Quel est votre diagnostic ? – Article 12


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Auteur : Emmanuel Bensignor – Juin 2007
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Anamnèse

Un chien croisé Shi Tzu âgé de 12 ans est présenté à la consultation pour des lésions cutanées prurigineuses généralisées. Les lésions sont apparues trois mois auparavant. Elles ont initialement été notées sur la face, puis ont eu tendance à l’extension. Les propriétaires décrivent des « boutons » jaunes, qui laissent place à des squames. Le prurit est marqué. Aucune contagion humaine n’est rapportée. Plusieurs traitements ont été mis en place auparavant. Plusieurs antibiothérapies de plusieurs semaines, à la dose correcte, avec de la céfalexine, puis de la marbofloxacine n’ont pas amélioré les lésions. Un traitement avec une injection de corticoïdes à effet « immédiat » a calmé provisoirement le prurit mais sans guérison. Aucun examen complémentaire n’a été réalisé. L’animal n’a jamais séjourné en zone d’endémie leishmanienne.

Examen clinique

L’examen général est normal, hormis une légère fatigue.
Les lésions cutanées sont généralisées, mais plus sévères et plus denses sur le dos (photo 1). Il s’agit d’une érythrodermie, d’un état kératoséborrhéique gras, et surtout de lésions pustuleuses. Les pustules sont de grande taille, multiloculaires, bordées par un halo érythémateux (photo 2). Par endroits, ces lésions sont plus sèches (plus anciennes) et elles se transforment visiblement en croûtes mélicériques (photo 3).
Les raclages sont négatifs.
L’examen cytologique d’une pustule montre des cellules inflammatoires et de grandes cellules basophiles (photo 4).

diagnostic-article-61Photo 1 : vue éloignée de l’animal : lésions surtout dorsales

diagnostic-article-62Photo 2 : vue rapprochée (la zone a été tondue) :
pustule multiloculaire bordée d’un halo érythémateux

diagnostic-article-63Photo 3 : vue rapprochée : croûtes mélicériques

diagnostic-article-64Photo 4 : examen cytologique (Ral, Gx1000)

Quelles est votre diagnostic ?

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Diagnostic

Il s’agit d’un pemphigus foliacé.

Examens complémentaires supplémentaires

  • Des biopsies cutanées sont réalisées sous tranquillisation.
  • L’examen histopathologique montre la présence de grandes pustules sous-cornées, remplies de polynucléaires neutrophiles, éosinophiles, et de très nombreux kératinocytes acantholytiques.
  • Ces images confirment le diagnostic de pemphigus superficiel.

Traitement

Un traitement antibiotique a été mis en place avec l’association amoxycilline-acide clavulanique (Synulox) après la consultation dans l’attente des résultats des biopsies cutanées. Une nette amélioration est observée lors de la visite de contrôle à trois semaines. A cette date, un traitement avec la prednisolone (1 mg/kg matin et soir) est mis en place.
Une guérison lésionnelle est rapportée après 3 semaines de traitement et les doses de corticoïdes sont alors progressivement espacées 

Discussion

Le pemphigus foliacé est une dermatite auto-immune relativement fréquente chez le chien. Il s’agit de la deuxième DAI dans l’espèce canine, après le lupus cutané. Les lésions sont liées à la production d’auto-anticorps dirigés contre une protéine d’adhésion interkératinocytaire, le desmosome, et plus précisément contre la desmogléine 1 desmosomale. Les symptômes sont variés, la lésion typique est une pustule multiloculaire, à base large, surmontant plusieurs follicules pileux, et bordée par un halô érythémateux, comme observé ici. Ce type lésionnel est cependant fragile, donc fugace, et il est possible d’observer un état kératoséborrhéique, à croûtes mélicériques, d’aspect “en feuilles”.
Le diagnostic passe par la cytologie et l’examen histopathologique, qui permet de visualiser des pustules remplies de kératinocytes acantholytiques. Il existe cependant d’autres causes d’acantholyse (pyodermites bactériennes, dermatophytose, leishmaniose) et il est prudent d’exclure ces diagnostics différentiels avant d’entamer un traitement immunosuppresseur au long cours.
La corticothérapie reste le traitement de choix à l’heure actuelle; une récente étude nord-américaine suggère de lui asocier systématiquement pendant les premières semaines une antibiothérapie, qui améliorerait le pronostic au long cours.

Références

  • Scott DW, Miller WH, Griffin CE Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001
  • Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002.
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