Auteur : Anne Roussel – Février 2014
Unité de dermatologie-parasitologie-mycologie
Ecole Nationale vétérinaire de Nantes
Identification et motifs de consultation
Un chat mâle entier, sacré de Birmanie, âgé de 2 ans est référé à la consultation de dermatologie pour la présence de dépilations localisées à la base de la queue.

Photo 1 : Vue générale de profil du chat.
Commémoratifs
Le chat vit dans un appartement avec un autre chat et un chien. Il n’a pas accès à l’extérieur. Il est nourri 2 fois par jour avec des croquettes industrielles. L’appétit et l’abreuvement sont stables. Les vaccinations sont à jour. Les animaux sont traités tous les étés contre les ectoparasites à l’aide d’imidaclopride et de moxidectine (Advocate®, Bayer). Le dernier traitement date d’il y a deux jours. Les vermifugations sont réalisées régulièrement tous les trois mois avec du praziquantel et de la milbémycine oxime (Milbémax®, Novartis).
Anamnèse
Les lésions sont apparues il y a un an sur la queue et ne semblent pas évoluer. Hormis l’atteinte cutanée, le chat souffre d’une polykystose rénale. A ce jour, les paramètres rénaux (urée, créatinine) sont compris dans les valeurs usuelles.
Examen clinique général
L’état général est bon. L’état d’embonpoint est correct. Le reste de examen clinique général est normal.
Examen dermatologique
L’examen dermatologique révèle uniquement la présence de dépilations et de comédons à la base de la queue (face dorsale). A cet endroit, le pelage est gras et les poils sont agglutinés. Aucun prurit, ni léchage anormal n’est rapporté, ni détecté. Aucun ectoparasite n’est observé (après examen manuel et peignage).

Photo 2 : Vue rapprochée des lésions de la queue.
On note une dépilation, des comédons et des poils agglutinés par un matériel gras.
Bilan clinique
Le chat souffre d’une dermatose chronique non prurigineuse, non extensive avec des dépilations, des comédons et d’un pelage gras localisés à la base de la queue (face dorsale).
Diagnostic de certitude et hypothèses diagnostiques
Le chat présente donc un état kératoséborrhéique de type séborrhée grasse localisé à « l’organe supracaudal », souvent désigné par les termes de « queue d’étalon » ou « stud tail » en anglais.
Examens complémentaires
Des tests au ruban adhésif coloré sont réalisés afin de rechercher de possibles surinfections bactériennes ou fongiques. Aucun élément figuré n’est observé.
Conduite thérapeutique
Il est préconisé de réaliser un shampooing kératorégulateur contenant de la phytosphingosine une fois par semaine (Douxo® Seb, Sogeval) associé à l’application d’un spot-on contenant de la phytosphingosine (une demi pipette de Douxo® Seb spot-on, Sogeval, une fois par semaine). Un brossage régulier est également conseillé.
Suivi
Dès le premier shampooing, les propriétaires ont constaté une nette amélioration de l’état cutané. Au bout de trois mois, les poils ont repoussé et la séborrhée a disparu. Les propriétaires continuent les shampooings à raison d’un shampooing par mois et les applications du spot on toutes les deux semaines.

Photo 3 : Vue rapprochée de la queue, trois mois après la consultation initiale.
Les lésions ont totalement disparu.
Discussion
Chez le chat, la zone appelée « organe supracaudal » est composée de glandes sébacées et de glandes sudoripares épitrichiales réparties sur l’ensemble de la face dorsale de la queue. Chez certains chats, notamment ceux vivant en chatterie ou en appartement sans accès extérieur, la production de ces glandes peut s’emballer. Le pelage est alors aggloméré par un abondant matériel gras, la peau est épaissie, parfois dépilée et présente des squames et des croûtes. Parfois des complications de folliculite ou de furonculose bactériennes peuvent se développer.
Cet état kératoséborrhéique semble toucher essentiellement les mâles entiers, cependant les femelles et les mâles castrés peuvent également être affectés.
Le traitement consiste généralement en l’utilisation de topiques kératorégulateurs. La castration ne permet pas la résolution totale des lésions, mais permet d’en limiter l’intensité. L’exposition au soleil et la vie en extérieur contribuent à améliorer l’état cutané et à limiter les récidives. L’utilisation de rétinoïdes de synthèse et de progestatifs a été rapportée, néanmoins l’usage de ces molécules, non dénuées d’effets secondaires, dans le traitement d’une affection purement cosmétologique doit être remis en cause. Comme illustré ici, la réalisation de soins topiques kératorégulateurs réguliers peut suffire au contrôle des lésions.
Références
- Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Keratinization deffects In: Miller WH, Griffin CE,Campbell KL, eds. Muller & Kirk’s Small Animal Dermatology: Elsevier, 2013;643.
- Ruth J. Poor haircoat in a Persian. Feline tail gland hyperplasia (FTGH). Compend Contin Educ Vet 2009;31:208, 210.
