Un cas de prurit cervico-facial félin du à une allergie à la salive de puces


Auteur : Odile Crosaz – Septembre 2015
Dermatologie – Parasitologie – Mycologie
École Nationale Vétérinaire de maisons-Alfort


Le prurit cervico-facial, entité bien connue des vétérinaires, est bien souvent un challenge à relever, tant l’automutilation peut être impressionnante et le stress des propriétaires important. Même si la tentation d’avoir recours à un traitement symptomatique est forte, rien ne vaut la recherche méthodique et l’élimination (si elle est réalisable) de la cause du prurit pour gérer cette pathologie sur le long terme. Le cas présenté ici illustre cette démarche diagnostique et de prise en charge.

Une chatte européenne stérilisée d’environ 3 ans est présentée en consultation pour un prurit localisé en région faciale.

Cette chatte a été recueillie à la campagne par une association de protection animale qui l’a ensuite faite adopter par le propriétaire actuel 2 mois et demi auparavant. Elle vit maintenant, sans congénère, en appartement en région parisienne, ne sort pas et n’a pas de contact avec d’autres animaux. Son alimentation est composée de croquettes et de pâtées de différentes marques. Les tests FeLV et FIV pratiqués avant l’adoption étaient négatifs et les vaccins typhus, coryza et leucose sont à jour.

Le propriétaire signale un prurit ayant débuté un mois auparavant et ayant entraîné secondairement des lésions à la base de l’oreille gauche sous forme de croûtes. Le prurit est signalé comme primaire. Les lésions ont ensuite gagné l’oreille droite et la zone au-dessus de la paupière supérieure droite. Une alopécie a fait suite aux lésions croûteuses.

Le jour de la consultation, la chatte est en bon état général, normotherme et pèse 4,5 kg. L’examen clinique général ne révèle aucune anomalie. L’examen dermatologique révèle la présence de lésions multicentriques localisées sur le pavillon de l’oreille droite (Photo 1) et dans la zone au-dessus de la paupière droite (Photo 2) s’exprimant sous la forme de croûtes et d’alopécie.

Un cas de prurit cervico-facial félin du à une allergie à la salive de puces
Photo 1 : Vue rapprochée du pavillon auriculaire droit.
Notez la présence de croûtes à sa base.

Un cas de prurit cervico-facial félin du à une allergie à la salive de puces
Photo 2 : Vue rapprochée de zone supra-oculaire droite.
Notez la présence de croûtes et d’alopécie.

Ce cas de prurit cervico-facial laisse envisager, dans notre cas, différentes hypothèses diagnostiques (Tableau I) dont : une otacariose, une DHPP, une dermatophytose, une hypersensibilité alimentaire. Il conviendra en raison de l’origine de la chatte, provenant de la campagne et ayant séjourné dans une association, d’éliminer en premier lieu toutes les causes parasitaires.

Hypothèses diagnostiques envisagées

Examens complémentaires indiqués

Otacariose

Curetage auriculaire

Vidéo-otoscopie ou otoscopie

Dermatophytose

Raclages cutanés et trichogramme

Examen en lumière de Wood

Culture mycologique

DHPP

Peignage et examen microscopique
du produit du peignage

Hypersensibilité alimentaire

Régime alimentaire d’éviction
(ménager ou industriel)

Tableau I : Les différentes hypothèses diagnostiques envisagées et les examens complémentaires

Différents examens complémentaires sont réalisés dans ce but.

  • L’examen microscopique du produit de curetage auriculaire et de raclages cutanés réalisés en périphérie des lésions, mis entre lame et lamelle dans du lactophénol, et observé à faible grossissement ne permet la mise en évidence d’aucun parasite (en particulier Otodectes sp.).
  • L’examen vidéo-otoscopique montre un conduit auriculaire non érythémateux, propre, sans abondance de cérumen.
  • Un peignage est réalisé sur l’ensemble du pelage de l’animal. Aucune puce adulte n’est visualisée.
  • L’examen microscopique du produit de peignage mis entre lame et lamelle dans du lactophénol, observé au faible grossissement, ne permet pas la mise en évidence de déjections de puces.
  • L’examen à la lampe de Wood de l’ensemble du pelage ne révèle aucune fluorescence pilaire.
  • Une culture mycologique sur milieu de Sabouraud est réalisée à partir de poils et débris cutanés prélevés à l’aide d’un carré de moquette préalablement stérilisé. Elle ne permettra l’identification d’aucun élément fongique pathogène.
  • Un calque cutané par impression est réalisé au dessus de l’œil droit, après avoir soulevé une croûte.
  • Après coloration rapide (RAL555), l’examen microscopique au fort grossissement (Gx1000) révèle la présence de polynucléaires neutrophiles.
    Aucune contamination bactérienne n’est visualisée.

Traitement

Compte tenu des résultats de ces différents examens et sachant que la non-mise en évidence de puce ne permet pas d’exclure une DHPP, l’accent est mis sur un traitement antiparasitaire externe à base de dinotéfurane et pyriproxyfène afin d’assurer une élimination rapide et efficace des puces.

Une pipette de Vectra® Felis est appliquée directement sur la peau après avoir écarté le pelage.
Des disques Douxo Pyo Pads sont tamponnés quotidiennement sur les lésions afin d’éviter d’éventuelles complications infectieuses liées au prurit.

L’animal est revu un mois après. Les lésions, ainsi que le prurit, ont totalement disparu (Photo 3 et 4).
Le traitement à base de Vectra® Felis et de Douxo Pyo Pads a permis la résolution de ce problème. Il est conseillé au propriétaire de continuer un traitement antiparasitaire externe mensuel, sur plusieurs mois afin d’éviter une recontamination éventuelle par l’environnement.

Notons à ce propos qu’un traitement de l’environnement avait été proposé, mais refusé par le propriétaire, sa femme étant enceinte.

Un cas de prurit cervico-facial félin du à une allergie à la salive de puces
Photo 3 : Même zone que photo 1 un mois après.
Notez la disparition des croûtes.

Un cas de prurit cervico-facial félin du à une allergie à la salive de puces
Photo 4 : Même zone que photo 2 un mois après.
Notez la disparition des croûtes et la repousse des poils.

Discussion

Le prurit cervico-facial, entité bien connue et très fréquente chez le chat, constitue souvent un véritable challenge pour le vétérinaire qui, outre le prurit de l’animal, doit gérer le stress que génère cette pathologie chez le propriétaire. En effet, le prurit, souvent violent, entraîne rapidement des lésions d’automutilation importantes. Le recours à un traitement symptomatique du prurit, tel que la corticothérapie, est alors souvent envisagé, afin de réduire rapidement les démangeaisons et par là même les lésions. La plupart du temps, l’amélioration est transitoire et les symptômes réapparaissent, pour le plus grand mécontentement du propriétaire, à l’arrêt du traitement corticoïde. La recherche de la cause du prurit et l’élimination de cette cause (si elle est envisageable) semble bien sûr la meilleure solution à proposer au propriétaire.

Lors de prurit cervico-facial, différentes causes peuvent être envisagées, telles que les causes parasitaires (otacariose, dermatophytose), allergiques (DHPP, hypersensibilité alimentaire, dermatite allergique féline), auto-immunes (pemphigus foliacé par exemple) ou virales (herpès virose ou calicivirose). Il convient aussi d’évaluer la présence de complications infectieuses (bactériennes ou fongiques, par exemple dues à Malassezia) et de les traiter conjointement à la recherche d’une cause de prurit.

Compte tenu de la très grande fréquence des infestations par les puces, et ce, quelle que soit la période de l’année, il conviendra de rechercher rapidement la présence de ces parasites par peignage ou mieux par examen du produit de peignage au microscope, afin de chercher à visualiser des excréments de puces. Hélas, il n’est pas rare que ces examens ne révèlent rien, le chat atteint de DHPP ayant la fâcheuse tendance à tellement se lécher qu’il ingurgite parasites et excréments… Il est bien admis que la non-visualisation de puces ou d’excréments ne permet en aucun cas d’exclure leur rôle comme cause de la pathologie. Et là, c’est au vétérinaire d’argumenter et de convaincre le propriétaire que même s’il ne voit pas de puces, il va falloir les éliminer !

Notre cas illustre bien que la résolution du problème a fait suite à l’application d’un antiparasitaire externe associant un adulticide et un régulateur de croissance des arthropodes, sans aucun recours à un traitement symptomatique du prurit ou à un traitement de l’environnement. Parallèlement, les disques à base de chlorhexidine et climbazole ont permis de contrôler les possibles complications infectieuses que le prurit pouvait générer. La résolution a été dans notre cas très rapide, puisqu’au bout d’un mois seulement, les lésions et le prurit avaient totalement disparu. Dans certains cas, l’amélioration peut intervenir de façon un peu plus tardive, car l’élimination des puces n’est parfois pas aussi aisée, en particulier si plusieurs animaux cohabitent. Il est donc souvent « urgent d’attendre un peu ». Le recours à un régime d’éviction (ménager ou hydrolysé), afin d’explorer une cause d’hypersensibilité alimentaire, ne devrait être envisagé qu’après 2 ou 3 mois de traitement antiparasitaire efficace et bien suivi. Reste ensuite à convaincre le propriétaire d’être patient, quitte à avoir recours transitoirement à un traitement symptomatique du prurit si besoin est. L’essentiel est que le propriétaire comprenne la démarche diagnostique et le protocole suivi. L’adhésion de celui-ci ne viendra qu’après une communication claire et explicative.

Conclusion

Face à un prurit cervico-facial, entité réputée être souvent source d’échec et de rechute, il convient de ne pas sous-estimer les causes parasitaires liées aux puces et ne pas hésiter, même si aucune puce ou excrément ne sont visualisés, à instaurer un traitement antiparasitaire externe efficace et durable dans le temps, le tout en trouvant les arguments à la fameuse réplique « Mais, Docteur, mon chat n’a pas de puces ! ».

References bibliographiques

  • Siak M and Burrows M. “Flea control in cats New concepts and the current armoury” JFMS Clinical Practice 31 Clinical Review (2013) 15, 31–40.
  • Dryden MW. “Flea and tick control in the 21st century: challenges and opportunities”. Vet Dermatol. (2009) Oct;20(5-6):435-40.
  • Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Small Animal Dermatology, 7th ed. Philadelphia. W.B.Saunders, (2013) 322-29, 410-12.
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