Un cas de dermatite de lechage du à des aoutats

Sous la dénomination « dermatite de léchage », est décrite une dermatose localisée le plus souvent sur un membre antérieur, en face crâniale d’un carpe ou d’un métacarpe, caractérisée par une plaque plus ou moins suintante et érodée.


Auteur : Emmanuel Bensignor – Novembre 2009
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Il s’agit d’un syndrome plus que d’une réelle maladie, puisque de nombreuses causes sont potentiellement responsables de cette présentation clinique. Il convient donc toujours d’adopter une démarche diagnostique rigoureuse, et de ne pas tomber dans le piège du raccourci « dermatite de léchage = trouble comportemental », comme illustré ici.

Anamnèse

Un chien, Fox terrier, âgé de 14 ans, est présenté à la consultation pour un léchage des deux antérieurs, surtout marqué sur la patte droite. L’animal est correctement vacciné, vit en Normandie dans une maison avec jardin sans congénère. Il est nourri avec une alimentation industrielle super premium et est correctement traité contre les puces (application mensuelle d’une pipette de fipronil). Il a présenté un an auparavant une tumeur cutané bénigne (épithélioma basocellulaire) sur la face, qui a été excisé chirurgicalement sans complication, le bilan d’extension étant négatif.
L’épisode de prurit a débuté au mois d’août. Une consultation chez un vétérinaire a été réalisée, et un traitement comportemental avec de la sélégiline (Selgian®) a été mis en place, associé à une corticothérapie injectable, avec une réponse ponctuelle immédiate, mais une récidive rapide a été notée après quelques jours provoquant la consultation spécialisée.

Examen clinique

L’examen clinique général est bon. Les lésions cutanées sont exclusivement localisées aux membres antérieurs. Elles sont prédominantes sur la face antérieure des deux avant-bras, la patte droite étant préférentiellement atteinte (photo 1). Il s’agit de lésions multifocales érodées, alopéciques, érythémateuses et parfois lichénifiées (photo 2). Le poil est cassé par le léchage. La palpation ne montre pas réellement de relief. La pression délicate des lésions ne permet pas de faire sourdre de sérosité. Aucune autre lésion n’est observée, notamment aucune atteinte interdigitée n’est visualisée.

Un cas de dermatite de lechage du à des aoutats

Un cas de dermatite de lechage du à des aoutats

Hypothèses diagnostiques

Les hypothèses envisagées face à cette dermatose prurigineuse aigüe, multifocale, localisée aux membres antérieurs, et dysymétrique, sont une ectoparasitose (démodécie, trombiculose notamment), une dermatomycose (dermatite à Malassezia), une dermatite allergique tardive débutante (dermatite atopique, allergie alimentaire, DAPP moins probable du fait de la localisation lésionnelle), un trouble du comportement. Un néoplasme cutané de type mycosis fongoïde est envisagé mais semble moins probable.

Examens complémentaires

Un trichogramme montre des poils à apex cassés, confirmant l’origine traumatique des lésions. La cytologie par test au ruban adhésif coloré ne montre pas de micro-organisme (ni bactérie ni levure). Les raclages cutanés mettent en évidence de nombreux parasites, stades larvaires de Trombicula autumnalis, facilement reconnaissables avec leurs trois paires de pattes et leur couleur orangée (photo 3).

Un cas de dermatite de lechage du à des aoutats

Diagnostic

Il s’agit d’une trombiculose

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