A propos d’un cas de Prurit Cervico-Facial chez une chatte européenne

Une chatte stérilisée de 4 ans est présentée à la consultation pour une dermatose prurigineuse mutilante sévère évoluant depuis une année. Elle est également séropositive pour le virus de l’immunodéficience féline (FIV). Diverses corticothérapies n’ont apporté que de courtes améliorations suivies de rechutes de plus en plus rapprochées.

 

Jean-Loup Mathet

Clinique des glycines

Orléans

Juin 2018

 

Commémoratifs et anamnèse

La chatte vit en milieu rural, n’est plus vaccinée depuis 2 ans et est séropositive pour le FIV. Elle mange un aliment sec industriel mélangé à du poulet afin d’en améliorer l’appétence. Son état général s’est dégradé avec une perte de poids marquée. Les traitements antiparasitaires internes et externes sont administrés régulièrement.

L’enquête fait apparaître des corticothérapies orales et injectables variées et fréquentes, ainsi que l’usage occasionnel d’antibiotiques oraux et de topiques sans précision de durée et de posologie. Initialement localisée à la face, les lésions se sont étendues au cou puis se généralisent. Les propriétaires décrivent un prurit permanent et invalidant.

 

Examen clinique

A l’admission, la chatte est modérément apathique, amaigrie, hyperthermique (39.6°C). Une adénomégalie rétro-mandibulaire bilatérale est présente. La cavité et les muqueuses buccale et linguale sont saines.

A distance, on observe une dermatose alopécique, squameuse-croûteuse, érosive et ulcérative concernant le sommet de la tête, les pavillons auriculaires, le cou ainsi que les extrémités distales de certains membres (photos 1,2). L’examen rapproché montre des excoriations sévères des pavillons auriculaires, associées à d’épaisses croûtes masquant des plages ulcératives hémorragiques (photo 3).

Diverses zones érosives sont observées sur la face, le chanfrein, et les zones des carpes et des tarses, sans atteinte des griffes. Une dermatite miliaire plus discrète est présente la ligne du dos (région inter-scapulaire et lombes). Des lésions cicatricielles, parfois hypopigmentées avec épaississement cutané sont présentes.

Le prurit est intense, par crises violentes, associé à un inconfort manifeste et un secouement fréquent des pavillons après grattage.

 

A propos d'un cas de Prurit Cervico-Facial chez une chatte européenne

Photo 1 : profil, large ulcération du pavillon G, squamo-croûtes étendues, alopécie faciale et cervicale

 

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Photo 2 : placards croûteux sur la tête et la zone cervicale, ulcération du pavillon

 

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Photo 3 : vue rapprochée du pavillon, le derme est à nu sur sa quasi-totalité

 

Hypothèses diagnostiques

Elles sont diverses, on peut ainsi envisager :

-une origine ectoparasitaire : otacariose, gale notoédrique voire sarcoptique, démodécie,

-infectieuse microbienne : bactérienne (primaire ou secondaire), fongique, virale

-à médiation immune : pemphigus foliacé.

 

Une étiologie allergique primaire est également probable :

– surtout hypersensibilité/intolérance alimentaire

– dermatite par allergie aux piqûres de puces (DAPP)

– dermatite atopique ss

 

Examens complémentaire

Divers raclages et un examen microscopique du cérumen bilatéral ne mettent pas en évidence de parasites. Le trichogramme et l’examen en lumière de Wood sont également normaux.

Des cytologies sont réalisées sur les zones alopéciques et ulcératives et révèlent une population bactérienne (cocci) extra et intra-cellulaire, avec images de phagocytose, associée à un contingent varié de neutrophiles, macrophages et lymphocytes. Aucun élément levuriforme n’est observé.

Un bilan hémato-biochimique montre une anémie sévére (globules rouges : 2.6*1012/L, hémoglobine : 4,9 g/dL, hématocrite : 12,2%) sans perturbation de la numération blanche ni hyperéosinophilie. Les constantes biochimiques sont dans les valeurs usuelles excepté une globulinémie modérée (54 g/L) réactionnelle inflammatoire.

Des cultures bactérienne et mycologique sont effectuées, ainsi que des biopsies cutanées pour examen histopathologique afin d’objectiver une composante virale lié au FIV ou une origine immunitaire.

La mycologie est négative, la bactériologie met en évidence deux germes : un staphylocoque (Staphylococcus aureus) et une klebsielle (Klebsiella oxytoca). La klebsielle est probablement un contaminant sans action pathogénique propre ayant profité de l’environnement inflammatoire pour proliférer. Elle peut donc être considérée comme opportuniste. L’antibiogramme montre une sensibilité large du staphylocoque qui n’est pas résistant à la méthicilline (sensibilité à l’oxacilline et positivité au test Cefoxitine), il s’agit donc d’une souche MSSA (methicillin-sensible Staphylococcus aureus). Le spectre de sensibilité de la klebsielle est également large mais n’est pas pris en compte dans le choix de l’antibiothérapie.

L’histologie décrit une dermatose kératoséborrhéique péri-vasculaire superficielle associée à des lésions surinfectées sévères (photos 4 et 5). L’épiderme présente des ulcérations multifocales, et est remplacé par endroit par un magma nécrotique. De nombreux amas bactériens cocciformes sont visibles. Le derme  présente un œdème et un infiltrat inflammatoire péri-vasculaire riche en mastocytes et éosinophiles et une congestion vasculaire. Aucune image microscopique directement imputable à l’infection par le FIV n’a pu être mise en évidence.

 

A propos d'un cas de Prurit Cervico-Facial chez une chatte européenne

Photo 4 : (HE*40), lésions pyotraumatiques multifocales de l’épiderme, épaisses croûtes avec amas bactériens bleutés

 

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Photo 5 : (HE*400), interface épiderme-derme avec infiltrat de mastocytes, neutrophiles et éosinophiles

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