Un cas de pyodermite des jonctions cutanéo-muqueuses atypique


Auteur : Bénédicte Gay-Bataille – Mars 2010
Consultante en Dermatologie
CHV – 74370 – St MARTIN BELLEVUE
ANNECY


Une chienne de type Berger croisée Bruno du Jura, âgée de 5 ans, stérilisée, présente depuis quelques mois des lésions autour des yeux, qui ont motivé de nombreuses consultations et traitements. Elle vit dans une maison en Isère, entourée d’un jardin clos, sans congénère. Son alimentation est mixte, de qualité moyenne.

Anamnèse

Les propriétaires ont noté il y a environ trois mois un gonflement des paupières, qui s’est accentué progressivement pour laisser place à des petites plaies autour des yeux. Les yeux eux-mêmes sont ensuite devenus rouges. Un topique oculaire à base de pistocaïne et de chlorure de benzalkonium (Detecaine ®) a été régulièrement appliqué.

La chienne a reçu divers traitements systémiques, et notamment plusieurs corticothérapies orales ainsi qu’une injection de glucocorticoïdes. Ce dernier traitement a été associé à une prescription d’amoxycilline/ac.clavulanique. Ces traitements ont été suivis d’une amélioration, mais toujours transitoire.

Symptômes cliniques

L’Examen clinique à distance révèle la présence d’une sévère blépharite ulcérative bilatérale. Aucun autre symptôme cutané, et notamment au niveau du nez ou des lèvres, n’est noté.

Des ulcérations sont présentes sur la paupière supérieure, sur la paupière inférieure, et sur les canthi nasaux. Ces lésions des canthi sont fréquemment, aux dires des propriétaires, surmontées de croûtes épaisses et très adhérentes. Les jonctions cutanéo-muqueuses palpébrales sont érodées, et ulcérées essentiellement sur le bord libre des paupières inférieures. La face bulbaire de chaque paupière présentait par ailleurs une inflammation marquée. Le reste de l’examen ophtalmologique était par ailleurs normal.

La chienne secoue parfois la tête et répugne à se laisser examiner la face: il s’agit plus de douleur que de prurit.

Un cas de pyodermite des jonctions cutanéo-muqueuses atypique

Photo 1 : Blépharite ulcérative bilatérale

Un cas de pyodermite des jonctions cutanéo-muqueuses atypique

Photo 2 : Vue rapprochée: ulcérations péri-oculaireset
des canthi nasaux; érosions du bord libre de la paupière inférieure

Hypothèses diagnostiques

Cette blépharite ulcérative est à différentier du lupus cutané érythémateux, de la pemphigoïde bulleuse, de la pemphigoïde des muqueuses, de la démodécie, d’une pyodermite des jonctions cutanéo-muqueuses, et enfin de la leishmaniose.

Compte tenu des commémoratifs, de l’anamnèse, de l’absence de symptômes généraux, et enfin de l’absence d’autres lésions cutanées ou muqueuses, les hypothèses diagnostiques les plus probables sont les suivantes:

  • Lupus cutané
  • Pyodermite cutanéo-muqueuse
  • Démodécie

Examens complémentaires

Des raclages cutanés, sous tranquillisation, sont réalisés en région péri-orbitaire, ainsi que des calques cutanés. L’examen microscopique des produits recueillis des raclages ne permet d’observer d’éléments figurés.

La cytologie révèle la présence de bactéries coccoïdes en position intracellulaire et des polynucléaires dégénérés; il n’est pas observé de kératinocytes acantholytiques.

Des biopsies sont réalisées sur la jonction cutanéo-muqueuse saine, à la périphérie d’érosion, et au niveau cutané, à la périphérie d’ulcères. L’examen histopathologique révèle les éléments suivants:

  • Croûtes sérocellulaires avec érosions ou ulcérations
  • Exocytose de neutrophiles et de lymphocytes avec spongiose
  • Rares kératinocytes apoptotiques au-dessus de la membrane basale
  • Infiltrat lichénoïde dermique lymphoplasmocytaire
  • Incontinence pigmentaire, mais sans véritable dermatite d’interface.
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