
51, Chaussée de Dinant
5170 Profondeville
Service de Médecine Interne des Petits Animaux Université de Liège
Conférence présentée en 2003 lors des journées du Groupe de Travail Belge en Dermatologie Vétérinaire
Itraconazole (Sporanox – Janssen)
Généralités/Mode d’action
- dérivé triazolé
- diminue la synthèse d’ergostérol, constituant de la paroi fongique, en interagissant avec une enzyme fongique cytochrome P-450 dépendante
- affinité vis-à-vis du cytochrome P-450 fongique bien supérieure à celle des autres dérivés azolés.
- absorption intestinale, améliorée lors de l’administration au cours d’un repas (pH acide)
- concentration élevée dans les tissus riches en kératine (peau, ongles, cheveux)
- maintien des taux thérapeutiques dans la peau pendant minimum 1 à 2 semaines après un traitement de 30 jours (homme)
- mise au point de schémas thérapeutiques « à semaine alternée »
- métabolisme hépatique
- élimination par les matières fécales et les urines
Effets secondaires moins importants que ceux induits par le ketoconazole
- troubles digestifs, hépatiques
- tératogène chez le rat
Chez le chat, protocole recommandé : 5 mg/Kg/jour 1 semaine sur 2 pendant 5 semaines (administration au cours d’un repas).
Littérature
1. “Efficacy of griseofulvin and itraconazole in the treatment of experimentally induced dermatophytosis in cats” K. Moriello and D. DeBoer. JAVMA, 207 : 439-444, 1995.
- 15 Cts infectés expérimentalement par M. canis et répartis en 3 lots
- 5 Cts traités à la griséofulvine 50 mg/Kg/jour
- 5 Cts traités à l’itraconazole 10 mg/Kg/jour
- 5 Cts témoins non traités
♦ Résultats : tous les chats traités à l’itraconazole ont été guéris en 8 semaines contre 10 semaines pour la griséofulvine.
2.” Efficacy of oral administration of itraconazole to cats with dermatophytosis caused by Microsporum canis” F. Manciati et al. JAVMA, 213 : 993-995, 1998.
- Étude clinique ouverte concernant 15 chats atteints de dermatophytose (M. canis) et traités à la dose de 1,5 à 3 mg/Kg/jour en 1 prise, par périodes de 15 jours suivies de 2 semaines d’interruption.
♦ Résultats : 6 chats guéris après 1 cure de 15 jours, 2 autres chats guéris après respectivement 2 et 3 cures de 15 jours de traitement.
3.”Efficacy of itraconazole as a combined continuous/pulse therapy in feline dermatophytosis : preliminary results in 9 cases” Silvia Colombo et al. Veterinary Dermatology, 12 : 347-350, 2001.
- Étude clinique ouverte : 9 Cts présentant une dermatophytose à M. canis ont été traités à une dose de 10 mg/Kg/jour en 1 prise dans un repas pendant 28 jours consécutifs, puis 1 semaine sur 2 à la même dose. Le traitement était interrompu après obtention de 2 cultures négatives.
♦ Résultats : 8 Cts sur 9 ont été guéris après 56 jours et ont montré des cultures négatives dès le 28ème jour et au 42ème jour. Le 9ème Ct a été guéri après 70 jours avec des cultures négatives au 42ème et au 56ème jour. Aucun effet secondaire.
Terbinafine (Lamisil – Novartis)
Généralités/mode d’action
- famille des allylamines
- empêche la synthèse de l’ergostérol, constituant essentiel de la membrane cellulaire du parasite, en inhibant spécifiquement l’enzyme squalène-époxydase. Cette enzyme est indépendante du groupe des enzymes P-450 (contrairement aux dérivés imidazolés).
- excellente pénétration, en particulier unguéale, activité rapide, efficacité et bonne tolérance : n° 1 du traitement des onychomycoses chez l’homme
Étude pharmacocinétique (hô)
- absorption par le tube digestif (70 à 80 %), biodisponiblité identique avant ou après le repas
- en topique c/o des sujets sains : passage systémique du produit inférieure à 5 % de la dose administrée
- distribution : très lipophile et kératinophile
- accumulation dans le stratum corneum, les follicules pileux et le sébum. Persistance de l’action antifongique plusieurs jours après l’arrêt du traitement.
- présente dans l’ongle dès la 1ère semaine de traitement, taux thérapeutiques notés à la 4ème semaine. Concentration unguéale proportionnelle à la dose administrée.
- métabolisme hépatique
- excrétion essentiellement urinaire des métabolites inactifs
Effets secondaires
- digestifs (vomissements, diarrhée, anorexie)
- cutanés
- pas d’activité tératogène mais déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement (passage dans le lait maternel)
Peu d’informations disponibles quant à son utilisation c/o les animaux domestiques : dose de 20 à 30 mg/Kg en 1 prise tous les 2 j ?
Littérature
2 études récentes chez le chat
1.” Efficacy of oral terbinafine in feline dermatophytosis due to Microsporum canis” F. Mancianti et coll. Journal of Feline Medicine and Surgery , 1, 37-41, 1999.
- 15 chats infectés naturellement par M. canis traités oralement avec 1 dose quotidienne de 30 mg/Kg pendant 1 période de 2 semaines et contrôlés pour la présence de dermatophytes le dernier jour du traitement, 1 mois plus tard et 3 mois après la dernière administration.
♦ Résultats : 11 chats sur 12 Chats complètement guéris (2 Cts morts, 1 Ct ayant présenté des vomissements nécessitant l’arrêt du traitement).Un groupe contrôle de 4 Cts naturellement infectés et non traités n’a montré aucune amélioration clinique et les cultures de contrôle sont restées positives.
2. “Drug Efficacy of Terbinafine Hydrochloride (Lamisil) during oral treatment of cats experimentally infected with Microsporum canis” T. Kotnik Journal of Veterinary Medicine, 120-122, 2002.
- 1er groupe de 9 Cts infectés expérimentalement par M. canis et traités à la dose de 10-20 mg/Kg 1 fois/jour
- 2d groupe de 9 Cts infectés expérimentalement et traités à la dose de 30-40 mg/Kg/jour
- lot témoin de 9 Cts
♦ Résultats : après 109 jours de traitement, guérison de tous les Cts recevant une dose élevée. Par contre, 7 Cts recevant une dose faible et les 9 Cts du groupe contrôle sont encore positifs pour M. canis.
Vomissements occasionnels résolus par l’administration du repas juste après le médicament.
Lufénuron (Program – Novartis)
Généralités
- inhibiteur de synthèse de la chitine, enregistré pour la prévention et le contrôle des puces chez le chien et le chat. Son action se base sur la présence de chitine dans la paroi fongique.
- stocké dans le tissu adipeux et lentement relargué dans la circulation sanguine, permettant une action prolongée après administration orale ou sous-cutanée.
Littérature
1. « Use of lufenuron for treating fungal infections of dogs and cats » Ben-Ziony et Arzi JAVMA, 217 : 1510-1513, 2000.
- 129 chiens et 159 chats atteints de dermatophytose traités avec une dose unique respectivement de 54,2 à 68,3 mg/Kg et de 51,2 à 266 mg/Kg.
- lot témoin comprenant 18 chiens et 42 chats non traités
Résultats surprenants et très rapides :
- chez les animaux témoins non traités : guérison spontanée après un délai moyen de 3 mois
- chez les chiens
- guérison clinique complète dans les 16 à 21 jours
- négativation des cultures fongiques environ 6 jours avant la guérison clinique
- rechute chez 6 chiens après plusieurs semaines, traités une seconde fois avec succès
- chez les chats
- guérison clinique complète dans les 10 à 12 jours
- cultures fongiques négatives dans un délai moyen de 8,3 jours avant la guérison clinique.
- rechute chez 3 chats retraités avec succès
Aucun effet secondaire.
Remarque : malgré la présence d’un lot témoin non traité, il ne s’agit pas d’une étude randomisée ni en double aveugle.
Dans un 2ème temps, les mêmes auteurs ont recommandé une dose de 80 à 100 mg/kg administrée au minimum 2 fois à 15 jours d’intervalle.
2. “Evaluation of the efficacy of oral lufenuron combined with topical enilconazole for the management of dermatophytosis in catteries” J. Guillot et al. Veterinary Record, 150, 714-718, 2002.
- Le but de cette étude est d’évaluer l’efficacité du lufenuron administré 2 fois à 1 mois d’intervalle à la dose de 60 mg/kg et associé à un traitement topique hebdomadaire à base d’enilconazole pendant 4 semaines en comparaison avec un protocole standard associant la griséofulvine 2 fois/jour à la dose de 25 mg/Kg pendant 5 semaines associé au même traitement topique sur 100 chats sélectionnés dans 2 chatteries. L’environnement a également été traité 1 fois/semaine pendant 1 mois à l’aide d’enilconazole.
Résultats : dans 1 des 2 chatteries, le score clinique était nettement amélioré à J30 et J60 dans le groupe traité au lufenuron. A J90, le nombre de chats présentant des lésions cliniques était réparti de manière égale entre les 2 chatteries. Dans les 2 chatteries le nombre de cultures fongiques positives a nettement diminué dans les 15 premiers jours, est resté stable dans les 45 jours suivants et a de nouveau augmenté à partir du 60ème jour.
3. “Effects of lufenuron treatment in cats on the establishment and course of Microsporum canis infection following exposure to infected cats” De Boer D.J. et al. JAVMA, 222, 1216-1220, 2003.
Les auteurs ont voulu déterminer si le lufenuron permettait de prévenir la contamination par des dermatophytes lors de l’introduction de chats infectés dans un effectif.
- 8 chats témoins
- 8 chats traités 1 fois/mois avec le lufenuron per os : 100 à 130 mg/Kg au début et 25 à 35 mg/Kg à la fin de l’étude
- 8 chats traités avec la forme injectable par voie sous-cutanée : 40 mg
- 4 mois après le début du traitement, 3 chats infectés expérimentallement par Microsporum canis ont été introduits dans l’effectif
Résultats : tous les chats ont développés une dermatophytose. Chez les chats traités au lufenuron, l’infection s’est développé plus lentement et les animaux ont présenté des scores d’infection moins élevés durant les premières semaines. Pour les 3 groupes de chats, une résolution de l’infection d’une durée similaire (11 à 13 semaines) a été observée.
Conclusion
L’administration orale ou sous-cutanée de lufenuron aux doses utilisées ne permet pas de prévenir une contamination chez des chats sains.
