dermatite exfoliative
Auteur : Eric FLORANT – Avril 2016
Ces de Dermatologie – Ex chargé de consultation de dermatologie ENVA
Clinique vétérinaire Les Sablons
78370 Plaisir
Motif de consultation
Un chaton femelle d’environ 6 mois nous est présenté pour un 2° avis pour une dermatose généralisée avec atteinte de l’état général
Motif de consultation
Un chaton femelle d’environ 6 mois nous est présenté pour un 2° avis pour une dermatose généralisée avec atteinte de l’état général
Commémoratifs et anamnèse
Ce chaton a été récupéré dans la rue en mauvais état vers l’âge de 3 mois. A l’examen clinique lors de la 1ere visite, un coryza a été diagnostiqué et un souffle cardiaque important a été détecté, ayant conduit à une échocardiographie qui a montré une malformation cardiaque de type communication interventriculaire. (traitement ?).
Une alimentation hyperdigestible a été conseillée du fait de diarrhée persistante, ainsi qu’un déparasitage externe et interne et un traitement antibiotique pour traiter la surinfection provoquée par le coryza.
Quelque temps après des signes dermatologiques sont apparues avec un squamosis, une peau « flétrie « , accompagnés d’une baisse de forme et de douleur des pattes. La propriétaire décide donc de consulter pour un 2° avis.
Examen clinique
Le chat est amaigri, abattu et douloureux. Il a une hyperthermie à 40°C, présente une ataxie avec une démarche mal assurée, perd l’équilibre quand il secoue la tête. Il est très raide sur ses pattes, la proprioception est négative. Une douleur est mise en évidence à la pression dans la zone lombaire et sacrée, ainsi qu’à l’extension des hanches qui n’est pas possible.
Il garde les yeux un peu fermés (blépharospasme) avec une mydriase réflective, le fond d’œil est normal.
Il présente une dermatose généralisée avec un squamosis, une dystrophie de la peau sur la partie latérale et basse du tronc, et par endroits des érosions et des ulcérations.
Les squames sont de grande taille et adhérentes. Dans les zones basses du corps, par endroit la peau semble se décoller avec les poils laissant apparaître un érythème avec des érosions voire des ulcérations un peu suintantes. présente une dermatose exfoliative généralisée plus marquée sur la tête et le bas du corps associée à une dystrophie de la peau. La dystrophie est marquée, d’où la formation de plis persistants du fait de la perte d’élasticité.

Bilan clinique
nous sommes donc en présence d’une dermatose squameuse exfoliative généralisée associée à une atteinte de l’état général, avec des signes neurologiques et articulaires chez un chaton de 6 mois.
Diagnostic différentiel
Face à un tel tableau clinique, les hypothèses suivantes sont possibles
| Hypothèses | Arguments en faveur | Arguments contre | Examens complémentaires à envisager |
| Dermatite exfoliative secondaire à un thymome | Dermatite ayant débuté par un squamosis marqué, rapidement exfoliatif et évoluant en érosions et ulcérations |
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| Dermatite exfoliative secondaire à une autre pathologie | Dermatite ayant débuté par un squamosis marqué, rapidement exfoliatif et évoluant en érosions et ulcérations | Pas décrit spécialement avec des troubles neurologiques et articulaires |
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| Erythème polymorphe | Lésions ulcératives sur le tronc, rapidité d’évolution | Pas de bulles ou de vésicules comme c’est habituellement le cas chez le chat, pas d’atteinte des jonctions mucocutanées |
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| Lupus érythémateux systémique |
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| Dermatophytose associée (ne peut expliquer tous les signes dermatologiques) |
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| Démodécie associée (ne peut expliquer tous les signes dermatologiques) |
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Diagnostic différentiel pour les signes généraux
Examens complémentaires immédiats
Radiographie thoracique normale
Échographie thoracique normale :
Biochimie normale
Numération formule subnormale avec une lymphocytose à 8430 et une thrombocytose supérieure à 628000 plaquettes.
Prélévement pour PCR . L’idéal aurait été de le faire sur le liquide céphalo rachidien, mais étant donné les difficultés techniques, et que la virose suspectée était en phase aigue, nous avons fait un prélèvement sur EDTA pour rechercher le calicivirus et le virus de la PIF.
Calques cutanés : Quelques Malassezia sur les zones squameuses, et une flore bactérienne de surface supérieure à la normales dans les zones ulcérées.
Les biopsies cutanées sont décalées de 3 jours (le 1er rendez vous ayant eu lieu en urgence le samedi soir)
En attendant un traitement avec un anti-inflammatoire non stéroidien est prescrit pour faire baisser la fièvre et calmer les douleurs.
Lorsque le chaton est revu 3 jours après, l’hyperthermie et les douleurs persistent, l’état général s’est aggravé. Par moment il présente des myoclonies et des tremblements. Il n’arrive pas à se mettre en position pour uriner et urine sous lui
Résultats différés
Résultats de l’histologie réalisée par Frédérique Degorce du L.A.P.V.S.0 de Toulouse:
L’épiderme est le siège d’une acanthose régulière discrète intéressant également les infundibula folliculaires. Ces structures épithéliales sont le siège d’une hyperkératose plutôt orthokératotique intéressant de façon plus marquée les follicules pileux en région infundibulaire que l’épiderme.
Dans toute l’épaisseur de ces structures épithéliales épidermiques et folliculaires, on trouve des corps apoptotiques. Ce sont des kératinocytes rétractés au sein d’un halo clair et entourés de cellules inflammatoires satellites le plus souvent lymphocytaires. On note une régulière exocytose lymphocytaire, non atypique, au travers des structures épithéliales. On observe également en position sous-cornée des acanthocytes vacuolisés mais aucune inclusion virale spécifique, ni vrai syncitia cellulaire. Il existe un infiltrat d’interface lymphocytaire formant également des manchons périannexiels. On note également un faible nombre de glandes sébacées. Aucun élément figuré ni parasitaire ni fongique n’est visualisé.
Nous sommes donc en présence d’une dermatite se caractérisant par une hyperkératose, une dermatite d’interface lichénoïde lymphocytaire avec des lésions de satellitose et une nécrose kératinocytaire dans toute l’épaisseur de l’épiderme ainsi qu’une atteinte des glandes sébacées.
Ce type de lésion est en faveur en premier lieu d’une dermatite exfoliative féline, sans pouvoir écarter totalement d’un point de vue histologique un érythème polymorphe. La différenciation d’un point de vue histologique est difficile. D’ailleurs certains auteurs (Gross T L) pensent que certaines dermatites exfoliatives non associées à un thymome seraient des variantes d’érythème polymorphe car la pathogénie est la même (voir discussion)
