Les kystes folliculaires interdigités constituent une cause fréquente de pododermatite chronique chez le chien, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans un contexte de furonculose récidivante. Leur gestion demeure complexe et impose souvent une approche multimodale. Ce cas décrit l’évolution d’un chien croisé présentant des kystes folliculaires interdigités récidivants malgré des traitements médicaux conventionnels, et détaille l’intérêt d’une vaporisation au LASER diode pour la destruction ciblée des kystes et sinus fistuleux impliqués.
Introduction
Les pododermatites profondes du chien englobent un ensemble de conditions où se mêlent traumatisme mécanique, dysfonction folliculaire, colonisation bactérienne secondaire et phénomènes inflammatoires chroniques. Parmi elles, les kystes folliculaires interdigités représentent une entité structurée, caractérisée par la formation de cavités kystiques dérivant de follicules pilaires obstrués, entourées d’inflammation pyogranulomateuse et susceptibles d’évoluer vers des fistules douloureuses. Leur traitement repose habituellement sur le contrôle de la dysbiose cutanée, la réduction de l’inflammation et la gestion des facteurs mécaniques, mais ces approches restent souvent insuffisantes en cas de lésions bien établies, conduisant à envisager des solutions destructrices ciblées dont le laser constitue une option attractive.
Commémoratifs
Ulysse est un chien Basenji mâle castré, âgé de 2 ans, est adressé pour la prise en charge de furonculoses interdigitées bilatérales symétriques récidivantes évoluant depuis un an sur l’espace interdigité IV-V des deux membres antérieurs. L’animal présente une malformation congénitale des antérieurs avec un axe en varus, symétrique, induisant un défaut d’aplomb et un appui plus prononcé sur les doigts latéraux.
Anamnèse
L’historique clinique relate l’apparition progressive de nodules interdigités bilatéraux, avec un érythème, de l’œdème et des nodules, évoluant vers une formation de furoncles et de fistules.
Des échographies n’ont pas mis en évidence la présence de corps étrangers.
Une bactériologie de furoncle a été réalisée révélant Staphylococcus epidermidis, Enterococcus faecalis et E coli.
Plusieurs traitements ont été mis en place : Predniderm ND, acide fusidique, des soins locaux avec des lingettes et des shampoings antiseptiques, de l’amoxicilline – acide clavulanique, de la céfalexine, de la clindamycine.
Le dernier traitement 2 mois auparavant était de la marbofloxacine pendant 8 jours.
Une amélioration plus marquée a été constatée avec la prednisolone mais rechute s’est produite dès l’arrêt du traitement.
Jeune chiot, Ulysse a présenté une hyperlaxité des carpes avec varus bilatéral marqué constaté sur vidéo, partiellement résolu grâce à un ajustement alimentaire.
Examen clinique
Une antibiothérapie à base d’amoxicilline – acide clavulanique a été prescrite pendant 3 semaines préalablement à l’intervention.
L’examen dermatologique montre la présence de nodules fermes et douloureux centrés sur les espaces interdigités II-III des deux membres antérieurs. Ces lésions, associées à un érythème marqué et un épaississement de la face palmaire avec la présence de comédons, sont évocatrices de kystes folliculaires interdigités bien constitués. Aucun écoulement purulent actif n’est observé au moment de la consultation.

Figure 1 : J0: furoncle en voie de cicatrisation après l’antibiothérapie

Figure 2: Face palmaire (antérieur gauche): érythème marqué et comédon adjacent en marge du coussinet principal (flèche jaune)
Compte tenu du caractère récidivant et de la structure nodulaire stable des lésions, une prise en charge d’ablation ciblée par vaporisation au laser diode a été proposée.
Procédure chirurgicale : vaporisation au laser diode
Sous anesthésie générale, une vaporisation laser diode a été effectuée sur les lésions kystiques des faces palmaires des EID II-III de chaque membre antérieur. L’objectif était de vaporiser les tissus autour du contenu kystique, et d’évacuer la kératine contenue dans les kystes.

Figure 3: vaporisation du kyste folliculaire


Figure 4: pendant la vaporisation : isolement couche par couche de la kératine contenue dans le kyste folliculaire

Figure 5: Vaporisation achevée : ablation de la kératine restante
Soins post-opératoires
Les soins incluent l’application de pansements au miel renouvelés tous les deux à trois jours et une analgésie par du paracétamol 10 mg/Kg BID. Ces soins visaient à favoriser une cicatrisation rapide et limiter les risques de surinfection.
Suivi post-opératoire J-20
Vingt jours après l’intervention, l’évolution est jugée très satisfaisante. Les zones traitées présentent une cicatrisation correcte, sans signe de récidive locale ni nouvelle formation kystique. La douleur a entièrement disparu.

Figure 6: J20: plaie en voie de cicatrisation.
Suivi post-opératoire + 4 mois
Aucune rechute n’a été observée depuis 4 mois.
Discussion
Les kystes folliculaires interdigités sont désormais bien identifiés comme un sous-groupe de pododermatites chroniques, caractérisé par des comédons et kystes ventraux évoluant vers une furonculose et des trajets fistuleux dorsaux récurrents. Les études histopathologiques et les séries de cas confirment le rôle central des microtraumatismes répétés de la face plantaire/palmaire, en particulier chez les chiens de moyen à grand format avec anomalies d’aplombs ou surcharge pondérale, conduisant à une hyperkératose, des comédons profonds, puis à la rupture folliculaire et à la formation de cavités kystiques remplies de kératine agissant comme corps étrangers. Cette rupture déclenche une réaction pyogranulomateuse intense (qualifiée de réaction à corps étranger), compliquée secondairement par une colonisation bactérienne opportuniste (staphylocoques le plus souvent), expliquant le caractère très douloureux, hémorragique et récidivant des lésions malgré des traitements antibiotiques souvent longs et correctement conduits.
Dans ce contexte, les traitements médicaux seuls (antibiothérapie prolongée, anti-inflammatoires, immunomodulateurs, optimisation de la barrière cutanée) permettent généralement de contrôler la composante infectieuse et inflammatoire, mais ne suppriment pas l’architecture kystique ni les follicules anormaux, ce qui explique la fréquence des rechutes dans le même espace interdigité. La littérature et l’expérience clinique convergent pour considérer que la résolution définitive passe, lorsque des kystes organisés sont présents, par une approche destructrice ou d’exérèse visant à éliminer à la fois les cavités kystiques, la kératine intraluminale et les follicules périphériques à l’origine des récidives. C’est dans ce cadre que les techniques au LASER se sont imposées comme une alternative à la chirurgie plus lourde (podoplastie de fusion, exérèse elliptique large), avec un meilleur compromis entre radicalité locale, morbidité et convalescence. (1) (2) (3)
Le LASER CO₂ a été le plus étudié dans cette indication : une série de 28 chiens (3) présentant des comédons/kystes interdigital palmo-plantaires chroniques, non répondant à l’antibiothérapie, rapporte une résolution durable des lésions dans 25 cas après une à trois séances de vaporisation des kystes et des follicules adjacents, avec un suivi moyen de 3 ans. Les descriptions opératoires détaillées montrent que la vaporisation couche par couche permet de suivre les trajets fistuleux, de faire affleurer la kératine kystique sous pression digitale, et de travailler avec une marge latérale sur le tissu folliculaire “à risque”, tout en préservant autant que possible la peau dorsale et les structures de soutien. Le taux de succès rapporté d’environ 70–80% (absence de récidive dans l’espace traité ou récidives nettement moins fréquentes et contrôlables) positionne cette approche comme traitement de choix des formes folliculaires réfractaires, en particulier lorsque les lésions sont multifocales mais localisées à certains espaces. (2)
Le laser diode chirurgical, bien que moins documenté spécifiquement pour la furonculose interdigitée, partage plusieurs caractéristiques physiques intéressantes : émission dans le proche infrarouge, très bonne absorption par l’hémoglobine et les pigments, permettant une coupe/coagulation efficace, et possibilité de travailler soit en contact, soit à courte distance pour la vaporisation tissulaire. Les revues récentes sur l’utilisation des lasers en dermatologie des petits animaux soulignent que les diodes à forte puissance peuvent être utilisées pour des indications similaires au CO₂ (kystes, nodules, lésions hyperkératosiques), avec une hémostase supérieure et un équipement souvent plus accessible en termes de coût et de maintenance. À l’inverse, la pénétration plus profonde et l’absorption moindre par l’eau exigent une grande rigueur dans les paramètres (puissance, mode continu/pulsé, temps de pose) afin d’obtenir une vaporisation contrôlée sans surchauffe excessive des tissus profonds ; dans un contexte interdigité étroit, cette précision est cruciale pour limiter le risque de séquelles mécaniques ou de retard de cicatrisation. (4) (5) (6)
Les données sur la photobiostimulation par laser (low-level laser therapy, LLLT) dans les pododermatites stériles montrent par ailleurs un intérêt pour moduler l’inflammation, réduire la douleur et accélérer la cicatrisation, avec une amélioration clinique significative par rapport à des lésions témoins traitées par corticoïde topique, bien que le recul soit limité et que les protocoles restent hétérogènes. Ces travaux confirment néanmoins que les tissus podaux répondent favorablement à l’irradiation laser, que ce soit en mode “thérapeutique” (LLLT) ou “chirurgical” (ablation), et soutiennent l’usage combiné de la destruction ciblée des kystes par laser à haute puissance et, éventuellement, d’un protocole de photobiostimulation adjuvant pour optimiser la cicatrisation dans les cas complexes. (7)
Dans le cas présenté, l’indication d’un laser diode destructeur reposait sur la présence de kystes folliculaires organisés, résistants à une prise en charge médicale déjà optimisée, associée à une inflammation pyogranulomateuse chronique et à une dysbiose locale, tableau typique des formes “folliculaires kystiques” décrites dans la littérature. L’amélioration rapide de la douleur et de la boiterie, l’absence de récidive dans l’espace traité, et la possibilité de réduire secondairement la pression médicamenteuse (notamment les immunomodulateurs) s’alignent avec les résultats rapportés pour le laser CO₂, suggérant que le laser diode, correctement paramétré, peut offrir une efficacité comparable dans cette indication. Comme dans les séries publiées (3) (2), la probabilité de voir apparaître ultérieurement des lésions dans d’autres espaces interdigités demeure non négligeable, en lien avec la conformation et les microtraumatismes persistants ; cependant, la résolution locale durable et fonctionnelle justifie de considérer le laser diode comme une option de choix pour les formes focales réfractaires, en particulier lorsque l’accès à un laser CO₂ est limité.
Conclusion
Ce cas souligne l’intérêt du laser diode dans la prise en charge des kystes folliculaires interdigités chez le chien, notamment lorsque les traitements médicaux conventionnels ne permettent pas une résolution durable. La vaporisation ciblée offre une solution mini-invasive, efficace et reproductible pour éliminer les structures folliculaires pathologiques et réduire le risque de récidive locale. À court terme, cette approche a permis une nette amélioration clinique, une disparition des lésions traitées et une réduction de la dépendance aux immunomodulateurs.
Cette technique devrait être considérée comme une option pertinente dans la stratégie thérapeutique des pododermatites folliculaires complexes.
Bibliographie
Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Muller & Kirk’s Small Animal Dermatology, 8th edition. 2013.
A retrospective case series of the postoperative outcome for 30 dogs with inflammatory interdigital nodules, surgically treated with carbon dioxide laser and a nonantimicrobial wound-healing protocol. Frey R, Varjonen K. 2, 2023, Vet Dermatol, Vol. 34, pp. 150-155.
Duclos, David D, Hargis, Ann M and Hanley, Patrick W. Pathogenesis of canine interdigital palmar and plantar comedones and follicular cysts, and their response to laser surgery. Vet Dermatol. 2008, Vol. 19, 3, pp. 134-141.
Utilisation du laser CO₂ en dermatologie canine. L., Beco. 2018, PratiqueVet.
D, Duclos. Laser Surgery in Veterinary Medicine. s.l. : Wiley, 2019. pp. 141-163.
Pieper, J. Use of surgical lasers in small animal dermatology. In Practice. 2023, Vol. 45, 3.
Low-level laser therapy: Case-control study in dogs with sterile pyogranulomatous pododermatitis. Perego, R, et al. 8, 2016, Vet World, Vol. 9, pp. 882-887.
Immunomodulatory therapy for canine pododermatitis. Bizikova P, Olivry T. 1, 2015, Vet Dermatol, Vol. 26, pp. 17–25.