Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophilique


Auteur : Bénédicte Gay-Bataille – Février 2009
Consultante en Dermatologie
CHV – 74370 – St MARTIN BELLEVUE
ANNECY


Commémoratifs

Un chat mâle européen castré de 13 ans est présenté en consultation. Il vit en appartement avec une chatte de 7 ans. Ils sortent sur le balcon et se rendent parfois sur le balcon voisin. Ils sont correctement vaccinés et sont nourris avec une alimentation industrielle de bonne qualité.

Anamnèse

Le chat a été présenté en consultation pour une dermite interdigitée podale du membre postérieur droit. L’adénopathie poplitée était importante. Une application quotidienne d’acide fusidique a été prescrite, ainsi qu’une antibiothérapie systémique classique à base d’amoxycilline- acide clavulanique, sans problème d’observance. Douze jours plus tard, un gonflement de l’extrémité est apparu, les lésions ont empiré, et le chat nous est référé. En interrogeant le propriétaire, nous apprenons que 6 mois auparavant des petites croûtes noires sont apparues sur l’extrémité du même postérieur, entre les doigts ; un lait dermo-corticoïde avait été appliqué, et les croutelles avaient disparues.

Symptômes cliniques

L’examen clinique général est réalisé avec soin et ne révèle aucune anomalie. L’examen clinique à distance révèle la présence d’un œdème de toute l’extrémité proximale de l’antérieur droit. Le chat boîte. Le ganglion poplité est volumineux. L’examen dermatologique rapproché intéresse d’abord la face dorsale de l’extrémité: ulcérations recouvertes de pus et/ou de croûtes, qui collent les doigts entre eux ; puis la face palmaire : croûtes et tissu nécrotique comblant les espaces interdigités. Après débridement sous anesthésie, nous observons face dorsale un érythème marqué, des érosions et des ulcérations. Face palmaire nous distinguons un érythème violacé, des décollements épidermiques, au niveau de la jonction entre la peau et le coussinet central, qui sont visibles après avoir retiré le tissu nécrotique. Il n’y a ni pustules, ni furoncles, ni nodules.

Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophilique

Photo 1 : Tuméfaction de l’extrémité du membre postérieur droit ;
face dorsale, les doigts sont collés entre eux par du pus et des croûtes


Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophiliquePhoto 2 : Face palmaire : croûtes, pus, tissu nécrotique interdigité.

Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophiliquePhoto 3 : Face dorsale après débridement et nettoyage :
érythème, érosions-ulcérations

Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophilique

Photo 4 : Face palmaire après débridement et nettoyage :
érythème, érosions-ulcérations, décollement du coussinet central

Un cas de pyodermite à Pseudomonas associée à un complexe granulome éosinophilique

Photo 5 : Après débridement et nettoyage :
érythème, ulcérations, péri-onyxis multiple nécrotique

Hypothèses diagnostiques

Ce sont celles d’une pododermatite féline, en tenant compte des éléments anamnestiques et des particularités cliniques observées dans ce cas.

  1. abcès par morsure – corps étranger (survenue de lésions après bataille possible avec un congénère)
  2. pyodermite profonde ” opportuniste “, associée à une rétrovirose, ou à une autre lésion (statut immunitaire de l’animal inconnu, mais unilatéralité des lésions)
  3. pemphigus foliacé (périonyxis sévère et pus épais dans le pli unguéal, mais atteinte d’un seul membre, périonyxis de tous les doigts semblant plutôt être l’extension d’une inflammation interdigitée)
  4. démodécie associée à un état d’immunodépression (mais examen clinique général normal)
  5. lésion ” compliquée ” du complexe granulome éosinophilique (mais pas d’antécédent de CGE, chat agé)
  6. mycose profonde (peu d’éléments anamnestiques, chat d’intérieur)
  7. mycobactériose atypique (peu d’éléments anamnestiques, chat d’intérieur)
  8. dermatose associée à une maladie interne, à une métastase de tumeur interne (peu d’éléments cliniques généraux concordants)

Examens complémentaires

  • Des raclages cutanés réalisés en zone interdigitée, sous tranquillisation, n’ont pas permis de mettre en évidence d’éléments figurés.
  • Des calques cutanés (sous les croûtes) et des biopsies cutanées (jonction peau- coussinet central, espace interdigité) sont réalisés, pour d’une part un examen histologique classique, et pour d’autre part un examen bactériologique. Après les prélèvements, les lésions sont nettoyées sous anesthésie, et les croûtes sont enlevées.
  • Un dépistage FelV- FIV est demandé.
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