Les dermatophytoses canines et félines sont fréquemment observées en clientèle. Elles n’en sont pas moins difficiles à contrôler. Faisons ici le point sur leurs traitements actuels et futurs. Les dermatophytoses canines félines ne sont pas toujours simples à gérer. Ainsi, si cela est assez facile chez un animal isolé, il n’en est rien dans un effectif. De même, s’il est aisé d’obtenir une rémission dans un premier temps, les récidives ne sont pas rares.
Auteur : William Bordeau en partenariat avec
Consultant exclusif en dermatologie
Clinique de château-Gaillard,
3 avenue Foch 94700 MAISONS-ALFORT
Article rédigé en Octobre 2014
La dermatophytose est une infection des structures kératinisées : les griffes, les poils ou même la peau. Dermatophytose n’est pas synonyme de teigne. Si elle est due au genre Microsporum dans la plupart des cas, elle peut occasionnellement être liée à un Trichophyton. Microsporum canis est responsable de près de 70 % des dermatophytoses canines et de près de 98 % des félines. Trichophyton mentagrophytes et l’espèce géophile Trichophyton gypseum ne sont qu’exceptionnellement isolés. Les dermatophytoses sont extrêmement contagieuses, aussi bien entre les animaux qu’en termes de transmission à l’homme. Il s’agit donc d’une dermatozoonose qu’il convient de surveiller particulièrement, notamment au niveau des enfants et des personnes âgées qui sont les plus sensibles. Cette transmission se fait par voie directe, mais aussi indirecte, ce qui justifie le traitement environnemental. Certains ectoparasites, parmi lesquels les puces, pourraient agir comme des vecteurs mécaniques. Même si les dermatophytoses sont spontanément résolutives elles doivent tout de même être traitées, ne serait-ce que pour limiter et prévenir les contagions humaines et animales.
Les règles sont les mêmes pour le chien et le chat. Il s’agit de réaliser un traitement topique, systémique, et de contrôler l’environnement. L’animal, ainsi que ses congénères, doivent être traités. En cas de récidives, il convient de rechercher une affection sous-jacente, comme un diabète sucré ou un syndrome de Cushing. Le chat doit alors être testé vis-à-vis du virus de la leucose féline (FeLV) et du virus de l’immunodéficience féline (FIV).

Préalablement à la mise en place du traitement, il convient de tondre complètement l’animal Cette tonte n’est pas toujours facile à négocier avec les propriétaires, mais elle constitue l’une des clés de la réussite thérapeutique, notamment lors de récidive. Il est conseillé de ne pas effectuer cette tonte à la clinique afin de ne pas contaminer la structure. Les toiletteurs refusant de réaliser ce type d’acte – et pour cause – il revient aux propriétaires de le faire. Si cela est faisable lorsqu’il n’y a qu’un animal, cela devient difficile quand plusieurs sont infectés, notamment en élevage. Dans tous les cas, il faut s’assurer de la coopération entière et totale de l’éleveur et de la compréhension de toutes les mesures mises en place.
Concernant le traitement topique, même si de nombreuses molécules sont disponibles dans le monde, peu le sont en France. Il s’agit essentiellement d’imidazolés, comme le miconazole ou l’énilconazole, ce dernier étant le seul utilisable en France. Nos confrères américains emploient beaucoup le sulfure de chaux, puisqu’ils ne disposent pas de l’énilconazole. Il ne s’agit donc nullement d’une question de choix, mais d’obligation. L’arrivée récente du miconazole en shampoing change toutefois la donne dans ce pays. Quel que soit le topique, celui-ci doit toujours être appliqué sur l’ensemble de l’animal et non uniquement sur la zone lésionnelle.
Divers antifongiques systémiques peuvent être employés. Les plus courants sont actuellement la griséofulvine et le kétoconazole.
La griséofulvine (Fulviderm ®) doit systématiquement être absorbée avec un repas riche en graisse pour favoriser son absorption, ce qui a également pour mérite de limiter les vomissements. Elle ne doit jamais être administrée pendant la gestation, puisqu’il s’agit d’une molécule tératogène. A une trop forte dose, elle peut entraîner une atteinte médullaire, avec une panleucopénie. Lorsqu’elle est employée, un contrôle hématologique est recommandé toutes les deux à trois semaines. Par ailleurs, des neutropénies ayant été décrites chez des chats atteints par le FIV, il est nécessaire de tester les félins au préalable. La forme micronisée est utilisée à la dose de 60 mg/kg/j en deux prises quotidiennes, la forme ultra-micronisée à la posologie de 5 à 10 mg/kg/j.
Le kétoconazole (Ketofungol ®), qui est un imidazolé, doit également être administré avec un repas, mais essentiellement pour limiter les vomissements. Les effets secondaires rapportés sont principalement d’ordre digestif, avec des vomissements, de la diarrhée et une dysorexie. Cette molécule n’est pas recommandée chez les animaux reproducteurs. Elle est employée à la dose de 10 à 15 mg/kg/j.
L’itraconazole (Sporanox ®) est un autre dérivé azolé qui présente le même mode d’action. Il est libéré par les glandes sudoripares et sébacées, et possède une forte affinité pour les kératinocytes. Le relargage progressif cutané pendant plusieurs semaines après l’arrêt du traitement est intéressant. C’est du moins ce qui a été démontré chez l’homme et certains animaux de laboratoire et qui reste encore à démontrer chez le chien et le chat. Le grand intérêt de cette molécule réside dans des effets secondaires moindres et la possibilité de l’utiliser chez déjeunes animaux et chez les femelles gestantes. Sa disponibilité prochaine en France et en médecine vétérinaire la rend encore plus intéressante. Il s’agira toutefois d’une molécule onéreuse, qu’il conviendra de ne pas choisir systématiquement.

Un autre dérivé azolé, le fluconazole, peut être employé. Comme l’itraconazole, il est progressivement relargué. Dans l’avenir, il est ainsi possible que des protocoles proposent une semaine de traitement sur deux. Tout comme l’itraconazole, cette molécule est bien tolérée. La terbinafine est un nouvel antifongique qui appartient à une autre famille, celle des allylamines. Elle agit par inhibition de la synthèse de l’ergostérol, mais par une autre voie que celle du cytochrome P450, ce qui limite d’autant le risque d’interactions médicamenteuses, à la différence du kétoconazole. Elle entraîne également la destruction de la paroi fongique par l’inhibition de la squalène époxydase, ce qui a pour conséquence d’augmenter les concentrations en squalène, d’où cet effet destructeur sur la paroi fongique. Cette molécule se lie aux protéines plasmatiques qui sont kératinophilique et lipophiles. Elle est employée à la dose de 8 à 20 mg/kg/j. Pour l’instant, relativement peu d’informations sont disponibles sur sa toxicité et son efficacité dans le contrôle des dermatophytoses canines et félines.
Étant donné le risque d’interactions médicamenteuses, certaines molécules ne doivent pas être associées. Ainsi, la griséofulvine ne doit pas être employée avec les barbituriques. Il ne faut pas utiliser le kétoconazole et l’itraconazole en même temps que les antihistaminiques, et la terbinafine avec la cimétidine.
La dernière molécule proposée dans le contrôle des dermatophytoses canines et félines est le lufénuron (Program ®). Elle agit en inhibant la synthèse de la chitine située au niveau de la paroi fongique. Elle est employée à la dose de 80 à 100 mg/kg, toutes les deux à qautre semaines. Cette molécule est bien tolérée. Mais comme pour la terbinafine, il existe peut de données concernant son efficacité. Son effet curatif semble considérablement varier selon les animaux. Les renseignements quant à un usage préventif sont encore moins nombreux.
Le vaccin antifongique à base de Microsporum canis commercialisé aux Etats-Unis ne semble pas efficace lorsqu’il est employé seul en traitement ou en prévention. Il serait tout au plus intéressant en association avec un autre produit, mais cela reste à démontrer.
L’environnement des animaux infectés et de leurs congénères, doit être désinfecté à l’aide d’énilconazole à 0,2 % dans les pays qui en disposent, par de l’eau de javel ou du formaldéhyde. Bien entendu, ces deux deniers produits sont peu pratiques à employer et bien plus toxiques, notamment pour les personnes qui les manipulent. Les éléments trop difficiles à traiter, comme certains tapis, doivent être éliminés dans la mesure du possible. Il est nécessaire de désinfecter les éléments de sol, mais aussi tous les objets en contact avec l’animal qui peuvent l’être. Ceux qui ne peuvent être traités, comme certains jouets ou peluches, doivent être jetés.
Ces traitements doivent être poursuivis jusqu’à l’obtention de cultures négatives à un mois d’intervalle, ce qui demande généralement deux à quatre mois.
Bibliographie
- T. Willemse : «Update on antimycotic therapy », proceedings ESVD-ECVD 2002,pp.127-128.
- P.B. HIII et coll. : «A review ofsystemic antifungal agents », 1995, Vet. Dermatol., vol. 6, pp. 59-66.
- K. Moriello, D. Deboer : «Féline dermatophytosis : récent advances and recommandations for therapy «,1995, Veterinary Clinics of North America, vol.25,pp.901-921.
