Quel est votre diagnostic – Article 6


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Auteur : Emmanuel Bensignor – Février 2005
Spécialiste en dermatologie vétérinaire
DESV Dermatologie, DIP ECVD, CES Dermatologie
Consultant en dermatologie
75003 Paris, 35510 Rennes-Cesson, 44000 Nantes


Motif de consultation

Un chien, Caniche, croisée femelle, âgée de 4 ans, est présentée à la consultation pour un léchage permanent localisé sur le membre antérieur gauche.

Commémoratifs

Ce chien vit en pavillon, il a libre accès à un jardin. La dermatose est apparue plusieurs mois auparavant. Les propriétaires décrivent initialement une “plaie” consécutive à un traumatisme. Différents traitements topiques ont été utilisés, avec des pommades ou des laits contenant des antibiotiques et des dermocorticoïdes, sans résultat notable. Une injection de corticoïde a été réalisée et a provisoirement diminué le léchage, sans pour autant l’arrêter totalement. Aucune contagion n’est notée, ni à un chat en contact, ni aux propriétaires. Le traitement antiparasitaire est réalisé régulièrement avec du Frontline® en pipettes, appliqué tous les mois sur les deux animaux.

Examen clinique

L’examen général est bon. L’examen dermatologique montre une lésion unique, localisée sur le membre antérieur gauche, en face dorsale du carpe et de l’avant-bras. Il s’agit d’une large (environ 10 centimètres de diamètre) zone alopécique, érodée, croûteuse (photo 1). L’examen sous-crustacé montre une peau brillante, recouverte par endroits d’un enduit caséux (photo 2).

diagnostic-article-31Photo 1

diagnostic-article-32Photo 2

Examens complémentaires immédiats

Des raclages cutanés ne montrent pas de parasite. L’examen cytologique est représenté sur la photo n°3.

diagnostic-article-33Photo 3

Quel est votre diagnostic ?

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Le diagnostic est celui d’une candidose cutanée.
Il doit être confirmé par une culture fongique qui permettra la pousse de colonies de Candida albicans. Les biopsies cutanées ne sont pas indiquées ici.

Traitement

L’animal reçoit de l’itraconazole par voie générale (Sporanox®) à la dose de 10 mg/kg/j pendant 1 mois.
Localement, un nettoyage quotidien avec un shampooing doux (Seboderm®) est recommandé, suivi de l’application d’un dérivé azolé actif sur les levures (Daktarin® gel).

Suivi

Après un mois, la lésion a totalement rétrocédé. Les poils repoussent et aucun prurit n’est rapporté par les propriétaires.

Discussion

Les levures Candida spp. sont des habitants normaux du tube digestif. Leur multiplication sur la peau ou les muqueuses est pathologique. La candidose cutanée est une dermatomycose peu fréquente, qui apparaît souvent sur un animal débilité, ou au niveau d’une dermatite de léchage, ou encore après un traitement par les corticoïdes. Les lésions sont le plus souvent localisées, bien que des cas généralisées aient été exceptionnellement décrits.

Les extrémités podales, et notamment les espaces interdigités, semblent préférentiellement atteints. La lésion typique est une érosion, à base érythémateuse, surmontée par un enduit crémeux ou caséeux.

L’examen cytologique permet dans la plupart des cas de mettre en évidence une inflammation suppurée, et des levures, sous forme de blastospores et de pseudo-hyphes.

Ces élément sont à différencier de Malassezia pachydermatis, qui ne forme jamais de pseudo-hyphes fongiques sur la peau, et dont l’aspect est différent (les Candida présentent un bourgeonnement à base étroite, multilatéral).

Le diagnostic peut être conforté par la réalisation d’une culture fongique et éventuellement par des biopsies cutanées. Le traitement fait appel aux dérivés azolés par voie locale et/ou générale. Dans les cas extensifs, la recherche d’une cause sous-jacente (diabète, syndrome de Cushing, hypothyroïdie, néoplasme, immunodéficit) est indispensable.

Références

  • Guagère E et Bensignor E Thérapeutique dermatologique du chien. Masson/PMCAC edrs, Paris, 2002.
  • Scott DW, Miller WH, Griffin CE Small Animal Dermatology, 6th Ed, WB Saunders, Philadelphia, 2001.

 

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