Un cas d’hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique


Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatiqueAuteur : Éric Florant – Mai 2003
Ces de Dermatologie – Ex chargé de consultation de dermatologie ENVA
Clinique vétérinaire Les Sablons
78370 Plaisir

 


Présentation clinique

Une chatte européenne de 11 ans nous est présentée à la consultation pour 2 plaies importantes sur le flanc. Ces plaies étendues ont peu saigné et semblent peu douloureuses. En tentant de nettoyer et désinfecter les lésions, nous remarquons que les bords des plaies se décollent très facilement.
Par ailleurs le chat présente une séborrhée avec un squamosis sur l’ensemble du tronc, et on note une alopécie diffuse du bas ventre et de la face interne des pattes. La peau de l’abdomen apparaît plus fine et a perdu son élasticité de façon marquée : en pinçant la peau, le pli reste.

Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique
Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique
Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique
Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique
Un cas d'hyperfragilité cutanée chez un chat présentant un lymphome hépatique

Face à un tel tableau clinique, nous informons la propriétaire de la gravité de ces plaies qui paraissaient anodines, et posons le diagnostic de syndrome d’hyperfragilité cutanée acquise, proposant un bilan sanguin pour trouver la cause primaire.

La numération formule montre une légère anémie, et les analyses biochimiques sont en faveur d’une atteinte hépatique grave :

  • Phosphatases alcalines très augmentées: 438 UI (14 – 111)
  • Bilirubine totale augmentée: 20.4 mg/l(<9)
  • Cholestérol augmenté : 4.04g/l (0.65-2.25)
  • Aspartate Amino Transférase : 23 U/L (0-48)
  • Alanine Aminotransférase: 121 UI (12 – 130)
  • Taux de protéines : 65g/l (57- 89)

Nous expliquons à la propriétaire que cette atteinte hépatique peut être primitive ou secondaire en particulier à une maladie de Cushing.
Face au pronostic sombre – impossibilité de suturer les plaies, et atteinte hépatique grave – la propriétaire nous demande de pratiquer une euthanasie.

Une autopsie est réalisée : le foie et les glandes surrénales sont prélevés, les autres organes ont un aspect macroscopique normal. Les glandes surrénales ne décèlent rien d’anormal, par contre l’histologie du foie (réalisée par Frédérique DEGORCE RUBIALES du L.A.P.V.S.O.) est en faveur d’un lymphome.

Discussion

Le syndrome d’hyperfragilité cutanée acquise (SHCA) est une pathologie rare, caractérisée par une fragilisation de la peau secondaire à un amincissement et une perte d’élasticité cutané, à l’origine de déchirures spontanées, souvent peu hémorragiques et peu douloureuses.
L’étiologie n’est pas toujours facile à déterminer, mais il faut rechercher en particulier un syndrome de Cushing spontané, ou iatrogène suite à l’administration répétée d’acétate de mégestrol ou de corticoïdes. Des cas sont décrits avec des diabètes (attention à l’association de diabète et de syndrome de Cushing chez le chat), ainsi qu’à des atteintes hépatiques de type lipidose hépatique ou cholangiocarcinome. A notre connaissance, l’association avec un lymphome, diagnostiqué dans le cas présenté, n’a jamais été rapportée.
La pathogénie exacte, probablement un trouble métabolique, n’est pas connue.
Il faut suspecter un SHCA en présence de déchirures spontanées de grande taille peu hémorragiques et peu douloureuses, associées à une peau amincie et ayant perdue son élasticité. Le simple fait de tirer sur la peau peut la déchirer, des traumatismes mineurs suffisent donc à la formation de ces plaies. Les signes généraux sont variables en fonction de la maladie sous-jacente.
Le diagnostic est clinique, car l’aspect des lésions est très caractéristique. Il faut ensuite réaliser des examens complémentaires pour tenter de trouver la cause sous-jacente.
L’histologie de la peau, lorsqu’elle est réalisée (délicate à pratiquer) montre une atrophie épidermique et dermique marquée avec des fibres de collagène peu nombreuses et pâles. Les follicules pileux sont de très petite taille.
Le diagnostic différentiel ne concerne que les jeunes chats qui peuvent être atteints du Syndrome d’Ehler-Danlos, groupe de maladies congénitales affectant les fibres de collagène.
Le pronostic est très réservé, car la cause sous jacente est souvent grave, et les sutures sont difficiles, voire impossibles à réaliser, avec une mauvaise cicatrisation. Il n’existe aucun traitement spécifique, hormis celui de la cause sous-jacente.

Bibliographie

  • Bourdeau P. – Les affections cutanées héréditaires – Point vétérinaire 1996, vol 28 – 541-542
  • Diquelou A et coll – Lipidose hépatique et syndrome de fragilité cutanée chez un chat – Prat Med Chir Anim Comp, 1991, 26, 151-158
  • Fontaine J. et Olivry T. – Les affections cutanées héréditaires – Point vétérinaire 1996, vol 28 –549-552
  • Gross T.L. et coll – Feline skin fragility syndrom – Veterinary Dermatopathology, Mosby Year Book, St Louis, 1992 –234-236
  • Héripret D. – Manifestations cutanées des maladies internes – Guide pratique de dermatologie féline –Mérial –14.2-14.4
  • Regnier A, et coll – Abnormal skin fragility in a cat with cholangio-carcinoma – J Small Anim Pract, 1989, 30, 419