Un cas de dermatite atopique féline


Auteur : Emmanuel Bensignor – Juin 2012
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


La dermatite atopique est une entité désormais bien cernée dans l’espèce canine. Chez le chien en effet les données étiologiques, pathogéniques, la définition clinique et les critères de diagnostic ont été étudiés. Par ailleurs, les tests d’allergie et les modalités du traitement sont également reconnus. Chez le chat, les données sont beaucoup plus parcellaires, mais il apparaît qu’un diagnostic de dermatite atopique féline peut parfois être retenu, comme récemment publié dans une revue* et illustré par ce cas clinique.

Motif de consultation

Une chatte Européenne, femelle stérilisée, âgée de 3 ans, est référée pour une dermatose prurigineuse corticosensible évoluant depuis plusieurs mois.

Anamnèse

L’animal a été adopté à l’âge de 2 mois. Aucune anomalie notable n’est rapportée dans le passé pathologique. La chatte est correctement vaccinée et vermifugée. Elle vit seule, dans un pavillon avec libre accès à l’extérieur. Son alimentation, industrielle sèche, est de bonne qualité. Les traitements antiparasitaires interne et externe sont à jour. La dermatose est apparue à l’âge de 2 ans. La propriétaire décrit initialement un prurit abdominal, associé à des lésions ” granuleuses “. les lésions ont eu tendance à l’extension, avec atteinte de la face et des extrémités podales. Un premier traitement a été administré par le vétérinaire traitant, associant une injection de corticoïde retard et une antibiothérapie orale de courte durée. Les lésions se sont améliorées mais une rechute est survenue quelques semaines plus tard. Le traitement antiparasitaire a alors été modifié pour l’application d’un spot-on contenant un endectocide, au rythme d’une fois toutes les trois semaines, et un traitement corticoïde avec la prednisolone à la dose de 1 mg/kg/j par voie orale a été mis en place. Le traitement a permis une amélioration lésionnelle mais une rechute est apparue à son arrêt. L’animal a alors reçu une nouvelle injection de corticoïde retard, et son alimentation a été modifiée pour des croquettes hydrolysées à base de poulet. Une nouvelle rechute est décrite quelques semaines plus tard, justifiant une nouvelle injection de corticoïdes. Finalement la propriétaire a décidé de présenter son chat à un spécialiste.

Examen clinique

L’examen clinique général est normal, hormis une surcharge pondérale importante. L’examen dermatologique à distance montre des lésions localisées sur la face ventrale de l’abdomen, l’extrémité des membres et la face. Au niveau abdominal, les lésions regroupent des papules, des plaques, parfois excoriées et un érythème diffus. Les extrémités podales sont érythémateuses, des excoriations sont présentes, et une onychoschizie est associée. Sur la face, un érythème, des papules, une hypotrichose avec poils cassés est notée (photos 1 et 2).

Un cas de dermatite atopique félinephoto 1 : vue éloignée de l’animal : notez la surcharge pondérale,
les lésions abdominales (la zone a été tondue), les lésions faciales et podales

Un cas de dermatite atopique féline
photo 2 : vue rapprochée de la surface abdominale :
lésions en plaques, avec érythème et excoriations

Hypothèses diagnostiques

Les principales hypothèses diagnostiques regroupent une dermatite allergique (DAPP, allergie alimentaire, dermatite atopique féline) moins probablement une dermatophytose (aspect clinique peu en faveur) ou une ectoparasitose (du fait des traitements antiparasitaires précédemment réalisés) (cheyletiellose, démodécie à Demodex gatoi) et pour les lésions abdominales des lésions néoplasiques (mastocytome notamment) ou pseudonéoplasiques (complexe granulome éosinophilique, mycétome, mycobactériose, xanthomatose).

Examens complémentaires

Les raclages cutanés ne montrent pas de parasite. Le trichogramme montre des poils à apex cassés confirmant le prurit. L’examen en lampe de Wood est négatif. Les examens cytologiques montrent une population inflammatoire homogène, composée majoritairement de polynucléaires éosinophiles (photo 3). Des biopsies cutanées sont réalisées au niveau abdominal sous anesthésie locale. L’examen histopathologique montrera des images compatibles avec des lésions du complexe granulome éosinophilique (photo 4). Une culture fongique s’avèrera négative. Des intradermoréactions sont réalisées et montrent une monosensibilisation à Dermatophagoides farinae.

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