Elphie est une chienne Bouledogue français stérilisée âgée de 8 ans. Elle présente une dermatite atopique diagnostiquée à l’âge de 3 ans se traduisant, essentiellement, par des épisodes de prurit avec érythème et lésions secondaires localisés à la face et aux pieds, ainsi que par des otites érythémato-cérumineuses chroniques bilatérales.
Les lésions de la face et du corps ainsi que le prurit sont contrôlés par des soins locaux apaisants et émollients appliqués deux fois par semaine et une prise de ciclosporine 1 jour sur deux depuis 1 an et demi.
Malgré des nettoyages auriculaires hebdomadaires, une inflammation auriculaire associée à une gène auriculaire (la chienne secoue la tête, se gratte et se frotte les oreilles) persiste et des topiques auriculaires traitants (associant corticoïde, antibiotique et antifongique) sont régulièrement prescrits.
Intérêt d’un nouveau topique auriculaire contenant de l’acétonide de triamcinolone et de l’acide salicylique dans la gestion d’une otite érythémato-cérumineuse récidivante secondaire à une dermatite atopique
Emilie Vidémont-Drevon
DMV, Diplômée du Collège européen de Dermatologie Vétérinaire
Service de Dermatologie – Centre Hospitalier Vétérinaire Saint Martin
74 370 Saint Martin Bellevue
Mai 2018
Examen clinique
Lors de la visite initiale, un érythème du méat acoustique externe et de l’entrée du conduit auditif externe est observé. La paroi du conduit auditif est fortement hyperplasié, conduisant à une sténose partielle de celui-ci. Des érosions sont notées à l’ouverture du conduit auditif externe. Du cérumen est présent en quantité moyenne. Une odeur désagréable se dégage des oreilles. L’atteinte est bilatérale, mais plus sévère à gauche.
Le prurit auriculaire est estimé à 8/10 par la propriétaire sur une échelle visuelle analogue.
Examens complémentaires
L’examen vidéo-otoscopique confirme l’hyperplasie des parois du conduit auditif qui s’étend sur toute leur longueur. Les tympans sont intègres.
L’examen cytologique du cérumen met en évidence la présence de cocci (++) et de Malassezia (+).
Diagnostic et traitement
Elphie souffre d’une otite érythémato-cérumineuse hyperplasique bilatérale avec prolifération de cocci et de Malassezia secondaire à une dermatite atopique.
Un topique auriculaire contenant de l’acétonide de triamcinolone et de l’acide salicylique est prescrit, à raison de 8 gouttes instillées dans chaque oreille une fois par jour pendant 15 jours. Un nettoyage auriculaire est effectué deux fois par semaine avec Sonotix®. Le reste du traitement est inchangé.
Suivi
A 15 jours
Lors du suivi à 15 jours, la réponse est positive. La gène auriculaire a nettement diminué, la chienne ne se gratte plus et secoue la tête de façon très occasionnelle. Le prurit auriculaire est estimé à 2/10 par la propriétaire.
L’examen auriculaire confirme cette amélioration. L’érythème et l’hyperplasie des conduits ont diminué, les érosions ont disparu. La production de cérumen et la mauvaise odeur ont également régressé. Quelques cocci sont observées à l’examen cytologique du cérumen.
L’instillation du topique auriculaire traitant est poursuivie à la même dose deux fois par semaine et un nettoyage hebdomadaire est maintenu.
Après 4 et 10 semaines
Quatre et dix semaines après la première consultation (voir l’évolution du score Otis-3), l’amélioration est maintenue. Aucun effet secondaire, local ou systémique, lié à l’instillation répétée du dermocorticoïde n’a été constaté après 10 semaines d’utilisation.
L’instillation bi-hebdomadaire de ce topique est maintenue en entretien, en parallèle du traitement de fond de la dermatite atopique.
Aspect du méat acoustique externe gauche avant et après 10 semaines. Notez la diminution de l’aspect prolifératif, ainsi que la diminution des sécrétions auriculaires.
Discussion
Une otite chronique érythémato-cérumineuse est présente dans plus de la moitié des cas de dermatite atopique canine, elle peut même en être le seul signe dans 3 à 10 % des cas.
La prise en charge de la dermatite atopique est multimodale [1] et consiste en un soutien de la barrière cutanée défectueuse, une désensibilisation ou la prescription de traitements antiprurigineux et immunomodulateurs : corticoïdes (topiques et systémiques), tacrolimus et ciclosporine, oclacitinib et, depuis quelques mois, lokivetmab. Toutefois, la gestion d’une otite chronique associée échappe parfois à ce traitement.
Dans le cas présent, les traitements locaux visant à restaurer la barrière cutanée et la ciclosporine ont entraîné une stabilisation satisfaisante des lésions du corps mais n’ont pas permis de contrôler efficacement les signes auriculaires. Les remaniements inflammatoires (sténose partielle des conduits auditifs en particulier) liés à l’ancienneté de l’atteinte auriculaire ont, très probablement, contribué à la difficulté de prise en charge. L’utilisation d’un nettoyant doux, à la fois céruminolytique et apaisant, et l’instillation auriculaire d’un dermocorticoïde ont été efficaces à court et moyen terme. Les bactéries et les levures sont naturellement présentes dans les oreilles mais peuvent proliférer secondairement à l’inflammation liée à la dermatite atopique. Le contrôle de cette dernière peut être suffisant, comme l’illustre le cas de Elphie, pour faire régresser les proliférations bactériennes et fongiques et ainsi éviter l’utilisation d’un antibiotique et d’un antifongique.
Les dermocorticoïdes sont actuellement reconnus comme partie intégrante du traitement de la DAC [1], à la fois en application quotidienne pour traiter un épisode aigu [2] et sur le long court afin de limiter les crises [3]. Leur utilisation, sur le corps, selon une approche proactive (application bihebdomadaire) est, en effet, intéressante à long terme pour limiter les poussées aigues.
Leur utilisation par voie auriculaire chez le chien est plus récente et encore peu documentée mais semble également prometteuse. L’instillation auriculaire bihebdomadaire d’un topique contenant de l’acéponate d’hydrocortisone, commercialisé sous forme de spray et destiné à une utilisation corporelle, permet d’espacer les épisodes d’otite aigue secondaire à une dermatite atopique [4]. L’arrivée sur le marché d’un topique auriculaire contenant seulement un dermocorticoïde pouvant être utilisé de façon intermittente sur le long terme offre donc un outil intéressant dans la prise en charge des otites érythémato-cérumineuses d’origine allergique. L’association de ce dermocorticoïde à de l’acide salicylique, connu pour ses propriétés kératolytiques, bactériostatiques et acidifiantes [5], contribue à l’intérêt de ce nouveau produit.
Références
- Olivry T, DeBoer DJ, Favrot C et coll. Treatment of canine atopic dermatitis: 2015 updated guidelines from the International Committee on Allergic Diseases of Animals (ICADA). BMC Vet Res 2015; 11: 210.
- Nuttall TJ, McEwan NA, Bensignor E et coll. Comparable efficacy of a topical 0.0584% hydrocortisone aceponate spray and oral ciclosporin in treating canine atopic dermatitis. Vet Dermatol 2012; 23: 4-10.
- Lourenço AM, Schmidt V, Sao Braz B et coll. Long-term maintenance therapy of canine atopic dermatitis with a 0.0584% hydrocortisone aceponate spray (Cortavance®) used on two consecutive days each week. Vet Dermatol 2012; 23 (Suppl. 1): 2-104.
- Bensignor E, Pattyn J, Reme C. Reduction of relapses of recurrent otitis externa in atopic dogs with twice-weekly topical application of hydrocortisone aceponate in the ear canal: a randomized, blinded, controlled study. Vet Dermatol 2012; 23 (Suppl. 1): 2-104.
- Arif T. Salicylic acid as a peeling agent: comprehensive review. Clin Cosmet Invest Dermatol 2015; 8: 455-61.
Evolution du score Otis-3
|
Score Otis-3 |
Visite initiale |
Après 2 semaines |
Après 6 semaines |
Après 10 semaines |
|
Erythème |
2 |
1 |
1 |
1 |
|
Hyperplasie |
2 |
1 |
0 |
0 |
|
Erosions/ulcérations |
2 |
0 |
0 |
0 |
|
Sécrétions |
3 |
1 |
0 |
0 |
|
Total |
10 |
3 |
1 |
1 |
Ce score lésionnel des otites externes appelé OTIS3, repose sur la cotation de 4 paramètres de 0 à 3 et permet de suivre l’évolution suite à la mise en place d’un traitement.


