Un cas d’hyperoestrogénisme iatrogène


Auteur : Christian Collinot
Clinique vétérinaire du ROC
117, avenue du maréchal LECLERC
86100 CHATELLERAULT


Commémoratifs et anamnèse

Isis est une chienne croisée caniche-griffon de 13 ans pesant 6 kg. Elle est le seul animal de la maison, vit et se promène en ville et dans son petit jardin. Elle est parfaitement vaccinée et déparasitée (APE et API) et se nourrit de croquettes industrielles de bonne qualité. Elle a été diagnostiquée cliniquement (critères de Willemse revus par Prelaud et coll.)  atopique à l’âge de un an avec des tests épicutanés  positifs pour dematophagoïdes farinae et elle souffre de DHPP clinique avec un test épicutané à l’extrait de puces positif à 20mn. Isis a été hystérectomisée à l’âge de 3 ans. Elle a consulté, en dehors du suivi de sa dermatose (prévention drastique antipuces, shampooings dermatologiques (allermyl ND), antihistaminiques), pour différents épisodes de lombalgie et de cystite. Depuis trois ans elle reçoit journellement un traitement d’IECA (enacard ND) et pimobendan (Vetmedin ND), des épisodes de traitements corticoïdes (microsolone ND), antitussifs (sepvapulmyl ND) et de la propentofylline (Karsivan ND) pour une vascularite des oreilles.  Depuis deux ans, suite à une incontinence, elle reçoit des comprimés dosés à 1mg d’estriol chaque jour (échappement si essai de diminution de la dose). Elle est présentée à la consultation à cause d’une perte de poils qui s’intensifie.

Un cas d'hyperoestrogénisme iatrogène

Photo 1 : Isis

Examen clinique

En plus de son problème dermatologique, une polyuro-polydypsie est signalée (la chienne prend un diurétique (furozenol ND) depuis quelques temps à cause d’une toux nocturne en partie attribuée à un suboedème pulmonaire). Son état général, excepté son problème cardio-respiratoire (insuffisance cardiaque d’origine valvulaire et bronchite chronique), est bon, son état d’embonpoint  est correct et elle s’alimente de bon appétit. On note une hypertrophie vulvaire.
Un bilan biochimique sanguin donne les résultats suivants :

  • Glycémie : 1,01 g/l
  • Urée : 0,37 g/l
  • Créatinine : 12 mg/l
  • ALT : 18 UI
  • ALKP : 215 UI
  • Protéines totales : 68 g/l
  • Albumines : 29 g/l
  • Cholestérol total : 3,28 g/l

Examen dermatologique

Le tableau est dominé par l’alopécie, qui se présente sous deux formes :
1/ Une alopécie partielle avec persistance de grands poils primaires et de touffes sur le dos. elle est associée à des plaques d’érythème, peu de papules et quelques croûtes.

Un cas d'hyperoestrogénisme iatrogène

Photo 2 : alopécie plus inflammatoire du dos

2/ Une alopécie du périnée, des cuisses (faces postérieures et internes) bas ventre, non inflammatoire, hyperpigmentée, qui gagne sur les flancs. Elle est accompagnée par un très léger squamosis.

Un cas d'hyperoestrogénisme iatrogène

Photo 3 : alopécie du périnée et de l’arrière des cuisses

Un cas d'hyperoestrogénisme iatrogène

Photo 4 : alopécie faces internes des cuisses et bas ventre (noter l’hypertrophie vulvaire)

Hypothèses cliniques

On séparera le problème inflammatoire du dos, récurrent et associé depuis des années à une réinfestation par des puces. L’alopécie non inflammatoire évoque plutôt un problème endocrinien, moins probablement, compte tenu de l’âge, une dysplasie folliculaire. L’association avec une hypertrophie vulvaire va dans le sens d’une dysendocrinie d’origine sexuelle. Isis est ovariectomisée mais elle reçoit régulièrement de l’estriol pour son incontinence.

Examens complémentaires

Un dosage de TSH et de T4 ainsi qu’une stimulation à l’ACTH sont effectués au LDH, les résultats et commentaires sont rapportés ci-dessous.
Dosage du cortisol : 142 nmole/l à T0 et 321 nmole/l après stimulation à l’ACTH :  valeurs normales.
Dosage de T4 libre : T0 : 28 pmole/l    T1 : 33 pmole/l : valeurs normales.
Dosage de TSH : 0,8 ng/ml : valeur élevée pouvant correspondre aussi bien à:

  • un dérèglement transitoire de l’axe hypothalamo-hypophysaire (en particulier fin de dioestrus ou tumeur testiculaire)
  • une reprise de la sécrétion thyroïdienne après répression iatrogène (corticoïdes…)
  • un trouble primaire de la glande thyroïde (thyroïdite ?)
  • une fuite protéique (affection hépatique ou rénale)
  • une hyperestradiolémie.

Établissement du diagnostic

Isis est ovariectomisée et n’a pas présenté de manifestations de chaleurs, ce n’est pas un mâle (tumeur testiculaire). Elle n’a pas reçu de traitement corticoïde important ni récent et ne présente pas de trouble surrénalien associé au cortisol. Son âge est peu en faveur d’une thyroïdite et les dosages de T4 sont normaux. Les examens biochimiques ne montrent pas de fuite protéique.
Une hyperoestradiolémie est envisageable compte tenu de la supplémentation en estriol pour son incontinence. l’hyperoestradiolémie (>250pmol/l) n’est pas toujours objectivée par un dosage car l’estrogène en cause n’est pas forcément celui dosé (oestradiol , œstrone, estriol …). La localisation des lésions et l’hypertrophie vulvaire sont compatibles avec cette hypothèse. L’histologie pourra faire la différence avec une dysplasie folliculaire, très peu probable, mais pas celle des différents troubles endocriniens.
Le diagnostic provisoire retenu est : hyperoestradiolémie iatrogène, due à la supplémentation journalière  en estriol et un diagnostic thérapeutique par arrêt de la distribution de cette hormone est décidé.

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