Un cas d’herpès virose féline


Auteur : Emmanuel Bensignor – Juin 2014
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Le chat est une espèce capable, sur un plan dermatologique, de réagir de manière stéréotypée face à de multiples stimuli. Les lésions du complexe granulome éosinophilique représentent ainsi une modalité réactionnelle particulière de la peau du chat, souvent secondaire à un processus allergique. Il faut toutefois savoir évoquer d’autres causes dans certains cas particuliers, comme illustré par ce cas clinique et un article récent*.

Un cas d'herpès virose féline

Photo 1 : vue éloignée de la face lors de la consultation :
lésions érodées et croûteuses, en relief,
sur les ailes de la truffe et le chanfrein,
épiphora et conjonctivite

Un chat, mâle, européen, âgé de 8 ans, est présenté à la consultation de dermatologie en septembre, pour un prurit facial évoluant depuis quelques semaines. Ce chat est régulièrement vacciné, mais son passé pathologique rapporte plusieurs épisodes de syndrome coryza dans les années précédentes (éternuements et écoulements oculaires pendant quelques jours) ayant répondu rapidement au traitement symptomatique instauré lors de chaque crise. L’animal vit en maison avec libre accès à un jardin et est correctement traité contre les parasites externes (application d’une pipette d’imidaclopride tous les mois). Il est vermifugé 4 fois par an. Il vit avec un autre chat, qui ne présente pas d’anomalie notable. Aucun traitement, hormis l’application d’un désinfectant oculaire, n’a été entrepris avant la consultation.

L’examen clinique montre des lésions cutanées localisées exclusivement à la face. Il s’agit de croûtes adhérentes, surmontant des érosions, surtout marquées sur le chanfrein et les ailes de la truffe. Des excoriations sont également notées, sur un fond érythémateux. Par ailleurs, un épiphora est noté, associé à une conjonctivite (photo 1).

Les hypothèses diagnostiques envisagées regroupent une virose (herpès virose, calicivirose, moins probablement poxvirose), des lésions du complexe granulome éosinophilique (plaque éosinophilique notamment) d’origine allergique (dermatite atopique, allergie alimentaire, hypersensibilité aux piqûres de moustiques, moins probablement dermatite par allergie aux piqûres de puces) ou non allergique, un pemphigus foliacé, et une dermatomycose (cryptococcose).

Des examens cytologiques multiples sont réalisés par apposition sous-crustacée. Leur examen microscopique montre une population inflammatoire, avec une prédominance de polynucléaires éosinophiles. Des biopsies cutanées sont réalisées sous anesthésie générale. L’examen histopathologique montre une infiltration diffuse du derme superficiel et moyen, par une population bigarrée, mais à nette prédominance de polynucléaires éosinophiles. Sont également notés des mastocytes nombreux et quelques lymphoplasmocytes. La présence d’images de dégénérescence des fibres de collagène est associée (photo 2).
Aucun élément figuré n’est observé et en particulier aucune inclusion virale n’est visualisée. Un diagnostic de lésion du complexe granulome éosinophilique est proposé par l’histopathologiste. Un prélèvement biopsique de la lésion, conservée dans du liquide physiologique, est envoyée à un laboratoire pour recherche par technique PCR de virus, et s’avèrera positive à un titre élevé pour l’herpèsvirus félin. Les recherches de rétrovirus par sérologie et sur la pièce biopsique par PCR sont négatives.

Un cas d'herpès virose féline

Photo 2 : examen cytologique : présence de très nombreux
polynucléaires éosinophiles (RAL®, Gx1000)

Un cas d'herpès virose féline

Photo 3 : examen histopathologique d’une lésion du complexe
granulome éosinophilique : présence de nombreux polynucléaires éosinophiles
et images de dégénérescence du collagène (HE, Gx400)

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