Auteur : Emmanuel Bensignor – Septembre 2004
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes
Anamnèse
Un chat Sacré de Birmanie, femelle, âgée de 2 ans, est présentée à la consultation de dermatologie pour des lésions prurigineuses généralisées. Le prurit et les lésions évoluent depuis environ trois mois. Initialement localisées à la face, une extension a été progressivement notée sur l’ensemble du corps. Des traitements antiprurigineux (corticoïdes puis acétate de mégestrol) n’ont pas apporté d’amélioration notable.
Examen clinique
Le chat est en bon état général. Les lésions cutanées sont généralisées. Une alopécie diffuse est notée, surtout marquée sur la face et le dos. Les poils sont par endroits collés, prenant un aspect de « bourre ». Un état kératoséborrhéique généralisé est noté (photo 1). Après tonte, il est possible de découvrir des lésions en carte de géographie, très extensives, généralisées (photo 2). Elles consistent en une bordure érythémateuse, cernant un centre hyperpigmenté et squameux (photo 3).

Photo 1 : Vue éloignée du dos de l’animal (la zone a été tondue)
Photo 2 : Vue rapprochée des lésions dorsales :
présence d’un squamosis grave entouré par un liseré
inflammatoire en carte de géographie

d’un pavillon auriculaire : présence de lésions circinées
Examens complémentaires immédiats
Des raclages cutanés sont réalisés. Ils montrent des poils anormaux dont la structure a disparu.
Quel est votre diagnostic ?
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Réponse
Il s’agit d’une dermatophytose extensive.
Examens complémentaires supplémentaires
L’examen en lampe de Wood est positif ; une culture fongique est ensemencée, qui permettra la pousse de nombreuses colonies de Microsporum canis.
Traitement
Une tonte généralisée est réalisée. L’animal est traité avec la griséofulvine (Fulviderm®) à la dose de 30 mg/kg/j par voie orale, en association avec l’application locale d’un antifongique (Imavéral®) deux fois par semaine. L’environnement est également traité toutes les semaines avec de l’énilconazole (Clinafarm®).
Suivi
Le chat est revu tous les mois et le traitement est poursuivi pendant quatre mois (date à laquelle une culture fongique s’avère négative).
Discussion
Les dermatophytoses sont un motif relativement fréquent de consultation en dermatologie féline. L’originalité de ce cas réside dans sa présentation clinique très prurigineuse. On considère en effet classiquement les teignes comme des infections peu voire pas prurigineuses. Microsporum canis, le dermatophyte le plus souvent responsable des infections fongiques du chat, est bien adapté à son hôte, ce qui explique que l’invasion cutanée ne s’accompagne généralement pas de réaction inflammatoire violente, d’où l’absence de démangeaison. Dans ce cas, l’inflammation était importante, avec présence d’un liseré érythémateux extensif en périphérie des lésions. Le traitement des teignes fait appel à des antifongiques par voie locale et systémique. L’importance de la tonte dans les cas généralisées doit être soulignée, car cet acte thérapeutique permet d’éliminer les poils infectés, et raccourcit la durée d’évolution de la maladie.
Références
- Scott DW et al. Small Animal Dermatology, 6 th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001
- Guaguère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC Edrs, Paris, 2002
