La cyclosporine est une molécule assez récente, isolée en 1969 à partir d’un champignon Tolypocladium infantum gams . Dès 1973, la technique de production industrielle de cyclosporine est mise au point. En 1974, l’activité immunomodulatrice du composé est démontrée.
Auteur : Jacques Fontaine – 2003
Dip ECVD
Clinique vétérinaire
425 av Brugmann
1180 Bruxelles
Conférence présentée en 2003 lors des journées du Groupe de Travail Belge en Dermatologie Vétérinaire
En 1977, les premiers essais cliniques démontrent sa très grande efficacité dans le contrôle du rejet après transplantation.
Dès la fin des années 80, des rapports mentionnent l’intérêt de la cyclosporine dans des formes graves de maladies de peau chez l’homme (psoriasis, dermatite atopique). A cette même époque, quelques audacieux vétérinaires testent également la nouvelle molécule dans différentes pathologies à médiation immune. Il faudra cependant attendre la fin des années 90 et le début des années 2000 pour voir fleurir bon nombres d’études en tous genres.
Cyclopsorine, Cyclopsorin, ciclosporine ou ciclosporin
Différentes appellations sont utilisées pour désigner la même molécule :
Cyclopsorine, Cyclopsorin dans les pays anglosaxons, ciclosporine ou ciclosporin en Europe.
Quelque fois on ajoute même la lette A (Cyclosporine A , CyA ou CSA).
La CSA est un polypeptide cyclique de poids moléculaire conséquent (1203 k Dalton).
Son taux d’absorption optimum par voie orale est de 30 à 40 %. La prise d’aliment influençant fortement cette absorption, il est recommandé d’administré le médication à jeun (2 heures avant ou après le repas).
La CSA se concentre bien dans les tissus (concentration 3 à 50 X> sang).
La demi vie longue de la CSA autorise l’administration en une seule prise.
La métabolisation , principalement hépatique, fait appel aux systèmes enzymatiques dépendants des cytochromes P450.
C’est pour cette raison, que certains médicaments, influençant l’activité des cytochromes, peuvent modifier la pharmacocinétique de la CSA. Ainsi, le ketoconazole permet une augmentation de la concentration plasmatique de la CSA par un facteur allant jusqu’à 3.
Mode d’action
La CSA agit principalement sur les lymphocytes Th mais aussi sur une quantité d’autres médiateurs de l’immunité cellulaire (inhibition de la production de cytokines, inhibition de l’activité des mastocytes, des cellules de Langerhans, du recrutement éosinophilique…).
Cette molécules s’avère dès lors fort intéressante à utiliser dans le cas de pathologies résultant du dysfonctionnement immunitaire.
Toxicité
De nombreuses études de toxicité ont été réalisées chez le chien. Il apparaît que la toxicité dans cette espèce est sensiblement moindre que celle rencontrée chez l’homme.
Tout particulièrement, la toxicité rénale, chez le chien, est extrêmement réduite.
Les effet secondaires les plus fréquents sont :
- vomissement, diarrhée
- risque accru de surinfection cutanée
- hypertrophie gingivale
- hypertrichose
Indications
Dermatite atopique
Sûrement le champ d’action principal
Dose : 5 mg/kg/jour A1/A*
- Efficacité similaire aux corticoïdes
- Alternative aux corticoïdes (effet psy)
- Peu/pas d’effet secondaires
Fistules anales/furonculose perianales
Dose : 4 à 20 mg/kg A2/A*
Associée au ketoconazole (5-10 mg/kg) : 1 à 4 mg/kg
- très efficace
- 30-50 % de récidive
Maladies à médiation immunes
Pemphigus Foliacé : peu /pas efficace aux doses testées (5-10 mg/kg) : C4/D*)
Lupus : peut-être intéressant (données insuffisantes : D4/C*)
Panniculite nodulaire stérile : efficace à 5 mg/kg (rapport anecdotique : D4/B*)
Cellulite juvénile : efficace à 5 mg/kg (rapport anecdotique : D4/B*)
Adénite granulomateuse sébacée : efficace à 5 mg/kg (rapports anecdotiques : D4/B* )
Complexes éosinophiliques félins : efficace à 5 mg/kg (rapports anecdotiques : D4/B* )
Dermatite idiopathique facial du persan : efficace à 5 mg/kg (rapports anecdotiques : D4/B* )
Erythème polymorphe : efficace à 5 mg/kg (rapports anecdotiques : D4/C* )
Syndrome pyogranulomateux stérile : efficace à 5 mg/kg (rapports anecdotiques : D4/C*)
Monitoring des animaux sous CSA
Dosage du taux sanguin : peu/pas d’intérêt. Il existe de grande variabilité individuelle. De plus on ne peut faire de corrélation entre le taux sanguin et l’efficacité clinique.
Contrôle sanguin : bien que les études cliniques multiples n’aient pas montré de toxicité significative, un monitoring sérique est suggéré (urée créatinique hématologie) :
1 er contrôle 2 à 6 semaines après initiation du traitement puis tous les 6 mois. Réduction de la dose de CSA si l’urée/créatinine et ou les enzymes hépatiques dépassent de 30% les taux de base.
(*) Annexe : Evidence based medicine
Qualité d’étude clinique
A Etude « randomizée » double aveugle contre contrôle 1 > 50 cas par groupe
B Etude ou manque la « randomization » ou la notion d’aveugle ou le contrôle 2 20-50 cas par groupe
C Etude ouverte sans contrôle 3 10-19 cas par groupe
D Rapport anecdotique 4 < 10 cas par groupe
« Recommandabilité » d’utilisation
A Bonne évidence, à recommander
B Evidence faible pour recommander l’utilisation
C Evidence insuffisante pour ou contre une recommandation
D Evidence faible pour recommander la NON utilisation
E Bonne évidence pour recommander la NON utilisation

