mononucléées (macrophages, cellules dendritiques, larges lymphocytes…), l’utilisation de techniques d’immunomarquages s’avère indispensable. Ces techniques reposent sur l’usage d’anticorps monoclonaux spécifiques d’antigènes de surface propre à chaque cellule. Leur utilisation permet l’identification exacte des tumeurs à cellules rondes et peut dans certains cas conduire à un traitement mieux ciblé.
Les macrophages différentiés sont caractérisés par leurs molécules de surface : CD14, CD11b, MHCII et leurs récepteurs pour les immunoglobulines (FC?R : CD16, CD32).
Les cellules dendritiques myéloïdes se répartissent en 2 groupes distincts : les cellules dendritiques de type Langerhans présentes dans l’épiderme et les cellules dendritiques interstitielles et dermiques. Les cellules dendritiques de type Langerhans sont caractérisées par les molécules: CD1, CD11c, CD40, MHCII ainsi que par la présence de granules de Birbeck dans certaines espèces. Ces cellules expriment également la Cadherin-E et les récepteurs Fc?RI (CD23) et Fc?RII (CD32) permettant la liaison aux fragments Fc des immunoglobulines IgE et IgG. Les cellules dendritiques dermiques ne contiennent pas de granules de Birbeck et n’expriment pas la Cadherin-E mais parmi les molécules les caractérisant se retrouvent CD90 (Thy-1), CD1, CD11b, CD11c, MHCII, CD54 (=ICAM-1). Ces cellules expriment également les récepteurs Fc?RI (CD23), Fc?RI (CD64) Fc?RII (CD32) permettant la liaison aux fragments Fc des immunoglobulines IgE et IgG.
Les dermatoses histiocytaires peuvent être divisées en plusieurs familles.

Les dermatoses histiocytaires réactionnelles

1. Associées à des maladies infectieuses (Leishmaniose…)

Les maladies infectieuses donnent le plus souvent naissance à des infiltrats inflammatoires mixtes dans lesquels des macrophages et des cellules dendritiques s’observent en nombre variable.

2. Associées à des dépôts intradermiques (Amyloïdose, Xanthomatose..)

Ces dermatoses rares se manifestent lorsqu’il y a dépôt de lipides ou de glycoprotéines dermiques.

3. Associées à des corps étrangers (corps étrangers exogènes ou endogènes)

Certains nodules inflammatoires se forment suite à ces réactions sur corps étrangers. Ceux–ci peuvent être exogènes (épillet de graminée) ou endogènes (follicule pileux rompu). L’infiltrat inflammatoire est constitué essentiellement de macrophages, d’histiocytes de type cellules géantes multinucléées et de neutrophiles.

4. Histiocytose réactionnelle cutanée

Cette dermatose se rencontre dans différentes races chez des individus d’âges variables (entre 3 et 9 ans le plus souvent). Cette forme d’histiocytose n’affecte que la peau et le tissu sous-cutané. Elle se caractérise par la présence de nodules ou plaques cutanées, non prurigineuses, alopéciques ou non, solitaires ou multiples. La nuque, la tête, les extrémités et le scrotum sont les zones les plus souvent atteintes. Parfois des guérisons spontanées sont observées mais le plus souvent la dermatose progresse par poussées et rémissions. Les nodules sont formés par l’accumulation de cellules inflammatoires de type cellules dendritiques interstitielles activées présentatrices d’antigènes (CD1+; CD4+; CD11c+; MHCII+; ICAM1,3+; CD90=Thy1+) ayant un tropisme vasculaire marqué, de lymphocytes T (surtout CD8, TCR-??) et de neutrophiles.
Les traitements proposés sont l’excision chirurgicale en cas de nodule unique ou l’utilisation de médicaments immunosuppresseurs. Les glucocorticoïdes sont le plus souvent inefficaces ; ils ne seraient utiles que dans 10% des cas. La cyclosporine et le leflunomide sont parfois utilisés avec succès mais le coût très important de ces médicaments rend leur utilisation très difficile.

5. Histiocytose réactionnelle systémique

Cette entité ressemble très fortement à la précédente mais elle atteint d’autres organes que la peau : les ganglions, la sclérotique, la cavité nasale, les poumons, la rate et la moelle osseuse. Une prédisposition génétique est suspectée car elle se rencontre principalement chez les bouviers bernois, les rottweilers, les Irish wolfhounds et les golden retrievers. L’infiltrat inflammatoire présente les mêmes caractéristiques que dans la forme cutanée. Les traitements font également appel aux médicaments immunosuppresseurs.

Les tumeurs histiocytaires

1. Histiocytome cutané canin

L’histiocytome cutané se rencontre le plus souvent chez des jeunes chiens (<3ans). Plusieurs présentations cliniques sont décrites : solitaire ou multiple.
La forme solitaire se présente sous la forme d’un nodule ou d’une plaque cutanée, non prurigineuse, non douloureuse, ayant tendance à s’ulcérer. La tête, les oreilles, la nuque et les extrémités sont les sites de prédilection. L’infiltrat est constitué de cellules de Langerhans (CD1+, CD11c+, MHCII+, ICAM-1+ mais CD4-). Ces cellules montrent un épithélitropisme marqué et expriment la cadherin E. Une régression spontanée associée à la présence de lymphocytes CD8 est souvent observée. L’exérèse chirurgicale reste cependant le traitement de choix en absence de régression.
La forme cutanée multiple s’observe chez des chiens plus âgés. Les nodules cutanés sont cliniquement identiques à ceux de la forme solitaire mais ils ne régressent pas spontanément. Ils ne sont pas infiltrés par des lymphocytes CD8 mais par des plasmocytes. Parfois, ces formes multiples peuvent évoluer vers la malignité et produire des métastases internes. Cette forme clinique présente de nombreuses similitudes avec l’histiocytose disséminée à cellules de Langerhans rencontrée en médecine humaine.

2. Histiocytose épithéliotrope du chat

Cette dermatose exceptionnelle ressemble aux histiocytomes multiples de caractère malin rencontrés chez le chien. Elle se présente sous la forme de nodules cutanés multiples, d’évolution progressive et affectant principalement la tête et le cou. L’atteinte de tissus internes est décrite. L’infiltrat inflammatoire est constitué de cellules dendritiques CD1a,c+; CD11+; MHCII+; CD4-. Ces cellules n’expriment pas la Cadherin-E et ne contiennent pas de granules de Birbeck. Ces cellules pourraient être des cellules dendritiques dermiques mais leur identification exacte n’est pas encore effectuée (VK Affolter : communication personnelle)

3. Le sarcome histiocytaire localisé

Cette tumeur unique se rencontre principalement chez des chiens d’âge moyen (6-11 ans) de race : bouviers bernois, labradors, golden retrievers, flat coated retrievers et rottweilers. Elle affecte le tissu sous cutané et les tissus sous-jacents sur les membres à proximité des articulations. D’autres organes peuvent être atteints : le foie, la rate, les ganglions lymphatiques, la bouche, les cavités nasales, la moelle osseuse, les poumons et le système nerveux central. Cette tumeur apparaît lisse, blanche, non encapsulée, mal délimitée, multinodulaire. Elle montre une croissance rapide, est localement agressive mais possède également des possibilités de métastases aux ganglions de drainage. Les cellules sont soit pleiomorphes de grande taille, soit rondes et individualisées, soit effilées. Elle sont caractérisées par les marqueurs : CD1+; CD11c+; MHCII+; ICAM-1+; CD4-. La sous famille de cellule dendritique incriminée peut varier en fonction de la localisation de la tumeur. Le traitement est essentiellement chirurgical bien qu’une association avec une radiothérapie soit conseillée. Le pronostic est réservé.

4. Le sarcome histiocytaire disséminé (histiocytose maligne)

Cette tumeur agressive se rencontre également chez les bouviers bernois, les rottweilers et les retrievers. Les sites atteints de manière primaire sont : la rate, les poumons et la moelle osseuse. D’autres organes sont ensuite atteints : les ganglions lymphatiques, le foie, les reins, le système nerveux central… Les caractères histologiques sont identiques au sarcome histiocytaire localisé. Cette entité présente un pronostic sombre.

Lectures conseillées

1. Affolter VK, Moore PF. Canine cutaneous and systemic histiocytosis of dermal dendritic origin. Am J Dermatopathol. 2000; 22 : 40-48.
2. Affolter VK, Moore PF. Histiocytes and skin disease. Advance in Veterinary Dermatology. Vol 4. Blackwell Publishing Company, UK. 2002; 111-130.
3. Affolter VK, Moore PF. Localized and disseminated histiocytic sarcoma of dendritic cell origin in dogs. Vet. Pathol. 2002; 39, 74-83.
4. Ramirez S., Douglass JP, Robertson ID. Ultrasonic features of canine abdominal malignant histiocytosis. Vet. Radiol. Ultrasound. 2002; 43(2), 167-170.
5. Boralevi F, Taieb A. Physiopathology of langerhans-cell histiocytosis. Ann Dermatol Venereol 1998; 125(11): 856-859.
6. Howarth DM, Gilchrist GS, Mullan BP: Langerhans cell histiocytosis: diagnosis, natural history, management, and outcome. Cancer 1999; 85(10): 2278-2290.
7. Singh A, Prieto VG, Czelusta A, McClain KL, Duvic M. Adult langerhans cell histiocytosis limited to the skin. Dermatology. 2003; 207(2): 157-161