Le contrôle de la dermatite atopique n’a que peu évolué depuis bien des années, à l’exception de l’avènement de la ciclosporine, récent en dermatologie vétérinaire mais déjà ancien en dermatologie humaine.
Auteur : William Bordeau en partenariat avec
Consultant exclusif en dermatologie
Clinique de château-Gaillard,
3 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT
Ce contrôle se limite souvent à l’utilisation de corticoïdes, voire d’antihistaminiques ou d’acides gras essentiels.
La recherche d’alternatives aux corticoïdes est active, comme le montre l’arrivée constante de nouvelles molécules en médecine vétérinaire ou humaine. Il peut par ailleurs simplement s’agir de la découverte, plus ou moins fortuite, des propriétés antiallergiques de molécules jusqu’alors employées dans une autre indication, comme c’est le cas du misoprostol (Cytotec nd).
Parmi les molécules déjà bien étudiées figurent les inhibiteurs des phosphodiestérases. Ces enzymes interviennent dans la dégradation de molécules à action anti-inflammatoire. Il existe onze isoformes (de PDE1 à PDE11) et deux substrats (l’AMPc et la GMPc). La PDE4 et la PDE7 sont spécifiques de l’AMPc. La PDE4 est la principale phosphodiestérase isolée dans les cellules inflammatoires. Les inhibiteurs de la PDE4 diminuent donc l’activité de certaines cellules comme les neutrophiles, les éosinophiles, les lymphocytes et les mastocytes. Lors d’asthme, les inhibiteurs de la PDE4 abaissent la dégranulation mastocytaire et l’infiltration éosinophilique.
Les méthylxanthines font partie des molécules qui ont une action d’inhibition des phosphodiestérases, même si cela ne constitue pas leur principale propriété. Parmi ces molécules figurent notamment la caféine, la théophylline, l’aminophylline, la théobromine et la pentoxifylline. Cette dernière a été principalement étudiée. Elle augmente les concentrations en AMPc et a différentes actions anti-inflammatoires. Elle agit notamment sur les lymphocytes T et diminue la synthèse des cytokines, comme le TNFa, l’IL1 et l’IL6. Elle inhibe les éosinophiles. Chez l’homme, cette molécule est employée pour favoriser la microcirculation sanguine avec une action vasodilatatrice. En dermatologie vétérinaire, elle sert essentiellement au traitement de la dermatomyosite familiale canine et au contrôle de l’allergie de contact. Plus récemment, elle a été utilisée pour traiter l’érythème polymorphe et la dermatite atopique canine.
Pour cette dernière, les résultats sont assez mitigés à la dose de 10 mg/kg, deux fois par jour, posologie retenue dans les travaux qui ont jusqu’alors été publiés. Toutefois, de récentes études pharmacocinétiques ont montré que cette molécule présente une demi-vie de près de trente minutes et que l’absorption n’est que de 30 % environ par voie orale. Il est donc possible que l’emploi de doses supérieures, administrées trois fois par jour, conduise à un meilleur contrôle. Des inhibiteurs plus spécifiques de la PDE4 ont également été expérimentés, notamment l’arofylline, le rolipram, le denbufylline et le tibenelast. Le rolipram est notamment 180 fois plus inhibiteur de la synthèse de PDE4 que la théophylline.
Il s’agit probablement d’une piste de recherche intéressante pour le futur. Une première étude, menée récemment avec l’arofylline, a révélé qu’elle est aussi efficace que la prednisone. Toutefois, à la dose employée, des vomissements sont fréquemment apparus. Ils pourraient être dus à une augmentation de l’acidité gastrique ou aune action centrale. D’autres travaux sont actuellement réalisés avec de nouvelles molécules qui présentent la même efficacité, mais engendrent moins d’effets secondaires.
Photo 1 : Westie présentant une dermatite atopique, en phase chronique
Les inhibiteurs des leucotriènes constituent une autre famille de composés. Ils sont obtenus, tout comme les prostaglandines, par la dégradation de l’acide arachidonique au cours de la cascade inflammatoire, grâce à la lipo-oxygénase et aux cyclooxygénases (Cox 1 et Cox 2). Il est possible d’inhiber spécifiquement ces Cox, mais les résultats obtenus avec des molécules ayant ce mode d’action ne sont pas intéressants en dermatologie.
Plutôt que d’inhiber les enzymes de dégradation de l’acide arachidonique, il est maintenant possible de moduler l’action des molécules finales, comme les leucotriènes, par exemple les cysteinyl leucotriènes. Ces dernières interviennent notamment en favorisant la migration des éosinophiles et des autres cellules inflammatoires. Elles sont également à l’origine d’une bronchoconstriction. Le zileuton a été l’une des premières molécules employées et testées. Il agit en inhibant la 5-lipooxygénase, et donc la synthèse des leucotriènes. Il a une action plus étendue que les molécules qui bloquent les récepteurs des leucotriènes, puisqu’elle inhibe la synthèse des cysteinyl leucotriènes, mais aussidelaLTB4.
Depuis peu sont également apparues sur le marché des molécules qui bloquent les récepteurs des cysteinyl leucotriènes (LTC4, LTD4 et LTE4), mais pas ceux de la LTB4. Deux d’entre d’elles sont le zafirlukast et le montelukast. En médecine humaine, ce dernier semble être à l’origine de moins d’effets secondaires. Si ces molécules paraissent intéressantes chez l’homme, notamment dans le contrôle de l’asthme, peu de travaux existent en médecine vétérinaire. Seul le zileuton a pour l’instant été expérimenté au cours d’une étude préliminaire durant laquelle il a permis de diminuer l’érythème, sans pour autant atténuer le prurit. De la même façon, une recherche récente menée avec le zafirlukast n’a pas apporté de résultats concluants.
Photo 2 : Lichénification, érythème et hyperpigmentation en région abdominale, chez ce même westie
Les antihistaminiques (AH) constituent sans nul doute les molécules les plus étudiées et les plus décriées, aussi bien en médecine humaine que vétérinaire. Il est possible de les diviser en deux groupes : AH 1 et AH2. Les premiers peuvent de nouveau être séparés en antihistaminiques de première et de seconde générations. Parmi ceux de la première génération figurent la chlorphéniramine et l’hydroxyzine. La terfénadine (Telfast), la cétirizine (Zyrtec, Vîrlix) et la loratadine font notamment partie de la seconde génération. Les AH2 regroupent, entre autres, la cimétidine et la famotidine. Seuls les AH1 sont employés en dermatologie vétérinaire. Les principales différences entre les deux générations sont l’absence d’effets anticholinergiques et le plus faible passage de la barrière hématoméningée dans la seconde génération.
Les antihistaminiques qui en font partie sont donc à l’origine de beaucoup moins d’effets secondaires que ceux de la première génération. Ils sont notamment moins sédatifs. L’impression tout à fait subjective que les AH 1 de première génération sont plus efficaces dans le contrôle du prurit atopique n’est peut-être due qu’à leur effet sédatif supérieur, car tant que l’animal dort, il ne se gratte pas…
Peu de données pharmacocinétiques existent sur ces molécules, et la plupart sont simplement extrapolées de la médecine humaine. Les AH1 de première génération sont donc à l’origine d’effets secondaires bien plus fréquents. Il s’agit de sédation, mais également de sécheresse buccale et de rétention urinaire. La cyproheptadine peut stimuler l’appétit. Aussi étrange que cela paraisse, peu d’études ont cherché à évaluer l’efficacité de ces molécules dans le contrôle de la dermatite atopique canine ou féline. Par ailleurs, il existe encore moins de travaux recevables, car la plupart n’ont été réalisés que sur des petits effectifs, sans contrôle, et parfois pendant trop peu de temps. La diversité de ces molécules et le manque d’études expliquent des résultats variant de 0 à 75 % dans le contrôle de la dermatite atopique canine ou féline.
La clémastine, qui n’est pas disponible en France, est l’une des molécules qui a été le plus étudiée. Elle semble véritablement efficace. La chlorphéniramine, la diphénhydramine et l’hydroxyzine ont également fait l’objet de nombreux travaux, mais avec un moindre succès. L’intérêt de ces molécules est d’agir en synergie avec les acides gras essentiels et les corticoïdes, aussi bien chez le chien que chez le chat, et la possibilité de les employer concomitamment. Elles permettent également de diminuer les doses de corticoïdes à administrer.
Malgré la pléthore de molécules qui apparaissent sur le marché, aucune véritablement intéressante dans le contrôle prurigineux et lésionnel de la dermatite atopique canine ou féline n’a été trouvée. Les corticoïdes ont de beaux jours devant eux. La ciclosporine (Atopica nd) a sans doute un bel avenir.


