Un cas d’onychodystrophie lupoide symétrique d’un Caniche


Auteur : Xavier Langon – Août 2011
Clinique vétérinaire de Camargue
34400 Lunel


Les affections des griffes sont relativement rares chez les carnivores domestiques, à la différence de l’homme chez qui certains dermatologues sont exclusivement spécialisés dans les atteintes unguéales. Ces dermatoses peuvent revêtir de multiples aspects, correspondant à de nombreuses origines. L’atteinte locale peut être causée par des agents pathogènes ciblant la griffe mais aussi la conséquence de maladies systémiques. Cette diversité lésionnelle et la multiplicité des causes potentielles impose une identification des lésions unguéales et péri-unguéales minutieuse et une démarche diagnostique rigoureuse.

Anamnèse

Un Caniche noir, femelle stérilisée, âgée de 3 ans est présenté à la consultation pour un prurit podal associé à une douleur digitée. La pododermatose est apparue à un an et demi justifiant plusieurs consultations. Divers traitements ont été envisagés sans succès dont une antibiothérapie et une corticothérapie. Son régime alimentaire est composé de croquettes de grande surface. La chienne vit en maison sans congénère. Elle a fait un séjour estival en zone endémique de leishmaniose 8 mois avant l’apparition des lésions. Les lésions sont perannuelles. Son passé pathologique est vierge. Ses vaccinations sont à jour et les traitements antiparasitaires sont correctement réalisés.

Examen clinique

La chienne présente un bon état général. Aucune autre lésion dermatologique n’est relevée en dehors des lésions podales (photo 1). L’atteinte est strictement localisée aux griffes sans périonyxis. L’onyxis multiple n’est toutefois pas présent sur toutes les griffes de toutes les pattes (photo 2). Nous relevons des lésions d’onychoschisie (photo 3), d’onychogryphose (photo 4) et d’onychomadèse (photo 5).

 

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 1: Examen à distance du caniche: absence de lésion dermatologique en dehors de l’onyxis.

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 2: Vue rapprochée de l’extrémité podale du membre antérieur droit après tonte: noter l’onyxis des doigts II et V.

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche 

Photo 3: Doigt II du membre antérieur droit: onychoschisie sévère.

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 4: Doigt V du membre postérieur gauche: onychogryphose.

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 5: Doigt V du membre antérieur droit: onychomadèse.

Hypothèses diagnostiques

L’apparition d’un onyxis algique multiple sans périonyxis chez un jeune adulte nous oriente vers des causes systémiques notamment allergique, auto-immune (pemphigus foliacé), parasitaire (leishmaniose), idiopathique (onychodystrophie lupoïde), une toxidermie ou une vascularite. Un trouble de la cornéogénèse (dermatose améliorée par le zinc) est moins probable mais a déjà été décrit par DN Carlotti sous une forme limitée à une onychorrhexie. La réalisation d’examens complémentaires simples nous permettra de nous affranchir de causes moins probables  parasitaires (démodécie), bactériennes ou fongiques (Candida, Malassezia ou dermatophytie).

Examens complémentaires

L’examen microscopique de produit de raclage du bourrelet unguéal, de calques d’écouvillonnages du repli unguéal ainsi que de scotchs appliqués sur la base des griffes sont des examens simples et rapides permettant d’infirmer les hypothèses parasitaire, fongique et bactérienne. Une culture fongique est mise en œuvre à partir d’un prélèvement par brossage du repli unguéal et de morceaux de griffes. Elle ne permet pas le développement de colonie mycélienne. L’analyse sérologique pour la leishmaniose et l’électrophorèse des protéines sériques sont négatives. Une biopsie par amputation de la phalange distale du doigt I du membre antérieur droit est réalisée.

L’analyse histopathologique montre une dégénérescence hydropique des cellules des assises basale et supra-basale, associées à une exocytose de lymphocytes. Ces lésions semblent par endroits être à l’origine de fissurations dermo-épidermiques. Des kératinocytes dyskératosiques sont présents au sein de l’épithélium de la matrice dorsale au niveau du repli unguéal dorsal. Le derme superficiel est le siège d’un infiltrat inflammatoire discret, composé de lymphocytes, de macrophages et de quelques lymphocytes, et d’une incontinence pigmentaire massive, marquée par la présence de très nombreux mélanophages (photos 6 et 7).

Cet examen montre la présence d’une onychite d’interface.

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 6: Examen dermatopathologique de la phalange distale du doigt I du membre antérieur droit

Un cas d'onychodystrophie lupoide symétrique d'un Caniche

Photo 7: Dégénérescence hydropique des kératinocytes basaux,
très nombreux mélanophages et exocytose lymphocytaire.

L’examen clinique et les résultats de la biopsie permettent de poser le diagnostic d’onychodystrophie lupoïde.

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