Auteur : Emmanuel Bensignor
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes
Commémoratifs-Anamnèse
Une chienne Dogue de Bordeaux, âgée de 18 mois, est présentée à la consultation pour des lésions des coussinets provoquant une boiterie. Le passé pathologique de cet animal ne révèle aucune anomalie. Aucun prurit n’est rapporté par le propriétaire. Les lésions sont apparues quelques mois auparavant; les coussinets étaient initialement fragiles, craquelés. Un traitement avec une solution tannante à base d’acide picrique n’a pas apporté d’amélioration. Au contraire, les lésions se sont étendues en profondeur. L’administration d’un supplément minéral vitaminé (Pet Phos®) n’a pas permis d’enrayer leur évolution.
Examen clinique
Le chien est en bon état général, mais nous notons une boiterie marquée. L’examen de la peau est normal, hormis les lésions podales. Il s’agit d’une atteinte exclusive des coussinets. Tous les coussinets des quatre membres sont atteints. Les lésions sont représentées par des cornes exubérantes, saillantes, très dures sur certains coussinets. Sur d’autres coussinets, on observe une hyperkératose marquée associée à des ulcères, parfois ponctiformes, assez profonds (photos 1 et 2).

localisés et la formation de cornes par endroits

Bilan clinique
Il s’agit d’une dermatose exclusivement podale, avec atteinte des coussinets des quatre membres, caractérisée par des proliférations exubérantes, une hyperkératose marquée associée à des ulcérations ponctiformes.
Examens complémentaires immédiats
Des calques par impression réalisés sur les zones ulcérées ne montrent que de rares cellules inflammatoires et un flore bactérienne de surface sans image d’invasion bactérienne.
Diagnostic
Il s’agit d’un cas d’hyperkératose digitée du Dogue de Bordeaux.
Examens complémentaires supplémentaires.
La possibilité d’une leishmaniose est éliminée par une sérologie. Des biopsies cutanées pour examen histopathologique sont proposées mais refusées par le propriétaire.
Évolution – traitement
Il est conseillé un traitement local: parage régulier des cornes cutanées après bains de patte dans de l’eau tiède additionnée de propylène glycol (photo 3). L’application de solution tannante avec l’acide picrique est maintenue. En cas de boiterie sévère, des anti-inflammatoires non stéroïdiens sont prescrits.
photo 3 : le traitement nécessite l’ablation régulière
des cornes, facilitée par une balnéation préalable
Évolution
Le traitement est bien supporté par la chienne; le propriétaire est prévenu que ces lésions ont tendance à s’améliorer avec l’âge.
Discussion
L’hyperkératose digitée, ou kératodermie plantaire, est une génodermatose. Décrite particulièrement dans la race Dogue de Bordeaux, elle a également été rapportée dans d’autres races de chiens, comme les terriers tibétains par exemple. Le déterminisme génétique de cette maladie est encore largement incompris. Il a été montré que cette maladie n’était pas un modèle spontané des kératodermies palmo-plantaires de l’homme.
Les lésions sont très typiques (épaississement considérable des coussinets, formations de véritables cornes et apparition de fissurations très douloureuses provoquant des boiteries).
En cas de doute, des biopsies cutanées doivent être réalisées. Elles confirment le trouble de la kératinisation.
Le traitement est symptomatique par ablation régulière des cornes cutanées. Dans les cas évolués, il est possible d’avoir recours aux topiques kératomodulateurs que sont les rétinoïdes de synthèse sous occlusion. Si ces mesures sont insuffisantes, l’utilisation par voie générale des rétinoïdes peut être indiquée.
En règle générale, cette dermatose invalidante a tendance à l’amélioration spontanée.
Références
- Scott DW et coll. Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.
- Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique. Masson/AFVAC Edrs, Paris, 2002.
- Guaguère E et coll. Dermatologie du chien, questions et réponses. Masson/AFVAC Edrs, Paris, 2004.

