Cas de cytologie clinique : Un cas d’histiocytome canin

Le but de cette nouvelle rubrique de « cytologie » est de rappeler au travers de divers cas cliniques succincts, l’intérêt de la cytologie dans la démarche diagnostique en dermatologie vétérinaire.

Cas de cytologie clinique : Un cas d'histiocytome canin

Dr F. Granat, DVM, Dip. ECVCP, PhD, Laboratoire d’Anatomie Pathologique Vétérinaire du Sud-Ouest (LAPVSO)

 

1/Anamnèse et commémoratifs :

Brownie est un chien mâle Berger Australien de 4,5 ans présenté en consultation pour l’apparition d’une masse cutanée localisée sur le thorax droit, en forme de dôme, d’allure érythémateuse et dépilée, et évoluant lentement depuis 10 jours d’après les propriétaires. Absence d’autre anomalie significative à l’examen clinique.

 

2/Hypothèses diagnostiques :

Parmi les diverses hypothèses diagnostiques retenues, on peut citer :

 

  • Un processus tumoral :
    • Tumeur à cellules rondes :
      • Langheransome (histiocytome cutané canin)
      • Plasmocytome
      • Mastocytome
      • Moins probablement un lymphome …
    • Tumeur des annexes de la peau…
  • Un kyste annexiel
  • Un processus inflammatoire :
    • Granulome inflammatoire, nodule lympho-histiocytaire…
    • Lésion inflammatoire et infectieuse (bactérienne, fongique…)

 

3/Démarche diagnostique : un examen cytologique en première intention

L’examen cytologique est un examen complémentaire peu invasif, simple à réaliser, et pour lequel le résultat est obtenu rapidement : des cytoponctions ont donc été réalisées dans le cas présent afin de tenter de déterminer la nature de la lésion.

Les prélèvements cytologiques obtenus peuvent être colorés au chevet de l’animal  à l’aide d’une coloration rapide (ex : RAL©) ou d’une coloration classique de type May-Grünwald-Giemsa (MGG), mais il est toutefois recommandé de transmettre des prélèvements non précolorés lors d’un envoi de ces derniers à un laboratoire de diagnostic cytologique, afin d’optimiser leur coloration par la suite. Il est également fortement déconseillé de mettre en contact tous prélèvements destinés à une analyse cytologique et des prélèvements destinés à une analyse histologique afin d’éviter la fixation des prélèvements cytologiques par des vapeurs de formol induisant une coloration inadéquate de ces derniers limitant grandement l’interprétation cytologique.

Pour rappel, la lecture au microscope d’un prélèvement cytologique se réalise toujours du faible au fort grossissement afin d’évaluer au mieux, dans un premier temps la qualité et la cellularité des prélèvements transmis (indispensables pour évaluer leur représentativité), et dans un second temps le fond de frottis et les populations cellulaires d’intérêt (ex : disposition, évaluation des caractéristiques et des atypies cyto-nucléaires …) qui vont permettre d’émettre des hypothèses diagnostiques.

La qualité d’un prélèvement cytologique dépend par ailleurs en partie de sa richesse en cellules, mais également de la  conservation et de l’étalement des cellules. Des prélèvements trop riches en cellules, pour lesquels les cellules ne seraient pas suffisamment étalées ou seraient altérées peuvent en effet compromettre l’interprétation cytologique.

Cas de cytologie clinique : Un cas d'histiocytome canin

Cas de cytologie clinique : Un cas d'histiocytome canin

Cas de cytologie clinique : Un cas d'histiocytome canin

Les prélèvements cytologiques obtenus dans le cas présent sont de très bonne qualité technique : les lames sont riches en cellules intactes et suffisamment étalées, pour lesquelles les caractéristiques cytonucléaires sont ainsi aisées à évaluer.

L’examen cytologique met principalement en évidence une population très abondante et majoritaire de cellules rondes d’allure monomorphes, isolées, de taille globalement moyenne et présentant un RNP moyen à assez élevé, associée à un très léger contexte inflammatoire mixte. La prédominance d’un tel type cellulaire évoque un processus tumoral à cellules rondes. 

A fort grossissement, les cellules d’intérêt ont un cytoplasme basophile moyen à clair et leur noyau est rond à ovoïde, parfois un peu irrégulier à indenté, à chromatine grossièrement réticulée dévoilant parfois un ou deux nucléoles de taille petite à moyenne et assez peu visibles. On rapporte enfin une anisocytose et anisocaryose modérées, de rares binucléations et quelques images de mitose au sein de cette population. Les caractéristiques cytonucléaires des cellules d’intérêt évoquent quant à elles une origine histiocytaire en première intention.

 

4/Suspicion diagnostique :

En faveur d’une tumeur à cellules rondes de type Langheransome (histiocytome cutané canin).

 

5/Suivi clinique :

Persistance de la lésion sur quelques semaines. La décision d’une exérèse chirurgicale a été prise afin de confirmer l’hypothèse diagnostique précédemment émise, et écarter totalement un autre type de tumeur à cellules rondes toutefois peu probable dans le cas présent.

 

6/Examen anatomopathologique de la lésion :

Confirmation de la suspicion de Langheransome.

 

7/Discussion :

Le langheransome est une tumeur cutanée bénigne relativement fréquente et principalement rencontrée chez le jeune chien. Elle peut être diagnostiquée à l’examen cytologique mais toutefois à la lumière d’une description précise de la lésion et de la connaissance de l’anamnèse et des commémoratifs, étant donné son aspect cytologique assez typique. Cependant, un examen anatomopathologique (+/- associé à des immunomarquages)  peut s’avérer être nécessaire pour tenter d’établir un diagnostic de certitude dans certains cas complexes ou inhabituels, notamment lorsque l’épidémiologie (ex : chien âgé, lésion persistant depuis plusieurs mois, suspicion d’une atteinte du NL de drainage…) et/ou la clinique (ex : lésions multicentriques, …) s’avèrent déroutantes, ou de non régression spontanée la lésion.

Le diagnostic différentiel d’une tel tumeur peut en effet comprendre un autre type de tumeur à cellules rondes tel qu’un lymphome (+/- épithéliotrope) ou parfois même un plasmocytome, mais également une lésion non néoplasique tel qu’un nodule lympho-histiocytaire notamment lorsque la lésion est en cours de régression et alors associée à un infiltrat lymphocytaire et histiocytaire pouvant devenir respectivement prédominant et très résiduel en phase tardive.

L’examen cytologique est en conclusion un outil diagnostique pertinent pour l’investigation des masses cutanées, autant par sa simplicité de réalisation que par les informations diagnostiques qu’il peut apporter. Il permet souvent d’établir un diagnostic, ou parfois de hiérarchiser les hypothèses diagnostiques. Un examen anatomopathologique (+/- d’autres examens complémentaires, ex : immunomarquages, colorations spécifiques…) est toutefois parfois nécessaire pour confirmer ou étayer (ex : établir le grade de malignité précis ou infiltrant d’un processus tumoral,…) les hypothèses diagnostiques établies à partir d’un examen cytologique. Le dialogue entre cliniciens et cytologistes reste enfin un élément crucial pour faire avancer le diagnostic, notamment dans les cas inhabituels.