Un cas de dermatite faciale idiopathique du Persan


Un cas de dermatite faciale idiopathique du PersanAuteur : Éric Florant – Octobre 2006
Ces de Dermatologie – Ex chargé de consultation de dermatologie ENVA
Clinique vétérinaire Les Sablons
78370 Plaisir

 


Motif de consultation

Une chatte Persan stérilisée âgée de 2 ans nous est référée pour une dermatose faciale évoluant depuis plus de 8 mois.

Commémoratifs

Cette chatte vaccinée vit en maison avec 2 autres chats et un chien. A part sa dermatose qui évolue sur un mode chronique, elle n’a aucun antécédent médical.

Anamnèse

La dermatose a commencé vers l’âge de 18 mois au niveau facial avec des récidives de plus en plus rapprochées jusqu’à devenir chronique, avec des poussées plus fortes. Des soins locaux quotidiens sont nécessaires, sinon la chatte se gratte beaucoup et les lésions s’aggravent. Il semble y avoir un effet positif, mais non durable, des corticoïdes. Un test Felv Fiv pratiqué récemment s’est révélé négatif. Un bilan sanguin avec numération formule et biochimie classique n’a rien révélé d’anormal, à part une éosinophilie. Tous les animaux du foyer sont traités régulièrement toutes les 3 semaines contre les puces avec du Front line en spray, et l’environnement est traité 2 fois par an.

Examen général

L’examen général est bon. La propriétaire nous signale qu’en période de crise la chatte change de comportement et a tendance à s’isoler. Elle nous rapporte également que la chatte présente souvent dans ces périodes une forte conjonctivite, mais sans signes respiratoires.

Examen dermatologique

La dermatose n’est localisée qu’au niveau de la face, et en particulier au niveau des paupières, des plis de la face et du chanfrein, des lèvres et du menton. On note une conjonctivite marquée. Les lésions sont très inflammatoires avec un érythème marqué. De nombreux manchons pilaires noirs adhérents aux poils sont remarqués dans toutes ces zones (photos).

Un cas de dermatite faciale idiopathique du Persan
Un cas de dermatite faciale idiopathique du Persan
Un cas de dermatite faciale idiopathique du Persan

Diagnostic différentiel

Face à une dermatose faciale très inflammatoire comme celle-ci chez un jeune chat, nous envisageons les hypothèses diagnostiques suivantes : une dermatite allergique (âge d’apparition, prurit, réponse aux corticoïdes), une dermatite associée à une herpesvirose (dermatite faciale, conjonctivite associée), une dermatite faciale idiopathique du Persan (DFIP) (topographie, aspect clinique de débris noirs adhérents, âge, race), voire moins probablement une dermatophytie atypique, ou une calicivirose. L’aspect clinique de débris noirâtres adhérents, pourrait faire penser également à une acné féline, mais l’acné n’est localisée qu’au menton et aux lèvres, parfois à la commissure des narines et n’a pas une topographie faciale aussi étendue. Dans tous les cas, une pyodermite, une dermatite à Malassezia et/ou une démodécie secondaire venant compliquer le tableau clinique, doivent être recherchées.

Examens complémentaires immédiats

  • Calques cutanés: éosinophiles en quantité significative, neutrophiles, avec coccis phagocytés et d’autres extracellulaires. Pas de Malassezia
  • Raclages négatifs
  • Examen avec une lampe de Woog négatif
  • Prélèvement pour mycologie

Nous prescrivons uniquement une antibiothérapie marbofloxacine (Marbocyl®) à la dose d’environ 2mg/kg/ jour et un maintien des soins locaux, pour  traiter la surinfection, en attendant les biopsies.

Examens complémentaires suivants :
(les soins locaux ont été arrêtés 3 jours avant)

  • Biopsies cutanées et prélèvement conjonctival avec une cytobrosse, pour rechercher la présence d’un herpesvirus et d’un calicivirus par PCR quantitative (Scanelis) (recherche également de chlamydiae au niveau conjonctival seulement) : négatif
  • Biopsies pour histologie:

les biopsies montrent une hyperplasie marquée de l’épiderme (acanthose), avec une spongiose modérée, et un derme inflammatoire avec de nombreuses cellules éosinophiles, neutrophiles et mastocytes. Les glandes sébacées apparaissent volumineuses. On note la présence de quelques kératinocytes apoptotiques au sein de l’épiderme. Ces images histologiques sont compatibles mais non spécifiques d’une DFIP (voir discussion)

  • Mycologie négative

Diagnostic

La topographie, l’aspect des lésions, et les résultats des examens complémentaires orientent vers un diagnostic de dermatite faciale idiopathique du Persan. Ce diagnostic étant très probable, mais pas de certitude, nous mettons en place un régime d’éviction.

SI VOUS ETES VETERINAIRE : Pour lire la suite de cet article, veuillez vous enregistrer en haut à droite. Merci