Actualités dans le diagnostic et le traitement du mastocytome canin

Le mastocytome représente la principale tumeur cutanée canine, avec 7 à 21 % d’entre elles, et près de 27 % des tumeurs cutanées malignes dans cette espèce.


Auteur : William Bordeau en partenariat avec  Actualités dans le diagnostic et le traitement du mastocytome canin                               
Consultant exclusif en dermatologie
Cabinet VetDerm,
1 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT

Novembre 2016


Elle résulte de la multiplication de mastocytes tumoraux. Ces cellules ont un rôle primordial dans l’inflammation et dans les réactions allergiques immédiates. Elles possèdent des granules cytoplasmiques, qui vont contenir différents médiateurs de l’inflammation, comme l’histamine, des protéases, des facteurs chimiotactiques, des cytokines, et des métabolites de l’acide arachidonique. La dégranulation mastocytaire peut avoir une origine physique, chimique ou immunologique notamment à la suite de fixations d’IgE sur les récepteurs de surface. Ce sont ces médiateurs de l’inflammation qui vont en partie responsables des manifestations paranéoplasiques qui peuvent apparaître lors de mastocytome cutané. La libération d’histamine va ainsi être à l’origine d’un oedème et d’un érythème de la tumeur mais aussi des tissus adjacents. Cette libération d’histamine peut être également à l’origine d’ulcères gastro duodénaux, qui vont conduire à une anorexie, des vomissements, un méléna, une anémie, et parfois une perforation intestinale avec péritonite. On considère que ces effets gastro-intestinaux résultant du relargage d’histamine d’origine mastocytaire apparaissent dans près de 80 % des cas, ce qui justifie la recommandation de l’utilisation d’antihistaminiques de type 2 lors de mastocytome cutané.

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Photo 1: Mastocytome d’aspect bénin, mais de grade III, chez un Bouledogue anglais

L’étiologie de ces mastocytomes est actuellement inconnue, mais comme avec la plupart des tumeurs ils ont probablement une origine multifactorielle. Les prédispositions raciales indiqueraient par ailleurs qu’il existe une composante génétique.
L’âge moyen auquel le mastocytome va apparaître, est de huit ans, bien qu’il puisse apparaître chez des animaux beaucoup plus jeunes, et notamment des chiots, et ce dès l’âge de quatre mois. Il n’existe pas de prédisposition sexuelle, mais des prédispositions raciales ont clairement été établies. Le Boxer, le Bullmastiff, le Boston terrier, le Staffordshire bull-terrier, le Rhodesian ridgeback, le Carlin, le Braque de Weimar, le Labrador, le Golden retriever et le Beagle présentent un risque accru de développement d’un mastocytome.

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Photo 2 : Aspect inhabituel chez un croisé Labrador : Mastocytome de grade III

Le mastocytome cutané canin, se manifeste classiquement par une masse isolée avec tout de même un très grand pléomorphisme clinique. Il s’agit de la forme la plus fréquente devant les formes viscérales et leucémiques. L’aspect macroscopique n’est pas du tout univoque, et le mastocytome peut mimer de très nombreuses autres tumeurs cutanées, et elle doit donc rentrer dans le diagnostic différentiel de toutes les masses cutanées quels qu’en soit la taille et l’aspect. Le mastocytome bien différencié, se présente généralement sous la forme d’une masse isolée, dépilée, d’extension lente, plus ou moins inflammée et prurigineuse. Certains mastocytomes peuvent être érodés ou ulcérés (30 % des cas). Ils peuvent être plus ou moins fermes, ou inversement mous, et peuvent ainsi mimer un lipome. Une éclosion multicentrique survient dans près de 10 % des cas. Dans 10 à 15 % des cas, on a une forme cutanée multicentrique. Certains mastocytomes plus agressifs peuvent se manifester sous la forme d’une masse assez large, aux contours mal définis. Des métastases surviennent dans près de 20 % des cas en moyenne (10 % de métastases lors de grade I, et plus de 90 % pour le grade III), et la dissémination métastatique s’effectue généralement par voie lymphatique. C’est pourquoi, une adénomégalie locorégionale doit être systématiquement recherchée.
Le mastocytome se localise surtout au niveau du tronc (50 à 60 % des cas), et on note une nette prédilection pour les parties postérieures du corps (périnée, fourreau, scrotum) et les membres, surtout aux extrémités (25 à 30 %), plus rarement la tête et l’encolure.

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Photo 3 : Aspect cytologique des mastocytes tumoraux (Coloration au bleu de toluidine / Source LAPVSO)

Du fait du très grand pléomorphisme clinique, il est impossible de déterminer le comportement d’un mastocytome cutané uniquement sur son aspect macroscopique. Si la cytologie par ponction est intéressante pour renforcer la suspicion clinique de mastocytome, elle est toutefois peu efficace pour prédire le comportement de celui-ci. On va donc s’appuyer sur l’analyse histologique du mastocytome et la réalisation d’un grading. Il en existe actuellement deux, le plus communément utilisé étant le grading de Patnaïk, noté de I à III. Les mastocytomes de grade I (35 % des cas) ont un comportement bénin, ceux de grade III (20 % des cas) ont un comportement malin et les mastocytomes de grade II (44 % des cas) sont intermédiaires puisqu’environ la moitié ont un comportement bénin et l’autre moitié un comportement malin. C’est notamment pour combler cette lacune dans la prévision du comportement des mastocytomes de grade II, que l’on utilise, en plus, des méthodes moins subjectives comme la mesure de marqueurs de prolifération. Celui qui est le plus prometteur et actuellement le plus fréquemment employé est la mesure de l’indice de prolifération Ki67. Il s’agit d’un antigène qui est exprimé durant le cycle cellulaire, qui peut être détecté par immunohistochimie, et qui est hautement associé au pronostic du mastocytome cutané chez le chien. Globalement, un mastocytome de garde II présentant un Ki67 supérieur à 10 % aura un comportement proche d’un mastocytome de grade III (34 % de survie à deux ans), tandis que ceux qui ont un Ki67 inférieur à 10 % ont un comportement proche d’un mastocytome de grade I (88 % de survie à deux ans). D’autres facteurs influencent le comportement du mastocytome, comme la localisation de la tumeur. Ainsi, certaines études suggèrent que les mastocytomes localisés au niveau des jonctions cutanéo-muqueuses et en région inguinale sont plus souvent agressifs et présentent un risque plus important de métastases (d’autres études n’ont toutefois pas constaté de différences entre les localisations corporelles). Bien que le Boxer et les Bulldogs présentent un risque accru de développement de mastocytomes, il semblerait qu’ils soient moins fréquemment malins dans ces races. Le Labrador et les shar-pei âgés de moins de 2 ans présenteraient des mastocytomes souvent plus agressifs et de mauvais pronostic. A noter que le pronostic des mastocytomes multiples, plus fréquemment observés chez le Golden retriever, ne serait pas plus mauvais qu’un mastocytome isolé dès lors qu’ils sont au même grade.

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Photo 4 : Aspect inhabituel chez un Shar-pei : Mastocytome de grade III

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