Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne


Auteur : Christian Collinot  – Juin 2004
Clinique vétérinaire du ROC
117, avenue du maréchal LECLERC
86100 CHATELLERAULT


Commémoratifs

Fanny est une chienne Bichon frisé de 13 ans.

En août 2002, elle subit une mammectomie M4 et M5 gauche ( histologie = adénomes tubulaires mixtes et cystadénome tubulo-papillaire simple.

Il n’y a pas d’autres antécédents significatifs. Cette chienne est très bien entretenue et très bien suivie, vaccinée chaque année avec traitements vermifuge et APE très réguliers.

Anamnèse

Le 12 août 2003, la chienne Fanny est présentée en consultation. Les propriétaires de Fanny venaient juste de récupérer leur chienne qui était en garde chez leur parents depuis 15 jours: avant leur départ en vacances, la chienne était, selon eux, tout à fait normale mais à leur retour elle présente des lésions dermatologiques importantes qu’ils n’avaient jamais observées auparavant.

La chienne présente un érythème généralisé sur tout le corps, un squamosis, une séborrhée, des lésions de surinfection cutanée très importantes sont visibles surtout sur le dos et la face avec des croûtes qui, lorsqu’on les soulève, libèrent une quantité importante de pus. La peau sur le ventre est très érythémateuse et présente de nombreuses lésions ulcératives. Une odeur très forte et désagréable enveloppe la chienne. La truffe montre également des lésions fortement ulcérées. L’inflammation de la peau est très importante et le prurit intense, la chienne est légèrement apathique mais ne présente pas de température, son appétit est conservé.

Plusieurs raclages cutanés sont effectués pour recherche d’ectoparasites : ils sont tous négatifs.

Les calques cutanés colorés RAL montrent de très nombreux polynucléaires avec présence de coccis.

A ce stade, nous pensons à une pyodermite profonde type furonculose dont l’origine nous est inconnue, le traitement prescrit est le suivant : une quinolone per os, shampooing à base de peroxyde de benzoïle tous les 3 jours, une injection de dexaméthasone solution est pratiquée dans le but de soulager le prurit, contrôle clinique prévu 8 jours plus tard.

Le 20 août 2003, les lésions sont moins purulentes, mais érythème, squamosis et odeur sont toujours présents, les lésions d’ulcération de la truffe sont toujours extrêmement marquées et le prurit est intense : le traitement est maintenu mais nous associons 2.5 mg de prednisolone tous les matins pour soulager l’animal.

Le 27 août 2003, nous notons une légère amélioration, le prurit est un peu moins intense, mais l’abdomen et la truffe présentent toujours des lésions ulcératives très importantes. Le même traitement est maintenu, nous augmentons seulement la posologie de prednisolone à 5 mg tous les matins.

Le 10 septembre 2003, alors que la chienne est toujours sous traitement, une aggravation de la situation est notable : le squamosis et la séborrhée sont intenses, la peau sur l’abdomen est très enflammée avec de très nombreuses lésions ulcératives, la truffe est également ulcérée, des lésions croûteuses, douloureuses et  purulentes sont présentes sur la face autour des yeux.

Le retentissement sur l’état général de la chienne est marqué, apathie et  anorexie de plus en plus importants, une numération-formule sanguine montre une neutrophilie.

La chienne est référée le 18 septembre 2003.

Examen clinique

Examen général

Fanny, compte tenu de l’état de sa peau, est difficilement manipulable, elle souffre, son état est dégradé.

Examen dermatologique

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne
Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

 

Si tout le corps est atteint, la face et la partie ventrale semblent les plus touchées.

Photo LCPF 1 et 2

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Elles sont le siège de lésions suintantes formant de grandes croûtes agglomérées dans les poils qui s’épilent facilement découvrant des zones de peau ulcérées et hémorragiques.

Photo PFLC 3 

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne
Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Sur la partie glabre du ventre, on remarque des lésions ulcérées ou en cours d’érosion,  serpigineuses ou simplement érodées “en coup d’ongle”, érythémateuses, et quelques plaques plus importantes. Des parties dépigmentées très blanches donnent un aspect marbré à l’ensemble.

Photo PFLC  4 et 5

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Le tour de l’anus est touché par les mêmes lésions,

PHOTO PFLC 6

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

 ainsi que la face et les pavillons auriculaires

Photo PFLC  7

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Les coussinets plantaires sont en partie dépigmentés, érythémateux et squameux, avec quelques croûtes et ulcères.

Photo PFLC 8

Hypothèses cliniques

Cette dermatose très érosive évoque:

  • une maladie auto-immune (pemphigus vulgaire…)
  • un érythème polymorphe majeur
  • une maladie infectieuse, pyodermite profonde
  • un processus néoplasique dont un lymphome cutané
  • l’érythème nécrolytique migrant

Examens complémentaires

Des calques sont effectués par impression d’une lame dégraissée sur la peau et colorés avec une coloration rapide RAL.

On remarque un grand nombre de cellules rondes au cytoplasme basophile mononuclées de type lymphocytes activés ou lymphoblastes. Cela vient conforter l’hypothèse d’un mycosis fongoïde.

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Photo LCPF  A

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Des biopsies cutanées sont effectuées.  Elles révèlent une infiltration cellulaire lichénoïde et périannexielle à dominante de petits lymphocytes discrètement mais systématiquement atypiques avec quelques images de mitoses. 

Photo LCP Histo  1

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

Ces cellules néoplasiques montrent un épithéliotropisme systématique pour l’épiderme, la gaine épithéliale externe des follicules pileux et la paroi de certains pelotons sudoraux apocrines.

Photo LCP Histo 2

Un cas de mycosis fongoïde chez une chienne

L’épiderme est soit discrètement hyperplasique soit totalement nécrotique et ulcéré.

Photo LCP Histo 3

L’examen histologique confirme l’hypothèse clinique de lymphome malin cutanéo-muqueux primitif épithéliotrope à type mycosis fongoïde.

Un examen immunohistochimique donne les résultats suivants:

  • CD3: +++: forte expression par le contingent lymphocytaire épithéliotrope.
  • CD68, BLA36: + trame dendritique
  • CD79: +/-, expression sur certaines biopsies, par des cellules d’aspect plasmocytaire.
  • Ki67: forte expression dans l’infiltration lymphocytaire épithéliotrope.

Cela confirme l’hypothèse clinique et histologique et précise qu’il s’agit d’un lymphome à lymphocytes T.

Diagnostic et suivi

Le diagnostic de lymphome T cutanéo-muqueux primitif épithéliotrope est posé.

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