Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces


Auteur : Pierre Antoine Germain – Février 2014
DMV, Dipl. ECVD, CES de Dermatologie
74 – Saint-Julien-en-Genevois


Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un chien Berger Blanc Suisse femelle, âgé de 3 ans est présenté en consultation pour un prurit important évoluant depuis 6 mois. Un deuxième chien, de la même race et vivant en contact, présente aussi un prurit similaire depuis quelques temps.

Les deux animaux n’ont pas d’antécédent médical particulier, dermatologique ou général. Ils vivent en maison et ont un accès important à l’extérieur. Ils sont entretenus correctement, mais le traitement antiparasitaire externe (fipronil, spot-on) n’est pas effectué de façon régulière (tous les 2 à 3 mois uniquement).

Aucun examen complémentaire n’a été réalisé jusqu’à présent. Des injections de corticoïdes sur le premier chien ont permis un contrôle temporaire des manifestations prurigineuses.

Examen clinique

L’état général des chiens ne montre pas d’anomalie significative, mais ils présentent des lésions dermatologiques similaires. On observe principalement une décoloration du pelage au niveau des flancs, de la région dorso-lombaire et de l’abdomen. On note également la présence d’un érythème important au niveau dorso-lombaire, de l’abdomen et de la face interne des cuisses associé à des papules, des pustules folliculaires et des collerettes épidermiques.

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Hypothèses diagnostiques

La présence de pustules folliculaires évoque en premier lieu une pyodermite ou éventuellement une démodécie ou une dermatophytose. L’anamnèse (contagion animale probable et absence de traitement anti-parasitaire régulier) et la répartition des lésions (atteinte de la région dorso-lombaire et des flancs principalement) sont en faveur d’une dermatite par allergie aux piqûres de puces (DAPP). Une gale sarcoptique paraît beaucoup moins probable, mais ne peut être complètement exclue.

Plusieurs examens complémentaires sont réalisés sur les deux animaux pour confirmer ces hypothèses. Des raclages ne permettent pas d’identifier d’élément figuré. Le brossage du pelage et l’examen microscopique du matériel récolté permettent de mettre en évidence la présence de déjections de puces.

Un examen cytologique effectué à partir des papules montre des polynucléaires neutrophiles dégénérés et de nombreux Cocci phagocytés. Compte-tenu de ces premiers résultats, aucun autre examen complémentaire n’est réalisé à ce stade. Ces examens complémentaires simples et rapides, associés à l’examen clinique et au recueil de l’historique, permettent un diagnostic rapide de quasi-certitude. Il s’agit d’une pyodermite superficielle, très probablement secondaire à une DAPP.

Traitement

La prise en charge de ces deux animaux doit répondre à 3 objectifs : traitement efficace de l’infection bactérienne, diminution du prurit à un seuil acceptable, contrôle de la cause sous-jacente.

Pour le traitement de la pyodermite, une antibiothérapie systémique per os à l’aide d’une molécule efficace sur Staphylococcus pseudintermedius et bien tolérée chez le chien est prescrite (céfalexine 15mg/kg BID) pour une durée de 20 jours minimum pour les deux animaux. Lors de pyodermites récidivantes ou profondes ou si des bacilles sont mis en évidence à l’examen cytologique, il est fortement recommandé de réaliser un antibiogramme pour choisir rapidement un antibiotique adapté à la situation.

Le contrôle du prurit est un élément important du confort de l’animal mais il ne doit pas se faire aux dépens des chances de guérison. Face à une infection bactérienne, l’emploi de corticoïdes, systémiques ou topiques, est contre-indiqué, car il existe un risque de pérenniser la pyodermite. Dans ce cas, seul le traitement de l’infection bactérienne et de l’infestation par les puces permettra un contrôle durable du prurit. L’emploi de produits topiques comme des shampooings appliqués régulièrement peut apporter une solution complémentaire et surtout immédiate face à ce problème. Malheureusement, dans notre situation, le pelage des 2 chiens, très dense, rend cette tâche particulièrement fastidieuse. Nous avons donc décidé de limiter les shampooings au strict minimum (Douxo Calm® nouvelle formule, 1 fois par semaine) et de compléter leur action à l’aide d’une autre solution galénique (Douxo Calm® Soin Mousse, 2 fois par semaine). L’utilisation du Soin Mousse permet une application rapide des substances sur l’ensemble de la surface cutanée. Les shampooings restent toutefois intéressants et souvent nécessaires grâce à leur effet nettoyant.

Le choix du traitement antiparasitaire nécessite également une certaine réflexion. Dans le cadre d’une DAPP, il est nécessaire de mettre en place un traitement agressif et régulier sur tous les animaux susceptibles d’être infestés par des puces et de traiter également l’environnement. Pour les animaux allergiques eux-mêmes, il est important de limiter autant que possible le nombre et la fréquence des piqûres de puces. Dans notre cas, compte-tenu des soins topiques réguliers administrés aux animaux qui peuvent diminuer la concentration en substances actives au niveau de la peau et de l’intensité des démangeaisons, il a été prescrit un traitement systémique et topique (Spinosad 1fois/mois et Imidaclopride-Perméthrine tous les 10 jours) associé à un traitement de l’environnement (Cyfluthrine et Pyriproxifène).

Suivi

Les animaux sont revus en consultation 20 jours après et une nette amélioration est constatée. Les lésions dues à la pyodermite ont disparu et le prurit a nettement diminué. Le traitement antibiotique est poursuivi pendant 10 jours supplémentaires.

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Un cas de pyodermite secondaire à une dermatite par allergie aux piqures de puces

Les traitements topiques sont poursuivis pendant un mois. La prévention antiparasitaire sur les deux animaux est maintenue en insistant auprès des propriétaires sur la nécessité de la régularité de ces traitements.

En dermatologie, même dans des cas relativement simples, il est fréquent de devoir proposer des traitements assez contraignants et fastidieux. Il est important de s’assurer de la capacité des propriétaires à mettre en œuvre l’ensemble des traitements et de ne pas prescrire des actes qui ne seront pas réalisés correctement. Seule la prise en compte de l’ensemble des paramètres (anamnèse, examen clinique, résultats des examens complémentaires et compliance des propriétaires) pourra permettre de construire un plan thérapeutique efficace.

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