N°1 – Premier trimestre 2007
L’acide fusidique est un antibiotique atypique qui continue de susciter le plus grand intérêt des dermatologues, en médecine humaine comme en médecine vétérinaire. Son activité importante sur Staphylococcus et Streptococcus et sa capacité étonnante de pénétration cutanée liée à sa structure stéroïdienne en font un antibiotique particulièrement intéressant dans les traitements topiques.
Grâce à l’aide de 4 experts, l’Oreille en Soins fait le point sur les bonnes pratiques de traitement des otites externes et la place de l’acide fusidique dans ce cadre. Dans chaque numéro, tous les intervenants abordent une même question et l’un d’entre eux présente son expérience de la Fucidine C®.
Thème de ce premier numéro
Quelle est l’incidence relative des otites à Gram- et à Gram+ dans la pratique courante ?
Emmanuel Bensignor
DV, Dipl ECVD, CES Dermatologie, DU Allergologie, Chargé d’Enseignement Vacataire à l’ENVN
La réponse à cette question dépend du type de pratique : généraliste ou spécialisée. En effet, les otites à Gram– sont souvent une complication d’une otite initiale à Gram+ ! En conséquence, il est normal d’observer le plus souvent (plus de 90% des cas) des Gram+ dans les otites aiguës, alors que ce pourcentage aura tendance à diminuer en faveur des bacilles dans les otites chroniques. Dans une étude prospective de grande ampleur que nous avions réalisé en France en 2000*, nous avions retrouvé cette modification de la flore en fonction de la durée de l’épisode.
* E.Bensignor, D.Legeay, C.Médaille. Etude prospective sur les otites externes du chien adulte en France. Prat Med Chir Anim Comp, 2000, 35, 405-414.
Didier Pin
DV, Dipl ECVD, Maitre de Conférences en Dermatologie à l’ENVL
L’otite externe correspond à l’inflammation du conduit auditif externe (CAE) et du tympan. C’est une affection fréquente chez le chien, chez qui elle représente 5 à 12% des motifs de consultation. On distingue les otites érythémato-cérumineuses (OEC) et les otites suppurées (OS). Les OEC sont nettement plus fréquentes (3/4 des cas) que les OS (1/4 des cas). Lors d’otite érythémato-cérumineuse, un érythème est associé à une sécrétion excessive de cérumen épais. Le prurit est souvent marqué. L’OEC est le plus souvent bilatérale. L’odeur est, généralement, celle du beurre rance. Lors d’otite suppurée, une odeur intense est associée à un pus abondant, variable selon le germe en cause. Les OS sont surtout douloureuses. L’OS est dans 50% des cas unilatérale. De très nombreux facteurs concourent au développement d’une otite, parmi lesquels on distingue des facteurs favorisants, des facteurs primaires et des facteurs d’entretien. Parmi ces derniers, se trouvent des bactéries et des levures (Malassezia sp). Les bactéries les plus fréquemment isolées lors d’otite externe chez le chien sont Staphylococcus intermedius, Streptococcus sp, Pseudomonas sp ou Proteus sp. Lors d’OEC, des cocci Gram+ sont présentes dans environ 40% des cas, seuls ou associés à des Malassezia alors que les bacilles Gram- ne sont présents que dans 10 à 15% des cas, le plus souvent associés à des Malassezia ou à des cocci ; lors d’OS, il y a, a peu près, autant de cas avec des Gram+ que de cas avec des Gram–, avec 20% des cas, environ, dans lesquels ils sont associés.
Dominique Héripret
DV, Dipl ECVD, CES de Dermatologie Vétérinaire, Chargé d’enseignement à l’ENVT, Membre AAVD
En fait, les bactéries ne semblent pas jouer un réel rôle déclenchant dans la pathogénie des otites externes des carnivores domestiques. Il s’agit plutôt de facteurs perpétuant un mécanisme (traumatisme, parasites, inflammation, trouble de la kératinisation, …) qui perturbe la physiologie normale du conduit auditif externe et l’évacuation normale du cérumen (phénomène de tapis roulant). Ainsi, on peut isoler Staphylococcus intermedius d’une oreille saine ou discrètement cérumineuse dans 20% des cas.
En revanche, une fois l’inflammation déclenchée, les bactéries colonisent très rapidement le cérumen en excès, aggravant l’inflammation. Ces surinfections sont très fréquentes et il faudra bien évidemment les éliminer pour rompre l’évolution (inflammation – infection – aggravation de l’inflammation – hyperplasie…)
Au stade de l’otite externe érythémateuse ou érythémato-cérumineuse, on rencontre essentiellement des Malassezia et/ou des coques (Staphylocoques, Streptocoques) Gram+.
Une fois le stade purulent débuté, les bacilles (Gram-) sont plus fréquents avec en tête Pseudomonas aeruginosa.
Dans la pratique courante, on voit sans doute 90% d’otite érythémateuse ou érythémato-cérumineuse et 10% d’otite purulente. En situation de référé, la proportion est plutôt de 50-50.
Marie-Christine Cadiergues
DV, Maître de Conférences à l’ENVT, Résidente en Dermatologie au Royal Veterinary College, Londres, UK
En pratique courante, la grande majorité des otites bactériennes externes aiguës ou subaiguës sont des otites à germes Gram positif – très généralement Staphylococcus intermedius (bactéries de cocci en amas). Cette bactérie domine dans la micro-flore normale du conduit auditif externe et est l’une des premières à proliférer lors d’inflammation. Des bactéries du genre Streptococcus peuvent aussi être rencontrées, le plus souvent visualisées sous forme de chaînettes lors de l’examen cytologique.
Lorsque l’étiologie de l’otite n’est pas identifiée ou contrôlée ainsi que lors d’utilisation non raisonnée de topiques antibactériens, l’incidence des otites bactériennes à germes Gram-négatif augmente.
En résumé, dans la plupart des otites simples, les Gram+ sont très majoritaires.
“La Fucidine C est une préparation auriculaire associant antibiotique, corticoïde et antifongique. Ses caractéristiques en font un des traitements de choix en première intention des otites externes du chien, compliquées par une superinfection bactérienne (notamment par Staphylococcus intermedius, l’agent responsable de la plupart des otites bactériennes) ou à levures (Malassezia pachydermatis). Son excipient, l’huile de sésame, est intéressant pour assurer une bonne pénétration des principes actifs dans la peau du conduit auditif externe du chien et du chat, qui est riche en glandes cérumineuses. Il s’agit donc d’une arme intéressante qui mérite de figurer dans la pharmacie de la clinique vétérinaire.“
Emmanuel Bensignor



