Auteur : Emmanuel Bensignor – Août 2009
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes
Commémoratifs-Anamnèse
Un chat Européen, femelle stérilisée âgée de 3 ans, est présentée à la consultation pour un prurit facial évoluant depuis plusieurs mois. L’animal vit en maison, a libre accès à l’extérieur, et est correctement vacciné. Son alimentation, industrielle sèche, est de bonne qualité.
Le prurit est apparu plusieurs mois auparavant. Initialement localisé au niveau d’un pavillon auriculaire, il a eu tendance à s’aggraver et à s’étendre pour atteindre toute la face et le cou.
Différents traitements ont été réalisés, sans amélioration notable: griséofulvine per os pendant plusieurs semaines, antibiothérapie pendant quelques jours, injections de corticoïdes.
Examen clinique
Le chat est abattu et amaigri; la propriétaire rapporte une dysorexie depuis quelques semaines.
L’examen dermatologique montre un état kératoséborrhéique facial marqué, avec une hypotrichose, des poils cassés et la présence de manchons pilaires sur le cou (photo 1). Des excoriations sont également notées ça et là, notamment sur la face, autour des yeux et sur la zone préauriculaire. Enfin, une zone alopécique est observée sur l’épaule droite (photo 2).
Bilan clinique
Cet animal présente un prurit cervico-facial important, associé à des manchons pilaires, rebelle aux traitements, associé à un mauvais état général.

avec poils cassés et l’état kératoséborrhéique

Examens complémentaires immédiats
Des raclages cutanés sont réalisés. L’aspect microscopique du prélèvement est représenté sur la photo 3.
Diagnostic
Il s’agit d’un cas de dermatophytose inflammatoire.
La présence de nombreuses spores fongiques autour des poils et d’hyphes dans le cortex pilaire permettent le diagnostic de dermatophytose.
Examens complémentaires supplémentaires
Un examen en lampe de Wood est positif, avec présence d’une fluorescence verdâtre sur le cou et la face. Une culture fongique est ensemencée et permettra la pousse de nombreuses colonies de Microsporum canis. Un dépistage des rétroviroses est réalisé. L’antigénémie FeLV est positive.

Évolution – traitement
Après discussion avec le propriétaire, il est proposé un traitement antifongique par voie locale et générale:
- Par voie locale, tonte sous anesthésie générale, application deux fois par semaine d’un shampooing doux suivi de balnéations avec Imavéral®
- Par voie générale, administration d’itraconazole, Sporanox®, à la dose de 5 mg/kg/j
- Traitement de l’environnement toutes les semaines avec Clinafarm®
La propriétaire est prévenue du caractère zoonotique de la dermatose, et de la nécessité de réaliser un traitement long, poursuivi jusqu’à l’obtention de deux séries de cultures fongiques négatives à un mois d’intervalle.
Le pronostic reste réservé à cause de l’infection par le virus de la leucose féline.
Évolution
Du fait de la gravité des symptômes, du mauvais état général et de la présence d’une rétrovirose, l’euthanasie est demandée.
Discussion
Les dermatophytoses restent une composante majeure de la dermatologie féline. Il est classiquement considérer que face à un problème cutané dans cette espèce, il faut toujours envisager cette hypothèse diagnostique. Ceci est d’autant plus important que Microsporum canis, l’agent responsable de plus de 90% des mycoses du chat, est responsable de zoonoses.
Les présentations cliniques des teignes du chat sont très variées. A côté des classiques lésions alopéciques nummulaires non ou peu inflammatoires, on peut rencontrer de très nombreuses autres lésions cutanées: dermatite miliaire, alopécie extensive, prurit généralisé, …
L’aspect intéressant de ce cas est sa présentation sous forme d’un prurit cervico-facial. Cette entité est de plus en plus fréquemment rencontrée en pratique dermatologique; de nombreuses causes sont responsables de prurit cervico-faciaux, mais les dermatites allergiques sont le plus souvent incriminées. Il apparaît cependant important de réaliser un diagnostic différentiel avec les dermatoses infectieuses (notamment fongiques) ou virales avant de recourir à une corticothérapie pour traiter ces prurits localisés.
Références
- Scott DW et coll. Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.
- Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002.
