Approche thérapeutique d’un cas de pyodermite récidivante canine


Auteur : Émmanuel Bensignor – Décembre 2014
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Les pyodermites sont des infections bactériennes pyogènes de la peau. L’agent pathogène rencontré dans plus de 90% des cas est Staphyloccocus pseudintermedius, une bactérie coccoïde Gram positive. Cette bactérie est un organisme résident au niveau des muqueuses anales, nasales et buccales, d’où elle est passivement transportée par le léchage sur le pelage et la peau. S.pseudintermedius est un organisme transitoire au niveau cutané, et il est généralement possible de déterminer une cause sous-jacente expliquant sa multiplication et son rôle pathogène dans cette localisation. Dans la grande majorité des cas les infections cutanées sont secondaires. C’est pourquoi le diagnostic et le traitement de la maladie sous-jacente sont des étapes indispensables en présence d’une pyodermite chez le chien, afin de rétablir l’écosystème cutané et d’éviter les rechutes ou l’utilisation inappropriée d’antibiothérapies prolongées. Toutefois, dans un certain nombre de cas, malgré une recherche exhaustive, aucune cause ne peut être mise en évidence, on parle alors de pyodermite récidivante «idiopathique». Dans ce cas de figure, un traitement préventif doit être envisagé pour diminuer le taux de rechute. Ce cas clinique illustre une modalité thérapeutique potentiellement intéressante pour cette indication.

Cas clinique

Saga, un Labrador croisé femelle, stérilisée âgée de 6 ans, est présentée à la consultation de dermatologie pour des lésions en plaques prurigineuses évoluant depuis quelques semaines. L’animal est en bon état général, participe régulièrement à des concours d’agility, est correctement vacciné et alimenté par des croquettes haut de gamme. Ses traitements antiparasitaires internes et externes sont à jour (application mensuelle d’une association d’imidaclopride et de permethrine en spot-on). Elle vit seule, dans une maison avec un grand jardin. Aucun séjour hors de la Bretagne n’est rapportée.

Le propriétaire décrit des lésions d’apparition subaigüe quelques semaines avant la consultation. Toutefois, l’animal présente depuis longtemps des problèmes cutanés récidivants; plusieurs traitements ont été réalisés auparavant, avec des succès marqués, surtout à base d’antibiotiques, parfois associés à des corticoïdes, administrés pendant 10 jours à 1 mois. Des traitements topiques sous forme de shampooings réguliers à base de chlorhexidine ont également été réalisés. L’animal a subi deux régimes d’éviction successifs, à base d’hydrolysats de protéines, ce qui n’a pas empêché la dermatose de récidiver. Le propriétaire décrit en moyenne 3 à 4 visites annuelles pour ce problème dermatologique chez son vétérinaire depuis deux ans. Un traitement récent à base d’amoxicilline-acide clavulanique n’ayant pas amélioré les lésions, il a décidé de demander un avis spécialisé.

A l’examen clinique, la chienne est en bon état général. Les lésions dermatologiques sont disséminées, surtout marquées sur le thorax (faces latérales et dorsales), mais des lésions sont également notées sur les ars, l’abdomen et en région périvulvaire. Elles consistent pour le thorax en alopécie, érosions, croûtes, pustules suintantes (photos 1, 2 et 3) et pour la région ventrale en des collerettes épidermiques, parfois de grande taille, généralement isolées, parfois confluentes. Une hyperpigmentation centrale est associée à la présence d’un squamosis périphérique modéré et un liseré érythémateux est systématiquement noté. Quelques papules et pustules folliculaires sont observées sur l’abdomen. Par ailleurs la peau est jugée sèche et modérément squameuse. Il est à noter qu’aucune pododermatite, aucune atteinte faciale n’est observée en particulier l’examen des oreilles ne montre aucune anomalie à la vidéo-otoscopie.

Approche thérapeutique d'un cas de pyodermite récidivante canine

Photo 1 : vue éloignée de l’animal:
notez les lésions extensives sur le thorax et les lombes

Approche thérapeutique d'un cas de pyodermite récidivante canine

Photo 2 : vue rapprochée d’une lésion: alopécie, érythème, érosions

Approche thérapeutique d'un cas de pyodermite récidivante canine

Photo 3 : vue rapprochée: érosions et pustules périphériques

Le bilan clinique peut donc se résumer par la présence d’une dermatose érodée, pustuleuse et croûteuse sur le thorax, associée à des lésions papuleuses, pustuleuses, avec collerettes épidermiques sur l’abdomen, récidivante, prurigineuse, antibiosensible, chez une chienne Labrador jeune adulte.

Les hypothèses diagnostiques envisagées regroupent à ce stade principalement démodécie, dermatophytose, pyodermite bactérienne primitive ou secondaire à une cause sous-jacente, pemphigus foliacé (moins probable du fait de l’antibiosensibilité des lésions lors des épisodes précédents) ou toxidermie (moins probable du fait de l’absence de traitements médicamenteux chroniques).

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